Maxime Prévot au Rwanda en novembre : real politik ou « aller à Canossa »?
Ci-après deux textes, deux avis sur le voyage prévu en novembre au Rwanda par Maxime Prévot, ministres belge des Affaires étrangères.
Maxime Prévot à Kigali : présence diplomatique ou posture d’apaisement ?
La visite du ministre belge Maxime Prévot à Kigali, prévue en novembre dans le cadre de la conférence ministérielle de la Francophonie, suscite des interrogations légitimes. Dans un contexte de rupture diplomatique entre la Belgique et le Rwanda, ce déplacement ne peut être interprété comme un simple acte protocolaire. Il porte en lui une charge symbolique forte, que Kigali semble déjà vouloir instrumentaliser.
Depuis plusieurs mois, les relations entre Bruxelles et Kigali sont au plus bas. L’expulsion des diplomates belges, le gel de l’aide au développement, et les accusations mutuelles autour du conflit en République démocratique du Congo ont figé tout dialogue officiel. Pourtant, la présence de Prévot à Kigali ne marque pas un retournement de position, mais plutôt une affirmation subtile : celle d’une diplomatie belge qui refuse la rupture brutale, tout en maintenant ses principes.
Contrairement à ce que certains cercles rwandais laissent entendre, il ne s’agit pas d’un acte de soumission ou d’un « retour en grâce » devant le régime de Paul Kagame. Il s’agit d’un geste de responsabilité, d’un signal envoyé à la communauté internationale : la Belgique reste engagée pour la paix, la coopération régionale et le dialogue multilatéral, sans pour autant cautionner les dérives autoritaires ou les ingérences militaires.
Maxime Prévot ne vient pas se prosterner. Il vient témoigner d’une diplomatie lucide, capable de présence sans complaisance, d’ouverture sans reniement. Dans une région où les tensions ethniques et géopolitiques menacent la stabilité, cette posture mérite d’être saluée. Elle rappelle que la diplomatie n’est pas l’art de plaire, mais celui de tenir le cap dans la tempête.
Valentin Akayezu
Aller à Canossa ? La diplomatie belge face à Kigali
L’annonce selon laquelle Maxime Prévot, ministre des Affaires étrangères de Belgique, se rendra à Kigali en novembre soulève une question saisissante : s’agit-il d’un « aller à Canossa » diplomatique ? Autrement dit, d’un acte de soumission déguisée, visant à s’excuser ou à apaiser un partenaire qu’on a offensé, au prix d’abaisser sa propre posture ?
Depuis plusieurs mois, les relations Bruxelles-Kigali se sont brusquement envenimées. Kigali a rompu les relations diplomatiques avec la Belgique, accusant ce pays d’ingérence, de manipulation de l’opinion internationale et d’adopter un discours néocolonial. En réponse, la Belgique a tenté de défendre sa position, dénonçant une “déformation totale des faits” et affirmant ne pas chercher à punir à tout prix ; mais elle a aussi soutenu des sanctions européennes contre des responsables rwandais, et multiplié les déclarations critiques concernant le respect des droits humains.
Si la Belgique accepte de dialoguer ou de retourner à Kigali dans ce contexte, cela pourrait signifier plusieurs choses : qu’elle reconnaît tacitement que sa rhétorique ou ses actions ont été perçues comme suffisamment offensantes pour justifier une rupture diplomatique ; qu’elle souhaite préserver ses intérêts (coopération, influence diplomatique, sécuritaire, ou régional) et juge que le prix à payer d’une absence de communication est plus élevé que celui d’une humilité diplomatique ; ou encore qu’elle espère que le fait de “se rendre” apaisera les tensions et permettra de restaurer, sinon l’égalité, du moins le dialogue.
Mais est-ce pour autant un simple aveu de faiblesse ou une démarche humiliante comparable à l’image du roi Henri IV à Canossa ? Pas nécessairement. Plusieurs nuances méritent d’être soulignées :
Le contexte diplomatique : l’État belge n’a pas officiellement présenté des excuses pour avoir soutenu ou promu une position condamnée par Kigali ; il défend ses choix en arguant que le droit international, la défense des droits humains, et la solidarité avec la RDC sont partie intégrante de sa politique étrangère. Si le livre interdit (ou la censure d’un universitaire) s’avère, cela pose un problème de liberté académique et d’expression, mais ce n’est pas en soi une admission légale de ‘tort’ diplomatique.
La diplomatie, ce n’est pas seulement le pouvoir ou la position : un déplacement, un entretien, une visite peuvent aussi être des gestes stratégiques, pas toujours d’humiliation, mais de réalpolitik. Rétablir un canal, clarifier des malentendus, préserver des intérêts communs (sécurité, coopération, image) peuvent motiver un retour à la discussion.
Le rapport de force : contrairement à la posture d’Henri IV devant le pape, ici, la Belgique conserve encore une voix au sein des instances internationales (UE, ONU) et conserve des leviers, même si Kigali peut menacer des représailles diplomatiques ou bloquer des coopérations.
Conclusion
Aller à Kigali pourrait donc être assimilé à un “Canossa” symbolique, mais ce serait réducteur de le peindre comme un aveu complet de culpabilité ou une reddition. Plutôt, il semble s’agir d’un compromis diplomatique : une volonté de renouer le dialogue, d’éviter que la rupture totale ne s’étende, et de préserver les principes internationaux qui fondent la politique étrangère belge.
Mais ce compromis ne doit pas être sans condition ni sans dignité. Pour qu’il ne soit pas juste “aller à genoux”, la Belgique doit : garantir la liberté d’expression et intellectuelle, y compris l’autorisation pour des universitaires ou critiques de présenter leurs travaux, sans peur de représailles ou d’interdiction ; maintenir ses positions sur les droits humains de manière claire, même si ces positions dérangent ; agir avec transparence sur les raisons de ce déplacement : est-ce pour apaiser, pour négocier des accords, ou pour redéfinir une politique envers Kigali ?
Si ces conditions sont respectées, alors aller à Kigali ne sera pas une Canossa humiliée mais une étape nécessaire – certes douloureuse – dans une relation diplomatique troublée. Si ce n’est pas le cas, cela pourrait être perçu comme une capitulation morale.
Jean Yves Cimpaye
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