RDC. MONUSCO, Force régionale de l’EAC et les enjeux de la balkanisation du Congo

Toute guerre avec allié est préférable à une guerre sans alliés. C’est sur base de ce principe de l’art de la guerre que Félix-Tshisekedi a signé des accords avec nos voisins. Parce que l’art de la guerre enseigne aussi que le renfort des voisins vaut mieux que de lutter seul.

 

Au regard des réalités du terrain, deux questions me viennent à l’esprit. Primo, cette guerre d’agression de notre pays était-elle (in)évitable à l’arrivée de Félix-Tshisekedi au pouvoir ? Secundo, Félix Tshisekedi a-t-il bien/mal fait d’intégrer notre pays dans l’EAC ?

 

Pour répondre à ces deux questions, il est important de souligner la nature des régimes de Kigali et de Kampala. Fait important : leur pouvoir est basé sur une armée de renseignement et de torture (pour Kigali) suffisamment importante pour semer la peur partout. La structure militaire est calquée sur les structures politico-administratives locales.

 

En clair, imaginons qu’en RDC, dans le programme de 145 territoires, on ait envisagé une caserne moderne dans chaque territoire. De deux, les Anglo-saxons ont tenu à faire de Yoweri Museveni, le « Bismarck des Grands Lacs ». Cette image lui fut portée par Bill Clinton en personne en mars 1998. Otto Bismarck a, après avoir battu l’Autriche, fini par annexer l’Alsace-Lorraine.

 

Pour Paul Kagame, c’est le plus fidèle de tous les dirigeants au service des intérêts anglo-britanniques : il est fiable, fidèle et plein de zèle au point d’exécuter à la perfection tout boulot qu’on lui demande, voire d’en faire plus, me déclarait une diplomate britannique. Les deux ont été placés à la tête des États malfaiteurs, des États clients. Avec pour mission l’instrumentalisation politique, militaire et diplomatique du désordre dans les Grands Lacs. On peut observer l’attitude de la MONUSCO face à ces deux États et conclure.

 

Une guerre à tout prix pour désagréger la RDC ?

 

Il faut d’abord nous poser la question sur la résurgence « miraculeuse » de la rébellion du M 23. Défaits (mieux dispersés) avec la chute de Chanzu, les rebelles du M 23 avaient pris deux directions, le Rwanda et l’Ouganda où ils étaient cantonnés dans des camps. En Ouganda, les hommes de troupe (à majorité Hutu) étaient abandonnés dans des camps. Les officiers étaient logés dans des villas au frais du contribuable ougandais. Comment sont-ils arrivés sur le sol congolais sans l’appui des autorités ougandaises ?

 

Il est clair qu’entre 2017 et 2018, Kampala et Kigali préparaient l’invasion de la RDC. Ils attendaient l’issu de l’élection présidentielle. Selon une dénonciation du compatriote Marcelin Chikwanine, entre septembre 2018 et janvier 2019, des armes lourdes avaient quitté Kinshasa pour l’est du pays principalement le Nord-Kivu.

 

D’entrée de jeu, le président Kagame, qui n’avait pas apprécié la tournure qu’avait prise l’élection présidentielle, prit position contre l’élection de Félix Tshisekedi et exigea même que l’Union africaine ne le reconnaisse pas en tant que tel. Peut-on aller jusqu’à affirmer que la venue de Félix Tshisekedi bouleversait le plan du projet de la balkanisation de notre pays ? Rien n’est à exclure. Dans ce cas, la guerre d’agression était inévitable. La nomination du Rwandais Vincent Karega à Kinshasa, l’infiltration dans l’administration, dans la police nationale, dans les forces de défense et de sécurité obéissent-elles à cette logique ?

 

Les déclarations de l’incapacité de la MONUSCO à combattre une force « rebelle » qui la dépasse en équipement militaire et les arrestations de certaines figures proches ( ? ) dont Fortunat Biselele et François Beya sont-elles la face cachée de l’iceberg ?  Le temps jouant contre Kigali et Kampala, l’âge très avancé du président Museveni exige de faire vite. Car, une succession au pouvoir de Museveni à Kampala par un Muganda pourrait changer toute la donne dans la région.

 

Les accords utiles avec l’EAC

 

Doit-on condamner le président Tshisekedi d’avoir engagé notre pays dans East African Community ? La réponse est non pour ceux qui maîtrisent les rouages de la région notamment dans ses volets humains et commerciaux. Le voisin, on ne le quitte pas contrairement au conjoint (par rupture) parce qu’on a une histoire qui, elle, est à la base du voisinage. La région des Grands Lacs est caractérisée par une stratégie de déstabilisation agressive qui contrecarre notamment les projets d’intégration régionale. L’attitude va-t’en guerre de Kigali et Kampala déstabilise toute la région.

 

Pour les populations de l’est singulièrement les opérateurs économiques, Kinshasa est la périphérie par rapport à Kigali, Kampala, Nairobi et Bujumbura. Au-delà des liens culturels transfrontaliers, toute l’économie de l’est de la RDC se traite en informel au profit de ses voisins. Il fallait qu’un jour qu’on harmonise. A ne point douter, l’entrée de la RDC dans l’EAC devait être bénéfique pour tous les États à lire les actes d’engagements signés par tous les pays membres notamment celui de ne pas déstabiliser ni soutenir une rébellion contre son voisin.

 

De même, elle devait tout compte fait favoriser l’application de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba qui stipule clairement que les États de la région ne doivent ni héberger moins encore fournir une protection de quelque manière que ce soit aux personnes accusées de crime de guerre, crime contre l’humanité, crime de génocide ou crime d’agression ou aux personnes sous le régime des sanctions des Nations-unies. Dans son souci de préserver la paix dans la région, la RDC y a cru. Sur le plan de la morale et de cohabitation pacifique entre les peuples, personne ne devrait reprocher à la RDC de s’engager dans l’EAC. Malheureusement, la notion de morale varie selon les intérêts des uns et des autres. Malgré tout, la RDC est obligée d’imprimer une dynamique nouvelle au sein de cette organisation.

 

EAC Force régionale, courtier du projet de balkanisation ?

 

En se référant au sort réservé au Soudan aujourd’hui coupé en deux pays, l’on peut croire que les pays de l’EAC (anglophones dans leur ensemble) exécutent un plan bien concocté par les grandes puissances sur la RDC. Champion de l’unité nationale du Soudan, la SPLA a curieusement basculé à la création d’un Sud-Soudan indépendant. Plutôt d’un Soudan libéré à partir des réformes dans un État existant, le basculement a, grâce aux alliances politiques pour un nouvel État, conduit aux troubles jusqu’à l’indépendance du sud.

 

Pour cela, il aura fallu l’élimination physique de John Garang dans un mystérieux crash d’hélicoptère en Ouganda et un référendum (bidon) d’auto-détermination sous contrainte des États-Unis. L’entrée de la RDC à l’EAC était une occasion rêvée pour faire aboutir ledit plan consistant à l’affaiblir davantage et à donner de l’espace d’occupation aux sujets rwandais à déverser au Kivu sous couverture des rebelles du M 23. Au nom du principe « Preemptive defence », Kigali envahit régulièrement le Nord-Kivu et déverse la partie indésirable de sa population arguant que les FDLR sont au Kivu. Cette stratégie aboutit à des négociations interminables conditionnées par les États-Unis, grand contributeur à 28 % du budget de l’ONU.

 

Le déploiement des troupes kényane, ougandaise et burundaise était en soi une bonne initiative mais il répond à cette logique de jouer au sapeur-pompier. D’abord avec la MONUSCO qui s’impose avec toute une batterie de contraintes pour cacher son inefficacité à ramener la paix ; ensuite avec la Force régionale. L’attitude équivoque du général Jeff Nyagah, commandant de la Force régionale en RDC répond de cette stratégie. On signe les accords que seule la RDC est contrainte d’appliquer avec un boulet au pied pendant trois décennies, la question des Banyamulenge.

 

Cette fois ou jamais, le sort de la RDC se joue entre les Congolais seuls contre tous et les grandes puissances. Le pape François l’a clairement déclaré demandant aux Congolais : « Ne laissez personne vous voler votre espérance. » L’Union africaine est tellement dépendante des Occidentaux qu’elle ne saurait indéfiniment se cacher sur le principe d’intangibilité des territoires hérités de la colonisation et ne pas céder à la demande renouvelée de l’autodétermination des populations soutenues par Kigali et Kampala.

 

Les guerres qui se déroulent au Soudan cachent une volonté soutenue de l’autodétermination du Darfour et en Éthiopie, celle du Tigrée. Elles répondent, comme avec la RDC, de cette stratégie de dépeçage des grands pays en Afrique.

 

Nicaise Kibel’Bel Oka

Directeur du Centre d’Étude et de Recherche géopolitique de l’Est du Congo (C.E.R.G.E.C)  

 

Source : lescoulissesrdc.net

 

 

 

 

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