RDC : l’ultimatum américain ignoré, Paul Kagame défie la communauté internationale

L’ultimatum fixé par les États-Unis au Rwanda pour retirer ses troupes de l’est de la République démocratique du Congo avant la mi-juillet 2026 vient d’expirer sans que Kigali ne donne le moindre signe de désengagement. Bien au contraire, de nombreuses informations font état du maintien, voire du renforcement, de la présence militaire rwandaise sur le territoire congolais. Cette situation place Washington, ainsi que l’ensemble de la communauté internationale, face à une épreuve de crédibilité : comment réagir après un défi aussi ouvert aux injonctions américaines et aux résolutions des Nations unies ? Au-delà du conflit en RDC, cette crise soulève une question géopolitique plus large : comment le président Paul Kagame, longtemps considéré comme un partenaire privilégié de plusieurs puissances occidentales, est-il parvenu à défier leurs exigences et à agir en violation du droit international malgré les accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité qui pèsent sur les forces qu’il soutient ? Entre hésitations diplomatiques, contradictions des acteurs internationaux et impuissance des mécanismes de sécurité collective, la région des Grands Lacs demeure confrontée à une interrogation fondamentale : qui, et par quels moyens, mettra un terme à cette confrontation dont les premières victimes restent les populations de l’est de la RDC ?

 

Contexte

 

Sur le plan interne, en RDC, on note les faits suivants :

– la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU par la RDC ;

À partir du 1er juillet, la RDC assurera, en tant que membre non permanent, la présidence mensuelle et tournante du Conseil de sécurité de l’ONU. Ceci devrait offrir à la RDC l’occasion d’appeler à renforcer les sanctions contre le Rwanda, qui l’a agressée et occupe sa partie est, de mettre en place une justice transitionnelle avec un tribunal spécial pour le Congo, etc.

 

– Plainte devant la Cour de justice internationale à La Haye : le 26 juin 2026, la RDC a déposé une plainte devant la CJI contre le Rwanda pour mener une « campagne génocidaire » et commettre des violations massives des droits humains dans l’est de la RDC depuis 1996.  Ceci, comme elle l’avait fait contre l’Ouganda seul, concernant la guerre de six jours, du 5 au 10 juin 2000, entre les armées ougandaise et rwandaise à Kisangani, pour agression armée, pillage et violations graves des droits de l’homme sur le territoire congolais. L’Ouganda en a été condamné.

 

– L’opposition à Kinshasa exige le départ du président Félix Tshisekedi, même avant la fin de son mandat. Des manifestations violentes et non autorisées sont organisées à Kinshasa. Des plaintes ont même été déposées devant les juridictions internationales. Ainsi, le 10 juillet 2026, des avocats de l’opposition ont déposé une plainte devant la CPI contre Félix Tshisekedi pour « crimes contre l’humanité ». La plainte a été déposée et enregistrée au greffe du bureau du procureur de la CPI, à La Haye.

 

La coalition C64 a appelé à une participation massive à la marche du 22 juillet vers le palais de la Nation, réclamant la démission de Félix Tshisekedi pour « trahison du serment constitutionnel ».

 

On note également les prises de position ouvertes des prélats de l’Église catholique, puissante institution, au travers de la CENCO, en faveur de l’opposition politique et armée au régime en place, dominé par le parti UDPS dont est issu Félix Tshisekedi.

 

Situation internationale

 

On est en pleine guerre au Moyen-Orient, avec un cessez-le-feu conclu le 17 juin 2026, des négociations reprises le 22 juillet en Suisse, puis une soudaine rupture et l’annonce de la reprise des bombardements sur l’Iran par Donald Trump le 8 juillet 2026. Les processus censés ramener la paix à l’est de la RDC, en mettant fin à l’occupation par les troupes de Paul Kagame, processus initiés et garantis par les médiateurs, dont les États-Unis en tête, ne sont donc pas actuellement la première préoccupation ni parmi les priorités de la diplomatie de l’administration Trump.

 

Constat sur le terrain militaire, politique et diplomatique :

On constate de nouvelles conquêtes des troupes rwandaises au Sud-Kivu : les plateaux de Minembwe, le point zéro, des frappes sur la cité de Baraka, une progression vers les territoires du Tanganyika et du Katanga, ainsi que des menaces publiques à l’encontre de la ville de Lubumbashi. Le Rwanda, qui a déployé près de la moitié de ses effectifs en RDC, notamment dans les Hauts Plateaux de Fizi, compte plus de 14 000 hommes sur le sol congolais. La perte de Point Zéro, Kalingi, le samedi 5 juillet vers 14 h, est la conséquence d’une présence massive des forces spéciales rwandaises, appuyées par des drones et avantagées par le relief. Ainsi, Kagame défie la communauté internationale, question de se garder le prétexte d’un conflit identitaire avec Minembwe, en plus de celui des FDLR.

 

Enfin, le 7 juillet, soit sept jours avant la date de fin de l’ultimatum, le masque tombe complètement ! Malgré les pressions diplomatiques mondiales et les exigences directes des États-Unis, Kigali annonce officiellement qu’il n’a aucune intention de retirer ses troupes ni de lever ses dispositifs militaires sur le sol congolais. Selon eux, faire machine arrière serait « suicidaire ».

 

Le porte-parole des Forces de défense du Rwanda (RDF), le général de brigade Patrick Karuretwa, a réaffirmé que le Rwanda maintiendrait ses mesures défensives déployées en RDC et le long de sa frontière avec la République démocratique du Congo, et a lâché une déclaration qui frise l’insolence internationale : « Oubliez les accords de Washington, nous sommes là pour rester ! »

 

Nouvelles charges sont portées contre le Rwanda, mais sans conséquences ni réactions jusqu’à présent.

 

Un nouveau rapport des experts de l’ONU sur la RDC évoque la présence des troupes de Kagame dans ce pays.

 

Selon les informations publiées dans ce document, le rapport estime que le nombre de soldats rwandais dans l’est de la RDC se situerait entre 14 000 et 18 000. Il décrit également le soutien et l’influence du Rwanda sur les opérations de l’AFC/M23 et indique que le M23 reste enraciné dans l’est du Congo, tandis que la contrebande de minerais continue de financer une économie parallèle.

 

Sur le front interne, au Rwanda même

 

On note une offensive politico-médiatique du régime de Kagame, qui marque la montée en puissance de Jeannette Kagame, la première dame du Rwanda, dans la politique. Cette offensive se manifeste à travers son « Unity Club », une organisation politique qu’elle a créée et préside, et qui tient régulièrement une messe à Kigali réunissant toutes les personnalités politiques encore en poste ou ayant exercé (ministres, sénateurs, députés, magistrats, officiers généraux, directeurs d’entreprises parapubliques, etc.) et qui doivent être présentes avec leur conjoint. Jeannette Nyiramonyi, l’épouse de Paul Kagame, préside cette messe et fixe donc l’ordre du jour ainsi que les intervenants, préparés d’avance.

 

Mais le plus surprenant est que la First Lady, désormais perçue comme la personnalité politique la plus influente après ou même avant son mari, Paul Kagame, vient de tenir deux réunions du Unity Club dans un intervalle de moins de deux mois. Elle a en effet convoqué et présidé une première rencontre le 22 mai dernier, puis une seconde le 27 juin 2026.

 

Visiblement, cette campagne vise à promouvoir officiellement Jeannette Nyiramongi Kagame, l’épouse de Paul Kagame, comme la décideuse de l’avenir politique du Rwanda, confirmant ainsi les rumeurs selon lesquelles elle pourrait succéder à son mari si ce dernier quitte le pouvoir. Cette campagne vise également à réagir à la situation diplomatique et sécuritaire qui prévaut dans la région, suite aux actions du régime de Kagame.

 

Pour ce faire, Jeannette Kagame a mis en avant, lors de ses réunions successives du « Unity Club », certains officiers subalternes jusqu’alors inconnus, ou qui n’étaient que candidats officiers dans les ex-FAR, et à qui le régime Kagame a attribué des grades et des fonctions pour la circonstance, afin qu’ils interviennent dans cette campagne. Ils sont notamment sommés d’affirmer :

 

– qu’ils recevaient des consignes pour haïr les Tutsis quand ils étaient dans les FAR ;

– que le FPR était l’ennemi à combattre ;

– que le FPR les a toujours sauvés lors des combats au front ;

– qu’ils ont été membres des FDLR en RDC, alors que certains sont rentrés au Rwanda avant la création de ce groupe en 2001 ;

– qu’ils sont heureux d’être Hutus, membres actifs ou retraités de l’armée de Kagame, beaucoup mieux qu’ils ne l’étaient dans les FAR.

 

Autant de déclarations incohérentes, honteuses et mensongères de la part d’individus déjà déshumanisés et instrumentalisés, comme ces pauvres Hutus ex-FAR qui croient ainsi pouvoir survivre, alors qu’ils ne vivent plus, et que le régime du FPR de Kagame entend utiliser pour impressionner et confondre l’opinion à travers ce Unity Club de Madame Jeannette Nyiramongi-Kagame, et pour réécrire l’histoire du Rwanda selon l’idéologie de son parti-État, le FPR.

 

Enfin, cette campagne vise à faire taire et à menacer les voix discordantes à l’intérieur du régime. En effet, Jeannette Nyiramongi Kagame exhorte à chaque fois cette foule du Unity Club, avant qu’elle ne se disperse, à veiller dans son entourage, à noter et à dénoncer quiconque critiquerait le régime du FPR ou dirait du bien des régimes républicains et démocratiques qu’il a renversés militairement en 1994.

 

Des interrogations concernant l’attitude de l’administration Trump face à cette situation

 

Même le Congrès américain s’interroge et interpelle l’administration, car il souhaite la fin de la guerre d’agression rwandaise. À la suite d’une requête formulée par les sénateurs Kaine (républicain) et Booker (démocrate), le Sénat américain a pris l’initiative d’adresser une lettre officielle à Marco Rubio, secrétaire d’État, ainsi qu’à Massad Boulos, conseiller de Donald Trump pour les affaires africaines. Ces derniers sont conviés à comparaître devant le Sénat pour rendre compte des violations flagrantes des accords de paix de Washington par Paul Kagame, ainsi que du maintien inacceptable des troupes rwandaises sur le sol congolais.

 

Le Sénat américain exprime sa profonde consternation face à la détérioration continue de la situation dans la région, qui entraîne une tragédie humaine inacceptable. Les accords, qui prévoyaient un retrait immédiat et inconditionnel de l’armée rwandaise, semblent être bafoués, ce qui exacerbe un conflit déjà explosif.

 

Pourquoi une telle hargne de la part du dictateur Paul Kagame ?

 

Comment se fait-il que Paul Kagame, qui n’a aucun poids pour se mesurer et défier même le plus petit des puissants du monde, nargue allègrement les superpuissances ? C’est qu’il doit certainement avoir des soutiens et obtenir des encouragements en sous-main.

Ces soutiens proviendraient de certaines entités (États, organismes, personnalités, etc.) qui en profitent.

 

Sans tous les nommer ni détailler leurs agissements, certains de leurs comportements envers Paul Kagame et son régime peuvent en constituer des indices. En ce milieu de juillet 2026, nous en constatons deux.

 

Le double jeu de la France entre le Rwanda et la RDC

C’est lors de la campagne pour la direction de l’OIF, dont l’élection aura lieu en novembre prochain, que le président français Emmanuel Macron montre son engagement aux côtés de Paul Kagame pour que Louise Mushikiwabo soit reconduite pour un troisième mandat.  Cette candidate cumule ce qu’aucune autre ne possède :

 

– un mandat né en 2018 d’un arrangement entre Macron et Kagame, hors de toute compétition.

– originaire d’un pays qui a banni le français de ses écoles et ne l’a récupéré que comme monnaie diplomatique.

– une réforme de 2022 muette sur la limitation des mandats, qui lui ouvrirait la voie à un quatrième, puis à un cinquième mandat.

 

Et pour couronner le tout, Macron vient d’imposer un nouveau mode de désignation. En effet, pour la première fois, il y aura une élection et non une désignation par consensus. Tout cela pour barrer la route à la candidate de la RDC, Juliana Amato Lumumba, et ainsi regagner en faveur auprès de Paul Kagame, alors qu’il est en perte de vitesse dans l’opinion internationale.

 

Dans cette manœuvre visant à repositionner Paul Kagame du Rwanda comme un allié plus fiable que Tshisekedi de la RDC, qu’il a agressée et occupée, Emmanuel Macron entend se faire accompagner par Cyril Ramaphosa, le président d’Afrique du Sud, qui fait désormais l’éloge de Paul Kagame pour faire oublier ses déboires internes (crise de xénophobie).

 

Les puissants lobbies de Paul Kagame et leurs multinationales le réimposent sur le devant de la scène géostratégique.

 

Ainsi, le 2 juillet 2026, le président rwandais Paul Kagame, le président-directeur général de Salesforce, Marc Benioff, et la secrétaire générale de l’Union internationale des télécommunications (UIT), Doreen Bogdan-Martin, ont annoncé le lancement de la Commission mondiale AI for Good, créée par l’UIT.

 

Paul Kagame a été choisi comme coprésident de cette Commission, aux côtés de Marc Benioff, milliardaire américain de Californie et PDG de Salesforce.

 

Désormais, comme il a transformé le Rwanda, militairement conquis, en laboratoire d’essais de tout produit et technologie avant sa mise au point et son agrégation, et la population rwandaise en cobayes, il va vendre le pays à ces promoteurs de l’IA, et les Rwandais seront les sujets sur lesquels ils vont essayer toutes les productions des sociétés de l’IA pour en évaluer les effets. Car même si les effets seraient catastrophiques, ces sociétés ne seraient pas inquiétées, car elles auront versé des millions à Paul Kagame.

 

En guise de conclusion, quelles leçons en tirer ?

 

RDC

 

Tous les Congolais, qu’ils soient politiciens au pouvoir ou dans l’opposition, membres de la société civile ou chefs religieux, devraient réaliser que le principe et le devoir d’assurer l’intégrité territoriale du Congo ne pourront être effectifs tant que Paul Kagame continuera à occuper les provinces du Nord et du Sud Kivu, dont les chefs-lieux, Goma et Bukavu, même en les laissant sous le contrôle des combattants de l’AFC/M23 présentés comme « congolais ». Les opposants politiques ou les prélats qui penseraient que le maintien des troupes de Paul Kagame sur le territoire de la RDC leur offrirait l’opportunité de renverser et de remplacer le régime de Tshisekedi de l’UDPS en place se tromperaient lourdement.

 

Si Paul Kagame les mettait aujourd’hui au pouvoir à Kinshasa, ce serait leur tour d’en être chassés par lui demain.

 

Malheureusement, les politiciens congolais semblent faire preuve d’irresponsabilité face aux menaces pesant sur la RDC. S’ils étaient responsables, ils devraient concentrer leurs efforts sur les défis sécuritaires et les menaces extérieures qui pèsent sur leur pays, car le danger de désintégration nationale devrait constituer leur priorité. Ils devraient donc laisser le gouvernement agir dans ce sens et soutenir les FARDC, l’armée nationale.

Les pays voisins et toute la région

 

Les pays voisins, comme le Burundi et la Tanzanie, qui sont depuis un certain temps dans le collimateur de l’agresseur Paul Kagame, devraient voir dans son refus de retirer ses troupes de la RDC un signe indiquant qu’il pourra les envahir sans craindre d’être empêché ou de payer le prix de son acte. Ils devraient donc prendre cela comme une menace sérieuse et s’y préparer, surtout sur le plan militaire, pour ne pas subir le sort de la RDC, qu’il a envahie, conquise et occupée. Alors, tant qu’il est encore temps, le Burundi et la Tanzanie, futures cibles de Paul Kagame, toujours omnipotent et impuni, devraient sceller une alliance militaire forte avec le régime de Kinshasa, dont la partie est, frontalière avec le Burundi et la Tanzanie, est désormais conquise et occupée par Paul Kagame, qui refuse d’y retirer ses troupes.

 

La Tanzanie, avec son port de Dar es Salam sur l’océan Indien, a pourtant tout pour faire pression sur le Rwanda de Paul Kagame, un petit pays enclavé qui cherche à la déstabiliser. Au lieu d’utiliser cet atout pour faire pression sur Paul Kagame, la Tanzanie vient d’accepter d’être le point de transit du carburant entre le Rwanda et l’émirat d’Oman, dans le golfe Persique. Depuis août 2026, ce dernier déversera gratuitement du pétrole raffiné sur commande de Paul Kagame, via la Tanzanie.

 

L’opposition au régime de Kagame.

 

Les opposants politiques ainsi que les défenseurs des droits humains, de la justice et de la démocratie, bannis du Rwanda par le dictateur Paul Kagame depuis 1994, devraient identifier et approcher les soutiens puissants et déterminés du dictateur, afin de les convaincre qu’ils ont tout à gagner à le laisser tomber, et qu’ils n’ont rien à y perdre.

Mais pour y parvenir, il faudrait que cette opposition existe, soit identifiable et reconnue comme telle. Hélas, dans la situation actuelle, les dissensions ethniques, régionales et personnelles, exacerbées par la campagne et la fixation obsessionnelle sur certains faits ayant marqué les Première et Deuxième Républiques, semblent toujours l’emporter sur tout projet politique véritablement national et d’intérêt public. Paul Kagame le sait et s’en sert efficacement pour tuer dans l’œuf toute opposition politique !

 

Emmanuel Neretse

 

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