Kagame a-t-il mis la France à genoux

De la réconciliation mémorielle à l’effacement politique de Paris

Il y a quelques années, nous nous demandions si le président Paul Kagame était parvenu à mettre la France à genoux. La question, aujourd’hui, ne se pose plus vraiment : elle s’est transformée en constat. Un dossier judiciaire enterré ici, un autre rouvert là où cela arrange Kigali, un défunt acquitté par le TPIR à qui l’on refuse jusqu’à une tombe, des procès d’assises qui continuent de nourrir le roman national rwandais, un président rwandais que l’on voit plus souvent à Paris que certains ministres français dans leur propre ministère, et un chef de l’Etat français qui promet, recule, puis se tait. Rien, dans l’actualité récente, ne vient contredire la thèse. Tout, au contraire, l’aggrave.

 

1994-2020 : la mécanique du chantage

 

Paul Kagame fait, sans conteste, la pluie et le beau temps dans la région des Grands Lacs. Il a acquis, au fil des ans, une telle assurance qu’il affronte, sans sourciller, un pays comme la France censé être plus puissant que le petit Rwanda.

 

Paul Kagame a lancé l’offensive contre la France après sa victoire militaire et sa prise de pouvoir en juillet 1994. Il a alors mis la France dans le collimateur, lui reprochant d’avoir soutenu le régime Habyarimana et surtout d’avoir lancé l’Opération Turquoise au plus fort de sa guerre de conquête pour lui barrer le chemin de la victoire. Pour ce fait, il accusera ce pays d’avoir participé au génocide des Tutsi du Rwanda. Depuis qu’il est devenu officiellement président du Rwanda en 2003, Paul Kagame n’a raté aucune occasion pour fustiger la France, notamment à chaque anniversaire de commémoration du génocide.

 

Ainsi, le 7 avril 2004, la France délégua le secrétaire d’Etat Renaud Muselier aux cérémonies de commémoration du 10ᵉ anniversaire du génocide. L’envoyé français fut pris à partie par le président Paul Kagame qui, dans son discours, reprocha aux Français d’avoir sciemment entraîné et armé les troupes gouvernementales et les milices alors qu’ils savaient qu’ils allaient commettre un génocide. Kagame le dit en tournant son regard vers les gradins où était assis le secrétaire d’Etat français. Il a ajouté, comme s’il s’adressait directement à son hôte, qu’il est impensable d’« avoir l’audace de rester là sans s’excuser ». Renaud Muselier comprit vite. Il sortit du stade in extremis en cours de cérémonie et prit son avion pour retourner à Paris.

 

Durant les cérémonies du 7 avril 2007, le président Paul Kagame revint à la charge. Dans son discours de circonstance à Murambi (sud-ouest du Rwanda), il accusa les militaires français de l’Opération Turquoise d’avoir construit sciemment un terrain de volley-ball sur une fosse commune des victimes du génocide. Il ajouta qu’ils ont même participé aux tueries aux côtés des Interahamwe quand ceux-ci commencèrent à battre en retraite.

 

A Nyamata le 7 avril 2008, le président Paul Kagame lança des insultes au juge français Jean-Louis Bruguière en le traitant de « Kabwera », qui veut dire « vagabond », « prostitué », parce qu’il avait instruit le dossier sur l’attentat contre l’avion du président Habyarimana et avait lancé, en novembre 2006, neuf mandats d’arrêt internationaux contre des proches du président rwandais. En représailles, le Rwanda mit sur pied une commission chargée d’examiner le rôle de la France dans le génocide rwandais sous la présidence du juriste Jean de Dieu Mucyo. En août 2008, un rapport bricolé de toutes pièces, se basant sur de faux documents, mit en cause nommément 13 personnalités politiques françaises et 20 officiers français dans le génocide de 1994.

 

Au fil des années, rien n’a été épargné par le régime rwandais incarné par le général Paul Kagame pour couper court avec la France. Cela est tellement vrai qu’en décembre 2008, le Rwanda décida de supprimer le français dans les écoles du pays, langue en usage depuis 1900, pour adopter l’anglais comme langue d’enseignement.

 

La visite de Nicolas Sarkozy au Rwanda, le 25 février 2010, ne résout pas grand-chose. Le président français déclara : « Ce qu’il s’est passé ici oblige la communauté internationale, dont la France, à réfléchir à ses erreurs qui l’ont empêchée de prévenir et d’arrêter ce crime épouvantable. » Pour sauver la face, il sacrifia les pauvres réfugiés rwandais en France sur l’autel de la Realpolitik en faisant des promesses au gouvernement rwandais : « Nous voulons que les responsables du génocide soient retrouvés et soient punis. Il n’y a aucune ambiguïté. Je l’ai dit au président Kagame, ceux qui ont fait ça, où qu’ils se trouvent, doivent être retrouvés et punis. » Depuis lors, une avalanche d’accusations furent lancées, avec succès, par le couple d’une Rwandaise et d’un Français, Daphrose et Gauthier, sous l’appellation de « Collectif des parties civiles pour le Rwanda ».

 

Ce semblant d’acte de contrition n’a pas calmé les ardeurs du président Kagame. Lors de la commémoration du génocide en avril 2011, Laurent Contini, alors ambassadeur de France au Rwanda, en présence de Bernard Kouchner venu représenter son pays, prononça, dans l’enceinte de l’ambassade de France à Kigali le 9 avril 2011, un discours fustigeant officiellement l’action de l’armée française au Rwanda en 1994, se mettant ainsi en porte-à-faux avec la position de son nouveau ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, pour qui les soldats français avaient fait leur devoir et qu’en aucun cas leur honneur ne pouvait être sali.

 

En mars 2012, le Rwanda chassa de son territoire une commission rogatoire française qui venait poursuivre ses enquêtes en rapport avec le génocide rwandais de 1994, au motif que les enquêteurs faisaient perdre du temps à la justice rwandaise. Pour la nième fois, la France se fit éconduire du Rwanda ou y reçut un traitement humiliant.

 

A la veille de la commémoration du vingtième anniversaire du génocide, les autorités rwandaises, par le biais du sénateur Jean Damascène Bizimana, par ailleurs possédant la nationalité française, mirent encore la pression sur la France en rendant public les noms des militaires qui, selon Kigali, devraient être poursuivis pour « génocide et complicité de génocide ». C’était le 4 février 2014, au sud du Rwanda.

 

Deux mois plus tard, la ministre de la Justice et Garde des Sceaux d’alors, Christiane Taubira, fut désignée pour représenter la France, le 7 avril 2014 à Kigali, lors des célébrations du 20ᵉ anniversaire du génocide rwandais. Elle ne put faire ce déplacement, car dans une interview à l’hebdomadaire parisien Jeune Afrique quelque temps avant cette commémoration, le président rwandais avait accusé la France d’avoir pris une part active dans le génocide de 1994. La France avait senti que sa ministre risquait sans nul doute d’être publiquement humiliée à l’instar de Renaud Muselier.

 

Début juillet 2014, le centre culturel franco-rwandais de Kigali fut démoli à la pelleteuse. Cette décision radicale des autorités rwandaises de raser un ensemble de bâtiments, dont une grande salle de concert aux normes modernes, laissa plus d’un pantois.

 

Tout au long de cette saga est passée la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda entre 2006 et 2010.

 

Paul Kagame resta constant avec lui-même et fit chanter périodiquement la France, qui finira par faire profil bas. Cela s’est manifesté spécifiquement dans le dossier de l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana. La justice française a marché au diapason de Paul Kagame. En effet, alors que le juge Bruguière avait lancé des mandats d’arrêt contre les proches du président Kagame, son successeur, le juge Marc Trévidic, fut sommé de recommencer à zéro les enquêtes dans le sens, d’au moins disculper Paul Kagame, ou si possible, de mettre ce crime sur le dos des « extrémistes hutu », boucs émissaires bien désignés.

 

Voulant faire taire le reproche fait à son prédécesseur qui ne s’était pas rendu sur les lieux de l’attentat, le juge Trévidic, avec son équipe, se rendit au Rwanda mi-septembre 2010, accompagné d’experts balistiques et géomètres. S’agissant du lieu de départ des missiles, leur rapport tendait à désigner la colline de Masaka, comme l’avaient affirmé plusieurs témoins. Mais comme par magie, le juge eut alors recours à un « Deus ex machina » acousticien qui, n’étant pas allé au Rwanda, aurait fait une simulation à partir d’un champ de tir dans une base militaire au centre de la France et qui a conclu que les missiles étaient partis du camp militaire de Kanombe, alors tenu par les Forces armées rwandaises (FAR). Il n’en fallait pas plus pour que les défenseurs de Kigali crient victoire. L’information fut largement relayée par la presse à la solde de Paul Kagame, très puissante en France, qui affirmait désormais détenir « la » preuve que Habyarimana avait été tué par les siens. Les avocats de la défense n’hésitèrent pas à demander au juge Trévidic de prononcer immédiatement un non-lieu en faveur de leurs clients. Le juge hésita et ne s’exécuta pas, tant la supercherie et l’enfumage étaient énormes. Mais ce n’était que partie remise : ses successeurs, Jean-Marc Herbaut et Nathalie Poux, prononcèrent, le 24 décembre 2018, un non-lieu, estimant ne pas avoir suffisamment d’éléments à charge pour justifier la tenue d’un procès contre les dignitaires rwandais mis en cause.

 

Paul Kagame est parvenu à mettre la France à genoux, à tel point que, alors qu’il a banni le français dans son pays, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, sa protégée, qui n’a cessé de proférer des mots durs, à la limite de l’insulte, envers la France, a été proposée par le président Emmanuel Macron comme candidate à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie, poste que cette ancienne ministre des Affaires étrangères de Paul Kagame occupe depuis janvier 2019 – et qu’elle occupe toujours en 2026, reconduite sans que Paris n’y trouve à redire.

 

Le chantage de Paul Kagame envers la France a marché. Avec une cohérence déconcertante et un cynisme singulier, le président rwandais a nargué la France sans risque de représailles, car il a misé sur le bon cheval en se mettant au service de puissants lobbies anglo-américains – jusqu’à ce que Washington, en 2026, se retourne contre lui. Nous y reviendrons.

 

Le dossier de l’attentat, définitivement enterré ; la justice à double vitesse pour tous les autres

 

C’est peut-être l’épisode le plus révélateur de cette « mise à genoux » : le 15 février 2022, la justice française a définitivement clos le dossier de l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Habyarimana, en confirmant le non-lieu prononcé en 2018 en faveur des proches de Paul Kagame mis en cause. Vingt-huit ans après l’attentat qui a déclenché le génocide, l’affaire qui aurait pu, si elle avait suivi son cours normal, mettre en cause l’actuel chef de l’Etat rwandais lui-même, a été rangée dans les tiroirs, définitivement close, sans procès. Un attentat qui a coûté la vie à deux chefs d’Etat, à l’équipage français de l’avion, et qui a servi de détonateur au massacre de centaines de milliers de personnes, et pas la moindre once de justice au bout de vingt-huit ans.

 

Comparons ce silence judiciaire avec l’empressement mis, au même moment, à instruire, réinstruire et faire durer les dossiers qui visent les Hutu, où qu’ils soient. Le 6 mai 2026, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a annulé le non-lieu dont bénéficiait Agathe Kanziga, veuve du président Habyarimana, et a ordonné la poursuite de l’instruction contre elle pour complicité de génocide, complicité de crimes contre l’humanité et entente en vue de commettre un génocide. Cette femme de 84 ans, qui vit en France depuis 1998 sous le statut de simple témoin assisté depuis 2016, sans avoir jamais été mise en examen, voit ainsi son dossier rouvert et rallongé indéfiniment, trente-deux ans après les faits qu’on lui reproche – au moment même où le dossier de l’attentat qui a coûté la vie à son mari reste, lui, hermétiquement scellé. Chercher l’erreur.

 

Et que dire du sort réservé, en 2025, à Protais Zigiranyirazo ? Cet ancien préfet, beau-frère du président Habyarimana, avait été acquitté en appel par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) en novembre 2009 – acquitté, donc, par la juridiction internationale censée faire autorité sur ces crimes. Le maire d’Orléans a purement et simplement interdit son inhumation dans sa commune, décision confirmée par le tribunal administratif d’Orléans fin août 2025. Un homme blanchi par le TPIR, qui a payé sa dette à la justice internationale, se voit refuser jusqu’à une sépulture sur le sol français, par arrêté municipal, quinze ans après son acquittement. Pendant ce temps, le dossier des commanditaires présumés de l’attentat qui a tout déclenché dort dans un tiroir du Palais de justice de Paris depuis 2022. C’est peu dire que la justice française, à l’égard de ce dossier rwandais, se pratique à deux vitesses : implacable et rétroactive pour les uns, éteinte et sans appel pour les autres.

 

Cette même Realpolitik continue par ailleurs d’alimenter les cours d’assises françaises, où se succèdent, année après année, les procès d’opposants ou de simples ressortissants hutu victimes de  la compétence universelle : Sosthène Munyemana, condamné en appel en 2025 à vingt-quatre ans ; Claude Muhayimana, condamné à quatorze ans de réclusion en appel à Paris en février 2026 ; le docteur Eugène Rwamucyo et le commerçant Madjaliwa Safari, jugés devant la cour d’assises de Paris. Que ces procès maccarthystes servent, procès après procès, à consolider le récit officiel de Kigali sans qu’aucun dossier symétrique ne vienne jamais inquiéter le sommet de l’Etat rwandais – voilà, à lui seul, le résumé de vingt ans de « coopération judiciaire » franco-rwandaise.

 

Kagame en France : la cinquième fois de l’année, et la note qui s’allonge

 

Le 10 septembre 2026, Paul Kagame était de nouveau à Paris, cette fois pour le premier Sommet international de l’espace organisé par Emmanuel Macron. Ce déplacement, sobrement présenté par Kigali comme une participation à une conférence internationale parmi d’autres, est en réalité – selon le décompte de la presse – son cinquième séjour officiel en France depuis janvier 2026 : le 10 mars, pour le deuxième Sommet sur l’énergie nucléaire, en tête-à-tête avec Emmanuel Macron ; fin avril, pour la World Policy Conference de Chantilly, où il s’est offert, en prime, une soirée VIP au Parc des Princes pour PSG-Bayern, aux côtés de Nicolas Sarkozy ; le 8 mai, pour de nouveaux entretiens avec le président français ; puis, début septembre, pour le sommet spatial. Cinq voyages présidentiels à Paris en neuf mois, quand le chef de l’Etat rwandais ne s’y rendait, il y a quinze ans, qu’au prix d’une pénible normalisation diplomatique.

 

Ces déplacements ne sont pas gratuits. Paul Kagame dispose des jets privés, détenus via Crystal Ventures, la holding du Front patriotique rwandais (FPR) qu’il préside – un parti-Etat qui possède, de fait, une partie significative de l’économie du pays. S’y ajoutent, à chaque déplacement, les frais d’hôtellerie, de sécurité rapprochée et de logistique d’une délégation présidentielle, dans un pays qui reste l’un des plus pauvres du monde et où le franc rwandais continue de se dévaluer. Le contraste n’a échappé à personne : pendant que le président rwandais pose en tribune VIP à Paris aux côtés d’un ancien président français empêtré dans ses propres démêlés judiciaires libyens, ses administrés financent, sur le budget de l’Etat, cette diplomatie du prestige et du ballon rond. Ce n’est pas la première fois : les voyages présidentiels rwandais sont, depuis des années, une antienne critique récurrente, tant leur coût paraît disproportionné au regard des moyens du pays.

 

Le tournant des sanctions américaines : Kagame se replie sur Paris

 

Il faut dire que Paul Kagame n’a plus vraiment le choix. Le vent a tourné à Washington. En mars 2026, le Trésor américain a sanctionné l’armée rwandaise (RDF) et quatre de ses officiers supérieurs pour leur soutien à la rébellion de l’AFC/M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, en violation flagrante de l’accord de paix de Washington signé en décembre 2024 sous l’égide de l’administration Trump. Des restrictions de visas ont frappé de hauts responsables rwandais, et un ultimatum a été lancé aux entreprises encore liées aux FDR pour qu’elles cessent toute collaboration. Le lobby anglo-américain sur lequel Paul Kagame avait bâti, depuis trente ans, son immunité diplomatique se fissure sérieusement.

 

Dans ce contexte, la France redevient, presque mécaniquement, un point de repli utile : un partenaire européen encore disposé à recevoir en grande pompe, sommet après sommet, un chef d’Etat que Washington sanctionne. Que Paris n’ait manifesté aucune distance vis-à-vis de Kigali au moment même où les Etats-Unis frappaient au portefeuille les soutiens militaires rwandais au M23 en dit long sur la hiérarchie des priorités élyséennes. Kagame, chassé par une porte, est reçu en grande pompe par une autre.

 

Goma : la promesse non tenue de Macron

 

Reste l’épisode le plus embarrassant pour l’Elysée : celui de l’aéroport de Goma. Fermé au trafic civil depuis la prise de la ville par l’AFC/M23 début 2025, cet aéroport prive depuis plus d’un an d’accès humanitaire une région de plusieurs millions d’habitants. A l’automne 2025, Emmanuel Macron avait pris l’engagement, à plusieurs reprises et publiquement, d’obtenir sa réouverture, réitérant son appel aux « parties prenantes » en novembre 2025 et affirmant que « l’effort n’a[vait] pas été fait par le M23 ».

 

Kigali n’a pas cillé. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a rejeté par avance toute pression, arguant que la réouverture ne pouvait dépendre de « conditions administratives » posées par une partie qui, selon lui, ne contrôle même pas physiquement le terrain, et renvoyant la responsabilité du blocage à Kinshasa. Paul Kagame lui-même, dans un entretien accordé à Jeune Afrique le 3 avril 2026, a été d’une clarté désarmante sur le fond du rapport de force : « Nous refusons de lever les mesures défensives. Qu’il s’agisse de troupes, de troupes et d’équipements, ou de toute autre chose, nous appelons cela des mesures défensives. » Traduction : le Rwanda maintient ses positions militaires dans l’est congolais, aéroport de Goma ou pas, accord de Washington ou pas, et ce n’est pas un appel du président français qui y changera quoi que ce soit.

 

Résultat : plus d’un an après la fermeture, l’aéroport de Goma reste fermé au trafic civil, malgré quelques signaux d’ouverture ponctuels et strictement encadrés à l’usage des Nations unies. Kagame a posé ses conditions ; elles n’ont pas été remplies ; l’aéroport reste fermé. Et Emmanuel Macron, qui avait pourtant engagé sa parole présidentielle sur ce dossier, n’a plus, depuis, formulé la moindre mise en demeure publique à l’endroit de Kigali. Il est vrai qu’il termine son second mandat, sans possibilité d’en briguer un troisième, et que les dossiers africains non résolus s’accumulent déjà dans le bilan qu’il laissera. Mais le contraste reste cruel : promesse publique, solennelle, réitérée – puis silence, au moment précis où il aurait fallu la tenir.

 

Une image qui essaime en Afrique

 

Cette attitude arrogante du président rwandais envers la France, jusqu’à la faire plier, a fait des émules en Afrique, où l’image de l’ancienne puissance coloniale est entamée. Des jeunes d’Afrique de l’Ouest, du Gabon à la Mauritanie en passant par la Côte d’Ivoire et le Sénégal, ont pris le président rwandais comme leur idole, « un vrai enfant de l’Afrique » qui a mis à genoux cette ancienne puissance coloniale. Ce courant, inspiré du Rwandais Paul Kagame, va croissant et compte des activistes qui élèvent la voix, notamment sur les réseaux sociaux, pour vilipender la France, à qui ils reprochent d’entretenir, depuis des décennies, des relations aux relents coloniaux dans son pré carré africain. Les images de 2026 – un président sanctionné par Washington reçu en VIP à Paris, un aéroport humanitaire toujours fermé malgré la parole présidentielle française, une justice qui referme un dossier et en rouvre un autre selon le camp du prévenu – ne feront qu’alimenter ce récit.

 

Certains, à Paris, rétorqueront que la justice y est indépendante du pouvoir exécutif, que les non-lieux comme les réouvertures d’instruction obéissent à des logiques procédurales propres à chaque dossier, et que la diplomatie présidentielle n’est pas un aveu de soumission mais la poursuite d’intérêts français – nucléaire, spatial, sécuritaire – dans une région qui compte. Ce sont des arguments qu’il convient de ne pas balayer d’un revers de main. Mais l’accumulation des faits, elle, demeure : et elle continue, année après année, de donner raison à la thèse initiale.

 

Gaspard Musabyimana

 

 

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