Rwanda. Dernière trouvaille des lobbies pro-Kagame : imposer la solidarité ethnique à tous les Tutsi

Introduction

 

Depuis quelques mois, les milieux politiques du Rwanda, que ce soit de l’intérieur ou en exil, sont traversés par un courant controversé : des uns le souhaitaient de tous leurs vœux tandis que d’autres en redoutent les effets.

 

Ce courant n’est autre que la promotion et l’exigence absolue de la solidarité ethnique aux Tutsi face au risque de la reconnaissance d’un génocide qui aurait été commis contre les Hutu. Dans cet objectif, tout Tutsi, quel que soit son bord politique ou ses convictions morales, ses divergences avec d’autres Tutsi, est appelé, sinon alors contraint, d’être ethniquement solidaire pour écarter une possible reconnaissance de génocide.

 

Les lignes qui suivent montrent les effets de ce courant et l’argument-massue qui est brandi à ceux qui seraient réticents à être ethniquement solidaires.

 

Rivalités historiques et circonstancielles

 

Comme sans toute communauté ou tout groupe social, l’ethnie tutsi du Rwanda n’est pas et n’a jamais été une entité homogène et compacte sur tous les plans.

 

Des rivalités familiales et claniques ont toujours existé chez les Tutsi tout au long de leur règne féodo-monarchique dont certains chercheurs affirment qu’ils ont régné sur le Rwanda pendant au moins quatre siècles avant d’être renversés par une Révolution Populaire en 1959.

 

En effet, la dynastie régnante des “Abanyiginya” était régulièrement en conflit feutré avec un des clans parmi ceux qui fournissaient les épouses au roi régnant, notamment les “Abega”. Ces derniers épiaient toute occasion pour que leur fille, une des épouses du roi, puisse devenir “Reine-mère” en faisant de son fils masculin le successeur du roi régnant.

 

Après la « Restauration » et le retour au pouvoir en 1994, l’ethnie tutsi est également  traversée par d’autres divergences d’une autre nature liées à l’épisode de leur conquête militaire du Rwanda, à la gestion du pouvoir en ces temps modernes et à l’évolution du monde et à la géopolitique.

 

Conflit lié à la provenance des conquérants de 1994

 

Les combattants tutsi qui ont conquis militairement le Rwanda en 1994 après une guerre meurtrière commencée en octobre 1990 provenaient principalement de l’Ouganda dont ils étaient des militaires de l’armée régulière et qui s’étaient regroupés dans un mouvement politico-militaire dénommé FPR. Mais au cours de cette guerre de conquête, ils avaient reçu des renforts en personnels provenant des pays voisins notamment du Burundi, de l’ex-Zaïre, de la Tanzanie…, bref de partout où vivaient des Tutsi exilés en 1959 suite à la Révolution de 1959. Ils furent même rejoints en Ouganda par des jeunes tutsi venus directement du Rwanda envoyés par leurs parents ou recrutés par les politiciens de l’intérieur politiquement complices du FPR.

 

Après la conquête du pays et donc du pouvoir, une hiérarchie va être établie entre les conquérants sur base de leur provenance. Tout naturellement ceux venus d’Ouganda (Abasajya) s’érigeront comme supérieurs, suivis de ceux venus du Burundi (Abajepe) et au bas de l’échelle ceux de l’intérieur du Rwanda (Abasopecya).

 

Cette hiérarchisation selon la provenance des conquérants tutsi et qui est la clé de la répartition des avantages dans le pouvoir et l’avoir dans le Rwanda conquis, va naturellement générer des rivalités et des conflits entre ces mêmes tutsi. Actuellement un bras de fer est engagé entre les originaires de l’Ouganda et les originaires du Burundi, surtout dans les instances de sécurité: Armée et Police, qui détiennent la réalité du pouvoir.

 

Il semblerait que les “Burundais” seraient en train de se hisser au sommet de l’échelle notamment grâce à la First Lady, elle aussi originaire du Burundi et qui parraine les combattants tutsi venus, comme elle, des faubourgs de Bujumbura.

 

Quant aux pauvres tutsi qui vivaient au Rwanda avant 1994, ils sont invités (même par le Primat de l’Eglise Catholique du Rwanda lui même tutsi venu d’Ouganda), à considérer le FPR et Kagame comme leur “Dieu” et à ne rien revendiquer comme droit car ayant commis un crime dont ils ne pourraient se défendre : “Ne pas avoir rejoint le FPR en Ouganda, preuve qu’ils reconnaissaient le régime hutu”!

 

Conflit lié à la diversité d’opinions politiques

 

Dans leur exercice du pouvoir et dans la domination des populations conquises, tous les Tutsi n’ont pas la même vision politique ni les mêmes idéaux à défendre. En première ligne, il y a les tenants de la supériorité naturelle des Tutsi sur les Hutu et les Twa, mais ceux-ci se heurtent à un certain nombre Tutsi adeptes des idéaux démocratiques.

 

Parallèlement le peu d’intellectuels tutsi qui sont adeptes de la méritocratie, se heurtent aux autres tutsi obscurantistes qui sont des tenants de la roublardise, des magouilles et des mensonges… comme bases du mode de gouvernance et de gestion des relations sociales entre les communautés ou même des relations diplomatiques entre les Etats.

 

Apparition d’un élément fédérateur

 

Depuis quelques mois, les instances politico-diplomatiques du FPR ont été mises en alerte maximum et actuellement c’est un branle-bas de combat auquel on assiste comme si le pays était en temps de guerre mais une “guerre idéologique”.

Ceci a éclaté quand certains tutsi, qui sont opposés aux FPR ou qui sont des défenseurs des Droits de l’Homme, ont montré qu’ils pouvaient soutenir l’idée qu’un génocide contre les hutu aurait été commis par les combattants du FPR et l’armée tutsi de Kagame.

 

Pour les idéologues du FPR et les puissances qui ont permis la reconquête du Rwanda par les Tutsi, ce fait constituerait un “danger existentiel” pour tout Tutsi.

Les lobbies pro-tutsi qui ont alerté Kagame et sa clique dans le FPR, leur ont fait comprendre ceci :

 

– L’accusation de crime de génocide quand, si elle s’affirme et prend, est le plus grand coup que l’on peut asséner à un adversaire politique. En effet, ceci le diabolise à jamais et donc l’écarte pour de bon du chemin conduisant au pouvoir. Ensuite, ce fait assure l’impunité au groupe présenté comme victime de ce génocide, tout comme ce groupe doit faire exception dans la considération et le jugement des violations des Droits de l’Homme ou l’application des normes démocratiques.

 

– C’est le coup de génie que ces lobbies et puissances ont réussi en faveur des Tutsi pour les ramener à la tête du Rwanda à travers le FPR.

 

C’est donc une faute suicidaire que tout Tutsi devrait se garder de commettre même sous prétexte de combattre politiquement le FPR. Aucun Tutsi ne devrait admettre qu’un génocide commis contre les Hutu par les combattants du FPR et l’armée de Kagame soit un jour reconnu.

 

Les conséquences seraient, d’après eux, catastrophiques pour l’hégémonisme tutsi. En effet les Hutu reviendraient dans la course politique pour prétendre avoir un mot à dire dans la gouvernance du Rwanda. Bref, ils seraient réhabilités. Bien plus grave, le régime tutsi du FPR de Paul Kagame ne bénéficierait plus de l’impunité pour ses crimes et violations des Droits de l’Homme, impunité dont il jouit depuis trois décennies.

 

Axes et actions menées dans cette campagne

 

La campagne en cours vise à toucher tous les Tutsi opposés au FPR ou plus ou moins critiques à sa politique mais surtout ceux faisant partie des formations politiques ou organisations des milieux qualifiés de hutu.

 

Pour ce faire, le système judiciaire du régime, les services de sécurité de Kagame, les services de propagande du parti-état FPR, les puissants lobbies pro-tutsi de l’Occident, se sont répartis les tâches géographiquement et opérationnellement. Ainsi comme nous allons le voir en détails, ils se sont géographiquement répartis les tâches sur base de : travailler les Tutsi de l’intérieur du Rwanda, les Tutsi dans les pays africains , les Tutsi dans l’Union Européenne, les Tutsi en Grande Bretagne, les Tutsi aux Etats Unis et au Canada. Mais les modes d’actions sont différents.

 

A l’intérieur du Rwanda.

 

Le mode d’action consiste à d’abord aborder le Tutsi qui critique le FPR et surtout celui qui dénonce ses crimes, pour lui demander de ne plus parler. S’il résiste, alors les services de propagande du FPR et sa presse se mettent à le diffamer pour le déstabiliser moralement et le présenter dans l’opinion comme un “raté”. S’il continue à résister, alors s’il a la chance d’être considéré comme contrôlable et peu dangereux, il sera arrêté et jeté en prison pour divers crimes. Ou alors s’il apparaît comme imprévisible et pouvant s’exiler, il sera exécuté sous diverses formes désormais classiques (porté disparu, se suicider en détention dans une cellule ultra-sécurisée avec caméras de surveillance, ou alors abattu par ses gardiens en légitime défense car même menottéé les bras dans le dos, avoir tenté de les désarmer …!).

 

Ces actions sont menées en coordination par le tristement célèbre RIB (Rwanda Investigation Bureau), les médias de la haine et incendiaires comme igihe.com, Rushyashya, ou des TV en ligne comme 250TV, Instinzi TV, The Future TV,  ou un activisme effréné sur les réseaux sociaux où sévissent des des gens sans foi ni loi  comme Tom Ndahiro, Jean Paul Kayitare, les organisations comme IBUKA, ou l’ex CNLG, encadrée par le nouveau Ministère de “l’Unité Nationale” confié à l’extrémiste JD Bizimana.

 

Dans les pays d’Afrique

 

Le mode d’action pour agir sur les Tutsi vivant dans des pays africains pour les dissuader de critiquer le FPR mais surtout pour qu’ils ne l’accusent jamais de crimes et surtout pas de génocide, consiste à brandir la carotte et le bâton. Chaque tutsi en exil et quelque peu critique au FPR est approché et on lui fait comprendre que s’il rentre au bercail et si surtout il se désolidarise de ceux qui accusent le FPR d’avoir commis des crimes pouvant être qualifié de” génocide”, il en serait financièrement récompensé. Mais par contre, s’il persiste à critiquer le FPR et surtout persiste à s’allier aux hutu, il le paierait très cher et même de sa vie. Ce sont les services des ambassades de Kigali toutes dirigés par les maîtres-espions de Kagame dans ces pays, qui sont chargés de cette basse besogne.

 

En Occident

 

Sur cette partie du monde vivent également des Tutsi critiques au FPR et souvent alliés au partis ou organisations des Hutu et qui n’hésitant pas à affirmer que le FPR a commis des crimes pouvant être qualifiés de “ génocide”.  Les puissants lobbies pro-tutsi sont mis alors en branle e prennent le relais pour ramener ces “brebis perdus” dans la bergerie. Bien entendu, il le font de façon plus “soft” (de manière civilisée, c-à-d courtoisement et en asseyant de les convaincre par des arguments, même fallacieux et des menaces mais voilées). C’est le cas en Belgique, en France avec entre autres Survie ou les réseaux tisés par Alain et Daphrose Gauthier ; dans les pays anglo-saxons, des sociétés de lobbying s’agitent à coups de monnaie sonnante et trébuchante payée par Kigali.

 

Les premiers résultats de cette campagne de “solidarisation des tutsi” commencent à apparaître.

Depuis quelques mois, des personnalités tutsi qui appartiennent à des partis d’opposition en exil dans lesquels se retrouvent des hutu et des tutsi, n’hésitent pas à claquer la porte dès lors que l’un de leurs camarades évoque les crimes du FPR et surtout d’un possible génocide commis par lui contre les Hutu. Bien plus, les plateformes constituées par certains partis en exil, pour être plus fort afin de contraindre le FPR d’ouvrir l’espace politique au Rwanda, se défont sur simple évocation des crimes qu’a commis le FPR contre les hutu. Même le plus grand rassemblement des organisations politiques et de la Société Civile (qui en regroupe plus de 35) et qui avait soulevé beaucoup d’espoir, est secoué par cette offensive des lobbies du FPR ayant pour objectif d’appeler tous les Tutsi à une solidarité ethnique au risque de leur disparition. Le cas de Gilbert Mwenedata en est une bonne illustration.

 

Conclusion

 

En bref, la campagne à laquelle nous assistons et qui n’est qu’à son début, se résume en ces propos : “Tout tutsi, quelle que soit sa tendance politique et idéologique devrait se convaincre qu’admettre que le “Génocide contre les hutu” soit reconnu, constitue un danger existentiel pour la survie de son ethnie.”

 

Aux acteurs politiques d’en tenir compte dans leurs stratégies et tactiques pour libérer le peuple rwandais de la tyrannie.

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

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