Au Rwanda le droit est mort. Cas du journaliste Cyuma Hassan torturé en prison

Alarme : Si rien n’est fait, le journaliste Dieudonné NIYONSENGA alias Cyuma Hassan va mourir en prison suite à la torture.

 

Ce mercredi 10 janvier 2024, le journaliste Cyuma Hassani a comparu devant le tribunal. Dans les lignes qui suivent nous vous proposons une traduction littérale du reportage en langue rwandaise fait par Eric Bagiruwubusa, journaliste de la Voix de l’Amérique et qui relate les événements survenus lors de cette comparution.

 

Le récit du journaliste Eric BAGIRUWUBUSA

 

« Le journaliste Dieudonné Niyonsenga, plus connu sous le nom de Cyuma Hassan, est apparu dans la salle d’audience entouré de mesures de sécurité renforcées. Malgré son visage affichant un sourire résolu, des blessures non encore cicatrisées étaient visibles sur son front. Ces blessures ont suscité des contestations quant à la légitimité du procès. Cyuma a souligné devant la cour d’appel qu’il subissait une détention inhumaine, marquée par des conditions cruelles.

 

Au cours de son témoignage, Cyuma a dépeint sa vie à la prison de Nyarugenge comme étant comparable à un tombeau ou à un abîme, marquée par des moments de chagrin et de larmes poignants. Après avoir révélé son identité, sa première préoccupation a été de connaître l’identité du juge chargé de rendre le verdict.

 

Une dispute verbale et un échange d’arguments ont éclaté entre le juge et Cyuma lors de l’audience :

 

Cyuma a déclaré : « Je vous ai donné mon nom, et vous, qui êtes-vous ? »

Le juge a répondu : « Quelle importance as-tu de connaître mes noms ? »

Cyuma a répliqué : « J’avais l’impression d’être traduit devant un juge qui n’est pas un homme politique. »

 

Suite à ces propos, le juge, visiblement contrarié, a immédiatement demandé à Cyuma : « Es-tu prêt au jugement ou pas ? » À cela, Cyuma a répondu qu’il n’était pas prêt pour un procès. Il a expliqué que ses oreilles ne fonctionnaient plus correctement à cause des coups qu’il avait subis et qu’il avait perdu la vue en raison des conditions de détention dans ce qu’il qualifie de fosse où l’eau montait constamment. Malgré le port de lunettes, il a insisté sur les séquelles de sa détention.

 

Cyuma a tenté d’approfondir ses explications sur les actes de torture présumés subis en prison, mais le juge a rejeté ces détails. En réaction, le juge s’est tourné vers les avocats de Cyuma Hassan pour demander s’il était ignorant du fait qu’il serait jugé, plutôt que d’être traduit devant ce qu’il appelait les hommes politiques.

 

Les avocats de Cyuma Hassan, à savoir Gatera Gashabana et son collègue Jean Bosco Sefu Ntirenganya, ont affirmé qu’ils lui rendaient fréquemment visite en prison. Cependant, ils ont souligné qu’une problématique persistait, car tous les documents destinés à Cyuma étaient systématiquement saisis par les gardes, sans être remis au détenu. Gashabana a précisé : « Quand nous allons le voir, les gardes prennent tous les documents et nous disent qu’ils vont d’abord les lire. »

 

Les avocats ont plaidé en faveur d’une justice équitable, demandant instamment au tribunal de garantir les droits légaux de ce journaliste en vertu des principes fondamentaux de la justice.

 

Cyuma a plaidé auprès du juge en disant : « La vie que je mène, la torture que je subis, je ne suis pas incarcéré dans une prison, je suis enfermé dans un trou. En vérité, accordez-moi cette opportunité de m’exprimer au sujet des blessures que j’ai subies de la part du gouvernement. » Il en a profité pour montrer au juge les plaies visibles sur son front.

 

En réponse, le juge a répliqué : « Je comprends ce que tu dis, le parquet en a pris connaissance ; si cela est vrai, nous demandons aux responsables de la prison de prendre les mesures nécessaires. » L’avocat Sefu Ntirenganya a également pris la parole en déclarant : « Ils nous fouillent, c’est scandaleux, car cela ne concerne que certains prisonniers, pas tous. Ce n’est pas du chantage, nous sommes des collaborateurs de la justice. Aujourd’hui, nous le voyons avec des cicatrices sur le front, mais la dernière fois, c’étaient des plaies, et ils ont eu peur qu’il se présente au tribunal, les forçant à expliquer l’origine de ces blessures. »

 

Les proches de Cyuma, parmi lesquels son père Primian Rukebesha, assistaient tristement à l’audience. Le tribunal cherchait simplement à savoir si la défense de Cyuma Hassan était prête pour le jugement. Cette dernière a répondu qu’il n’avait aucune intention de retarder le procès, mais a souligné qu’il serait préférable que le tribunal demande aux agents pénitentiaires de respecter la loi. Les réponses du juge, mêlant le kinyarwanda et le français, ont souvent provoqué des rires dans la salle d’audience. Tant les civils que les gardiens de Cyuma semblaient trouver de l’amusement dans les échanges.

 

Sans donner de détails, sous-entendant que la décision finale ne dépendait pas de lui concernant les éléments qui lui étaient présentés, le juge a déclaré : « Vous discutez depuis combien de minutes, allez voir les ministres de la justice et discutez du problème que vous avez. Mon travail, vous le connaissez. »

 

Les avocats de Cyuma soutiennent avoir signalé les actes de torture subis en prison aux autorités compétentes, y compris à l’ordre des avocats. Gatera a déclaré : « Nous l’avons communiqué au président du barreau, et il nous a assuré qu’il en parlait à d’autres que ceux dont nous faisons mention ici. »

 

Cyuma a alors exprimé au juge : « La loi vous permet d’entendre le justiciable pour qu’il puisse exprimer ses objections. »

Le juge l’a interrompu et a déclaré : « Il y a des choses qui peuvent fonctionner et d’autres qui ne le peuvent pas. Je ne suis pas Dieu, est-il possible que ce que vous dites soit vrai ? » Cyuma a répondu : « Je suis entre les mains de la DMI, pas entre les mains de la prison. »

 

Le juge a poursuivi en disant : « Même si vous avez le droit, si vous avez quelque chose à demander, attendez ahahah, j’ai aussi mes devoirs et je dois également écouter les plaignants. »

 

L’avocat Sefu Ntirenganya a rappelé au juge que la juridiction se trouve dans un pays respectueux des lois, raison pour laquelle leurs demandes devraient être respectées. En réponse, le juge a sollicité les commentaires du parquet. Celui-ci a répondu qu’il s’agissait d’une question qui n’impliquait ni le tribunal ni l’accusation. Il a précisé que les problèmes entre Cyuma et la prison devraient être résolus en premier lieu. Le parquet a également exprimé des doutes quant à la véracité des allégations avancées par Cyuma et ses avocats, ajoutant que si de telles situations étaient avérées, Cyuma aurait la possibilité de faire appel, informant ainsi l’accusation et le tribunal.

 

Cyuma a affirmé que la personne qu’il accuse est également le juge dans cette affaire. En réponse, le juge lui a rappelé que répéter les sévices qu’il subit en prison ne l’aiderait pas. Cyuma Hassani a ensuite souligné au juge qu’il attendait de lui qu’il ait le pouvoir d’ordonner à la prison de mettre fin aux actes de torture. À ce moment-là, le juge du tribunal a interpellé l’agent de sécurité de Cyuma, qui était présent dans la salle d’audience avec une arme à feu et a levé la main.

 

Cyuma a déclaré : « Je suis surveillé par la DMI, l’autre individu, je ne le connais pas, qu’il ne vous mente pas ; ce sont des hommes, dont l’un est en tenue de pantalon civil kaki avec des pistolets dans les poches, ils se sont cachés, je les voyais ici. »

 

Le juge a répondu sans hésitation : « Sachez ce que vous dites et quand vous devriez le dire. »

Cyuma a ajouté : « Mais je suis triste. »

Le juge a conclu en disant : « Je suis désolé, monsieur. Nous nous reverrons le six février à neuf heures.»

 

Le journaliste Cyuma Hassan, ancien responsable d’Ishema TV, a demandé la révision de son procès, arguant qu’il estime son jugement inéquitable, en collaboration avec ses avocats. Il fait face à des accusations de fabrication et d’utilisation de faux documents, d’usurpation de la fonction de journaliste, et d’ingérence dans les décisions du gouvernement. Dans le cadre de son examen de l’affaire, la Voix de l’Amérique a découvert que parmi les éléments qu’elle présentera figure une déclaration publique faite par l’un des députés qui l’a critiqué alors que le tribunal ne s’était pas encore prononcé.

 

Le député Murebwayire Christine a prononcé ces mots au sujet de Cyuma, après son arrestation, en s’adressant aux élèves d’une école primaire située dans le district de Gakenke où Cyuma a fait ses études : « Il y a un homme qui a tenu des propos très grossiers, détruisant l’unité des Rwandais. Le connaissez-vous ? Non… il a étudié ici aussi, le connaissez-vous ? Non. Il s’appelle Hassan Cyuma. Cyuma n’a-t-il pas étudié ici ? Oui. Cyuma n’a-t-il pas étudié ici ? Oui. Écoutez, qu’il reste à jamais, là où il est. »

 

Concernant l’audience d’aujourd’hui, M. Primian Rukebesha, le père du journaliste, a partagé avec la Voix de l’Amérique son ressenti quant à l’accueil réservé à son fils : « Je constate que les gardiens de prison complotent. Ils vont mettre fin à la vie de mon enfant par les coups. À mon avis, je pensais que c’était le rôle du juge d’informer l’administration pénitentiaire et de remettre les documents à l’enfant afin qu’il puisse se préparer pour sa défense devant le tribunal. Vu que j’ai quitté Gakenke, c’est un long chemin pour revenir, et peut-être que la prochaine fois cela se passera comme aujourd’hui, je suis inquiet. Chaque fois que je viens en visite, je le trouve de mauvaise humeur, et je rentre chez moi inquiet. Les autres visiteurs rentrent chez eux heureux, mais moi, je rentre en pleurant. »

 

Aux alentours du tribunal, il est évident que le journaliste Dieudonné Niyonsenga, alias Cyuma Hassan, bénéficie d’une protection stricte tant visible qu’invisible. Lorsqu’un collègue journaliste a tenté de le saluer, l’un des gardes armés l’a averti que cela n’était pas autorisé. Selon ses dires, Cyuma est considéré comme très dangereux, quelqu’un qui représente une menace pour le pays. Le garde a déclaré: « Connaissez-vous Cyuma ? » Un autre a répondu : « Non, j’entends parler de lui. » Le gardien a poursuivi en disant: « Tu ne lis pas les journaux ? Il est très dangereux, même lorsqu’il vient pour son procès, Son Excellence le Président de la République en est informé. »

 

L’affaire sera entendue le 6 du mois prochain. C’est Eric Bagiruwubusa, de la Voix de l’Amérique, à Kigali, qui rapporte ces informations.

 

De ce procès, plusieurs points saillants peuvent être retenus:

 

1. Arrestation pour dénonciation de l’injustice : Cyuma a été arrêté pour avoir donné la parole à la population afin qu’elle dénonce l’injustice dont elle était victime. Son acte de donner la voix aux sans-voix semble être à l’origine de ses ennuis judiciaires.

 

2. Résistance malgré les tortures : Les tortures subies en prison n’ont pas découragé Cyuma, qui reste fermement attaché à sa vérité. Sa détermination face aux épreuves témoigne de son engagement envers la justice et la défense des droits fondamentaux.

 

3. Qualification de « très dangereux » par le FPR : Le FPR considère Cyuma comme un ennemi du pays, le qualifiant de « très dangereux ». Cette caractérisation souligne la tension politique autour de son cas.

 

4. Partialité du juge : Les réponses du juge à Cyuma laissent entendre une certaine partialité, suscitant ainsi le doute sur l’équité du procès. Le manque de confiance de Cyuma envers la justice est compréhensible dans ce contexte.

 

5. Violation des droits de Cyuma : Les inquiétudes de Cyuma quant à son traitement en détention sont justifiées, notamment en raison des conditions de torture qu’il ne cesse de subir quotidiennement de la part de la DMI (Direction du Renseignement Militaire). Ces allégations soulèvent des préoccupations quant au respect des droits fondamentaux.

 

6. Boycottage de la constitution : Le cas de Cyuma met en lumière une possible violation de la Constitution, notamment en ce qui concerne le droit de chaque Rwandais à exprimer son opinion. Le fait que Cyuma soit empêché de parler à ses avocats constitue une restriction injuste de ses droits légaux.

 

En somme, le procès de Cyuma met en évidence des préoccupations sérieuses quant à la justice, aux droits de l’homme et à la liberté d’expression au Rwanda.

 

Les descriptions des blessures de Cyuma, de sa détention dans des conditions difficiles et des préoccupations quant à l’ingérence présumée du pouvoir exécutif dans le système judiciaire soulèvent des questions sérieuses sur l’équité et la légitimité de son procès. Les actes de torture et de mauvais traitements dénoncés publiquement par le plaignant nécessitent une enquête approfondie et transparente.

 

La suspicion selon laquelle les décisions viennent de la haute hiérarchie soulève des préoccupations majeures quant à l’indépendance du système judiciaire. Lorsque le président du pays est perçue comme influençant le processus judiciaire, cela met en péril la confiance dans la justice et renforce le besoin d’une enquête indépendante.

 

J’appelle tous les Rwandais avec un cœur magnanime, de se lever et lutter contre l’injustice qui leur est faite. Ne soyez pas naïfs, il faut crier haut et fort pour la santé de Cyuma en danger, pour que le monde entier soit au courant. Tant que le FPR sera toujours au pouvoir il sera difficile d’obtenir une justice équitable au Rwanda ; c’est pourquoi j’invite tous les Rwandais où qu’ils soient de se lever comme un seul homme et de conjuguer leurs efforts pour chasser le FPR du pouvoir et ainsi mettre fin au calvaire que le peuple rwandais endure depuis bientôt trente ans.

 

Vestine MUKANOHERI
Membre du parti FDU INKINGI

 

 

 

 

 

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