Agathe Kanziga : justice française ou acharnement politique au service de Kigali ?

La diplomatie française restera certainement dans les annales de l’Histoire.

Peut-on encore dire que la France a une diplomatie ? Ou faut-il plutôt parler d’une diplomatie qui, au gré des circonstances, des rapports de force et des intérêts géopolitiques, finit parfois par abandonner ses anciens alliés ?

 

En 1995, à la sortie d’une conférence, un historien d’origine serbe me dit un jour :

« Nouer l’amitié avec les Français, c’est inviter un loup dans sa bergerie : il dévorera vos moutons et vous dévorera en dernier. »

Surpris, je lui demandai pourquoi.

Il me répondit : « Demandez à tous les Serbes. Ils vous diront que les Français sont les plus mauvais alliés qui soient. »

Bon. Dont acte.

 

Mais revenons à la veuve du président Juvénal Habyarimana, Agathe Kanziga.

Dans les premières heures qui suivent le déclenchement du génocide, elle est évacuée du Rwanda. La France sait alors que la famille du président assassiné est menacée. Elle connaît le contexte extrêmement dangereux qui suit l’attentat du 6 avril 1994.

 

Quelques années plus tard, le juge Jean-Louis Bruguière instruit le dossier de l’attentat contre l’avion présidentiel, à la suite des plaintes déposées par les familles des victimes françaises. Ses investigations aboutissent à la mise en cause de responsables du Front patriotique rwandais et de proches de Paul Kagame.

 

Depuis, le dossier a connu de nombreux rebondissements et les conclusions judiciaires ont été contestées et réexaminées. Mais une question demeure : pourquoi la veuve du président assassiné, elle-même victime de l’attentat qui a coûté la vie à son mari, continue-t-elle à être poursuivie et présentée comme une criminelle avant même qu’une juridiction ait définitivement établi sa culpabilité ?

 

La justice française doit naturellement rechercher la vérité. Si des éléments sérieux existent contre Agathe Kanziga, ils doivent être examinés dans le cadre d’un procès équitable, contradictoire et indépendant. Mais si les preuves ne permettent pas d’établir sa responsabilité pénale, elle doit être définitivement mise hors de cause.

C’est précisément la justice, et non la pression politique, qui doit trancher.

 

En mai 2026, la cour d’appel de Paris a ordonné la reprise de l’instruction après avoir annulé le non-lieu prononcé en 2025. La procédure n’est donc pas terminée. Cette décision ne constitue ni une condamnation ni un acquittement : elle signifie que les investigations doivent se poursuivre. Mais, au-delà du cas personnel d’Agathe Kanziga, une interrogation demeure : la France est-elle encore capable de défendre ceux qu’elle a accueillis et protégés lorsque les vents géopolitiques changent ?

 

Pendant des décennies, Paris et Kigali ont été des adversaires diplomatiques. Puis les relations se sont réchauffées. La politique étrangère française a évolué. Les hommes ont changé. Les alliances aussi.

Et, dans ce grand jeu diplomatique, que deviennent ceux qui furent autrefois accueillis par la France ?

La question mérite d’être posée.

 

Comme disait Cicéron : « O tempora, o mores ! » – « Ô temps ! Ô mœurs ! »

L’Histoire jugera peut-être un jour la diplomatie française. Elle dira si la France a simplement changé de politique… ou si elle a changé d’alliés.

 

Jean-Claude Ndungutse

Sociologue/Enseignant

 

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