RDC. Trois causes principales de l’échec de la MONUSCO : inefficacité et complicité de l’ONU et infiltration de la mission par le Rwanda

RDC. Plus de vingt années en RDC en train d’observer les tueries et massacres des populations congolaises, la MONUSCO doit finalement partir en 2024. Telle est la décision du Conseil de sécurité des Nations-unies. La Rédaction centrale du journal Les Coulisses a interrogé certaines sources de première main au sein de la mission la plus coûteuse. Voici les réponses données dans l’anonymat : « La MONUSCO ne pouvait pas réussir sa mission en RDC. Les interférences de Kigali, la lâcheté de la communauté internationale et ses nombreux soutiens aux rébellions qu’il crée ont fortement handicapé jusqu’à paralyser la machine opérationnelle de la MONUSCO ».

 

Un autre expatrié a lâché: « Chaque fois que la haute délégation de la Mission s’est rendue à Kigali, elle a été confrontée à des humiliations inacceptables de la part de certains officiels rwandais ». Il y a plus : « Le Rwanda a infiltré tout comme le système des Nations-unies au point d’être au courant des stratégies prises en temps réel et de les contrecarrer. En janvier 23, aussitôt que le Force Commander a initié un plan des opérations avec les FARDC, le M23 a été mis au courant. Il y a des taupes au sein de la MONUSCO ».

 

Voici comment les choses se passent dans ce mariage Kigali-ONU : « Le Rwanda a donné 31 experts en mission, 975 pour les unités de police (les FPUs), 58 policiers (Civilian Police), 66 officiers d’état-major (staff Officers) et 5205 hommes de troupe. Ces missions sont toutes interconnectées notamment dans les échanges d’informations et expertises. Et bien évidemment la MONUSCO ne fait pas exception ».

 

En langage simple, tous les échanges jugés sensibles et hautement sécuritaires de la MONUSCO sur la RDC sont partagés également (in)directement avec le Rwanda qui en dispose comme bon lui semble. Il va sans dire que cette position privilégiée du Rwanda lui confère une maitrise tactique et stratégique des opérations de maintien de paix mais aussi et surtout des règles d’engagement (Rules of Engagements) des missions de paix dans lesquelles fait partie la MONUSCO.

 

Ce qui corrobore les déclarations du Secrétaire général des Nations-unies emboîtant le pas de sa représentante Bintou Keita sur les armes que détiennent les rebelles du M23.

 

« La MONUSCO ne peut agir contre les rébellions montées par le Rwanda depuis Jules Mutebushi, le CNDP de Laurent Nkunda et aujourd’hui le M23. Kigali défie ouvertement la mission onusienne. D’où l’inefficacité et l’incapacité observée de la MONUSCO à stabiliser l’Est de la RDC et à protéger les civils. Surtout si ces civils sont Hutu ».

 

L’arrogance bénie et tolérée de Kigali

 

Comment Kigali arrive à narguer le Conseil de sécurité des Nations-unies d’année en année sans qu’il y ait des voix pour mettre fin à cette nuisance ? La réponse se trouve dans le soutien des grandes puissances au régime de Kigali et dans la contribution du Rwanda aux opérations de maintien de la paix de l’ONU à travers le monde.

 

A ce jour, le Rwanda déploie près de six mille soldats dans des opérations de maintien de paix à travers le monde. En pourcentage, 10 % du total des casques bleus au monde vient du Rwanda. Ce qui permet au Rwanda d’occuper respectivement la 4ème position des pays contributeurs en effectif après le Bangladesh, le Népal et l’Inde sur une longue liste de 87 pays fournissant les casques bleus.

 

Selon les statistiques de mai 2023 parvenues à la Rédaction du journal Les Coulisses, le Rwanda est présent dans 6 missions de l’ONU à travers le monde notamment la MINUSCA (Mission des Nations-unies pour la stabilisation en Centrafrique – avec 2107 soldats) et l’UNMISS (Mission des Nations-unies au Soudan du Sud – avec 2585 soldats). A ces deux missions, il convient d’ajouter le UNOWAS (Bureau des Nations-unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel), la FISNUA (Force Intérimaire de Sécurité des Nations-unies pour Abyei).

 

Le Rwanda, pays contributeur aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, est curieusement le plus grand pourvoyeur en effectifs, armes et munitions des rébellions qu’il crée en RDC. Cette position ambigüe bénie et tolérée par les grandes puissances empêche la MONUSCO de remplir convenablement son mandat d’imposition de la paix et de protection des populations civiles. Elle permet au Rwanda d’utiliser sa connaissance des règles d’engagement onusiennes pour mettre en marche son plan de balkanisation du Congo.

 

Un business rentable au nom de la paix

 

Le départ de la MONUSCO décidé par le président Félix Tshisekedi et acté par le Conseil de sécurité aura de graves implications économiques dans la région et même au-delà. Il suffit de se renseigner auprès de la section Approvisionnement de la MONUSCO pour mesurer les enjeux collatéraux de la présence de la mission au Congo.

 

Les équipements de bureau dont les principaux fournisseurs sont l’Ouganda, la Tanzanie, le Kenya etc. s’élèvent à des milliers de dollars USD. Le départ de la MONUSCO signifie la perte d’un grand partenariat dans le business. La situation est similaire pour les sociétés, compagnies ou particuliers qui fournissent les vivres et non-vivres aux contingents : lait, légumes, farine, boissons gazeuses, boîtes de conserves, carburant proviennent en grande partie des pays limitrophes dont le Rwanda et aussi l’Afrique du Sud. Les assurances sont payées au Kenya.

 

Le départ de la MONUSCO, s’il se réalise réellement, c’est la faillite de plusieurs business au chiffres d’affaires qui atteignent de milliers de dollars. La RDC a des ennemis insoupçonnés bénéficiant de la présence de la MONUSCO.

 

Fort de tous ces éléments, Paul Kagame continue de se moquer publiquement de la MONUSCO, de narguer la communauté internationale et d’envahir la RDC. En toute impunité.

 

La Rédaction Les Coulisses

 

 

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