Des négociations seront encore nécessaires pour sauver la paix au Burundi
Après des élections générales de 2010 boycottées par des partis d’opposition regroupés aujourd’hui au sein de l’Alliance des Démocrates pour le Changement au Burundi (ADC-Ikibiri), certains leaders politiques ont préféré regagner le maquis. Le plus en vue est Agathon Rwasa à la tête des rebelles des FNL. La conséquence est que l’insécurité devient grandissante dans la capitale Bujumbura où des assassinats inexpliqués deviennent monnaie courante.
Suite à cette insécurité, les députés du parti pour l’Union pour le Progrès National (UPRONA), qui participe au pouvoir avec le parti CNDD/FDD du président Pierre Nkurunziza, estiment dans un communiqué du 14 juin 2011, que l’armée étant mieux formée en « matière des droits de l’homme », elle devrait remplacer temporairement la police dans le maintien de l’ordre dans la capitale.
D’un autre côté, il ya une demande insistante des partis de l’ADC-Ikibira pour des négociations avec le pouvoir de Bujumbura, ce qui permettrait de voir comment ramener la paix et la concorde nationale. Le pouvoir leur a opposé un refus catégorique, estimant sa légitimité totale car issue des élections transparentes de 2010. Il demande à ces opposants d’attendre les élections prochaines de 2015 pour se représenter.
Echos d’Afrique a cherché à savoir le hic de cette situation au Burundi et a tendu son micro baladeur dans les milieux des intellectuels burundais de Bruxelles. Certains estiment que les accords de paix inter-burundais ont permis des avancées considérables, mais ils ont raté une belle occasion, celle de réformer l’armée de fond en comble. Naguère dominée par les Tutsi, cette armée n’a pas intégré les Hutu ayant gagné leurs galons au sortir du maquis. Il y a eu comme un rapprochement côte-à- côte de deux corps, sans véritable mélange. Les anciens restent avec leur code, leur langage, leur lexique ; les nouveaux venus restent quant à eux avec leurs habitudes du maquis. Il y a comme deux armées dans une armée. L’harmonisation de la conduite à tenir est nécessaire à toute organisation pour que ses membres puissent émettre sur une même longueur d’ondes. Devant cette sorte d’obstruction, les anciens rebelles se sont rués sur la police dans laquelle ils sont en grand nombre, certains ne sachant ni lire ni écrire selon le communiqué de l’UPRONA ci-haut cité. Qu’ils soient déniés de leur rôle d’assurer la sécurité quotidienne dans la capitale, il n’y a qu’un pas.
D’autres pensent que le pouvoir a été accaparé par des arrivistes jusqu’au plus haut somment de l’Etat. Ils donnent pour exemple que ceux qui se sont élevés contre la dictature de l’armée putschiste qui a assassiné Melchior Ndadaye, le premier président démocratiquement élu au Burundi, tel Léonard Nyangoma, ont été écartés sans ménagement. A cela il faut ajouter l’intervention de l’homme fort du Rwanda, Paul Kagame, dans les affaires burundaises. Ceux qui y vont avec un langage cru n’hésitent pas à affirmer que le Burundi est dirigé à partir de Kigali.
Malgré les rancœurs visibles d’un côté comme de l’autre, les hommes politiques burundais devraient encore une fois se dépasser, laisser de côté leurs égos et retourner à la table de négociations pour sauver la paix dans leur pays. Autrement, il faut prier pour le Burundi et la Première dame, Madame Denise Nkurunziza, en a donné l’exemple en organisant, les 3 et 4 juin 2011 à l’hôtel Sheraton à Bruxelles, des séances de prière avec la diaspora burundaise de Belgique.
Ghislain Mikeno
Echos d’Afrique
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