RDC. Assassinat de l’ambassadeur d’Italie. Et si le PAM était infiltré des taupes !

Lundi 22 février 2021, aux alentours de 10 heures, le convoi du Programme alimentaire mondial (PAM) avec en son sein l’ambassadeur Luca Attanacio tombe dans une embuscade à la sortie de Goma. Le bilan est lourd : 3 morts dont l’ambassadeur, son garde du corps Vittoro Loccavaci et le chauffeur de PAM Mustapha Milambo. Rien à dire, il y a eu une embuscade soigneusement et professionnellement préparée. D’où sa réussite puisque la cible visée a été atteinte. Les trois étapes d’une embuscade avaient été bien observées. Comme il y a eu embuscade, cela sous-entend qu’il y a eu des taupes au niveau de la planification du voyage qui se voulait plus discret. Un embuscade repose sur trois temps, à savoir 1. l’antenne appelée vulgairement informateur qui donne toutes les indications sur les faits et gestes de la cible. Ici, la cible, c’est l’ambassadeur Luca. 2. la troupe d’exécution ou exécutants. 3. enfin l’entonnoir (veilleurs sur la bonne exécution de la mission). La question traditionnelle dans une enquête criminelle : A qui profite le crime ?

 

Pour répondre à cette question capitale, il faut se référer à deux éléments essentiels, la géographie et la sécurité. D’abord la mauvaise appréciation sécuritaire. Selon une source au sein de la MONUSCO, le tronçon Goma-Rutshuru est jugé pacifique et catégorisé « alerte verte », c’est-à-dire sans danger réel et par conséquent, on y va sans escorte. De deux, la géographie de cette zone. L’embuscade a eu lieu dans le Kibaya, pâturage communautaire où jadis l’on faisait paître le bétail (entre Kibumba et Kilimanyoka) dans un lieu « appelé » Trois antennes. Cet endroit est situé à 11 kilomètres de Goma mais également à 1 kilomètre de la frontière entre le Rwanda et la RDC. Cette région est souvent le théâtre des affrontements entre différentes forces armées qui empruntent cette piste. Vraisemblablement, il y aurait eu des infiltrés et/ou des taupes soit dans le convoi de PAM, soit au moment où l’on planifiait le voyage. Pour s’en convaincre, les services de sécurité devraient récupérer tous les téléphones de tous les passagers du convoi notamment ceux qui étaient dans la première voiture et vérifier si, 30 minutes avant le départ ou au niveau de « Bon voyage » (qui est la sortie de la ville Goma), personne n’avait donné la position du convoi. Dans une enquête criminelle, le téléphone est l’un des éléments clé. Il faut le faire le plus vite possible pour ne pas effacer les traces. Curieux aussi que les assaillants ne se soient intéressés qu’au véhicule de l’ambassadeur.

 

Qui seraient les assaillants ? Pour répondre à cette question, il faut d’emblée se poser une autre question : « Que gagnerait-on à tuer un ambassadeur sur un tronçon régulièrement fréquenté ? » En même temps, il faut avant tout se poser une autre question subsidiaire, celle du rôle que joue l’Italie dans le PAM au Nord-Kivu. Est-elle le premier bailleur du PAM ?

 

Tuer l’ambassadeur produit deux effets. Primo, cela crée une psychose qui insécurise et décourage tous les usagers de la route Goma-Bunagana au moment où les frontières entre le Rwanda et l’Ouganda sont fermées. Bien plus, le gouverneur du Nord-Kivu, Carly Nzanzu Kasivita a mis à la disposition de ses administrés un grand bus pour relier Goma à Kampala via Bunagana. Secundo, pousser PAM à orienter ses achats ailleurs et/ou à ne plus fréquenter ce tronçon à partir de la RDC. L’embuscade contre l’ambassadeur italien, dans son mode opératoire, rappelle celle contre 6 agents CICR en Ituri en 2001. L’objectif visé était de dissuader le CICR à apporter du secours et assistance à une des parties au conflit, à le pousser à quitter la région. Avec cette différence que dans le cas d’espèce, les acteurs en conflit sont nombreux et inassignables mis à part les FDLR. Évoquer la langue comme élément constitutif du crime ne suffit pas dans une région où depuis la ville de Goma, le 1/3 de la population parle et/ou entende le kinyarwanda sans toutefois être nécessairement Rwandais. Le gouverneur du Nord-Kivu, Carly Nzanzu Kasivita a rendu visite de compassion à la famille du chauffeur Milambo.

 

Il sera difficile d’arriver à des résultats palpables tant le crime a été exécuté avec professionnalisme mais l’on sait aussi que le crime parfait n’existe pas. Question d’aider les enquêteurs avec des éléments probants. Car, une enquête criminelle ne se fait pas dans l’agitation et la spéculation.

 

L’on peut tout dire, ce crime remet sur la table la problématique de la sécurité à l’est du pays notamment dans le Nord-Kivu où l’on sent, de la part des opérateurs internationaux (ONG et autres partenaires), une nette volonté de se contenter du statu quo tant l’agro business, dans des zones agricoles insécurisées depuis des décennies, profite surtout au système des Nations-unies.

 

Comme pour les autres morts innocents de la méchanceté humaine, paix à leurs âmes.

 

Nicaise Kibel’Bel Oka.

 

 

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