William Ruto, l’allié inattendu du chaos en RDC
Quand la diplomatie kényane s’aligne sur les ambitions du M23 et les calculs de Kigali.
Alors que la République Démocratique du Congo (RDC) lutte pour contenir l’insurrection du groupe rebelle M23 dans sa région orientale, une série d’événements diplomatiques et militaires soulève des interrogations sur le rôle du président kényan William Ruto. Entre détournement de mandat militaire, accueil de dissidents armés et rapprochement stratégique avec Kigali, Nairobi semble s’éloigner de sa posture de médiateur régional pour adopter une position plus ambiguë voire complice dans la crise congolaise.
Une mission militaire vidée de sa substance
En 2022, face à la recrudescence des violences du M23, désigné comme groupe terroriste par Kinshasa, la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) déploie une force régionale avec mandat d’intervention. À sa tête, le général kényan Jeff Nyagah. Pourtant, contre toute attente, ce dernier reconfigure la mission en simple force d’observation, neutralisant ainsi sa capacité d’action contre les rebelles.
Ce revirement stratégique intervenait alors que William Ruto effectuait une visite officielle à Kigali. Pour de nombreux observateurs, ce déplacement diplomatique dans un contexte aussi tendu n’est pas anodin. Il fut perçu comme un signal de rapprochement entre Ruto et Paul Kagame, président rwandais accusé de soutenir le M23. Une alliance qui, si elle se confirme, allait redessiner les équilibres géopolitiques dans la région des Grands Lacs.
Nairobi, nouveau sanctuaire des dissidents armés
Plus troublant encore, Nairobi devient le théâtre de réunions entre groupes armés congolais opposés au régime de Kinshasa. Sous les auspices de William Ruto, une nouvelle coalition rebelle voit le jour : l’Alliance pour le Fleuve du Congo (AFC). Cette alliance, dont le M23 est un acteur central, affiche ouvertement son objectif de renversement du gouvernement congolais par la force.
La création de l’AFC à Nairobi, avec la bénédiction implicite du président kényan, marque un tournant inquiétant. Elle transforme le Kenya, jadis perçu comme un pilier de stabilité régionale, en plateforme de légitimation des forces insurgées. Ce glissement diplomatique soulève des questions fondamentales sur les intentions réelles de Ruto dans la crise congolaise.
L’ombre de Paris : Macron, Kagame et Ruto, un axe contre Kinshasa?
La France, par la voix d’Emmanuel Macron, n’échappe pas aux critiques. Sa diplomatie dans la crise congolaise est jugée confuse, voire partiale. Lors des négociations de Luanda, plusieurs sources affirment que Macron aurait tenté d’influencer son homologue angolais en faveur du Rwanda et du M23. Chaque appel téléphonique du président français à João Lourenço, intervenant à la veille ou au lendemain des pourparlers, est perçu comme un frein aux avancées diplomatiques.
Le sommet de la Francophonie à Paris en 2023 cristallise ces tensions. Macron refuse de nommer explicitement la guerre imposée par le Rwanda via le M23 comme une crise humanitaire majeure, alors même qu’il cite d’autres conflits dans son appel à l’intervention de l’OIF. En signe de protestation, le président Félix Tshisekedi quitte précocement le sommet, dénonçant une diplomatie française jugée méprisante et sélective.
Aujourd’hui, Macron prépare un sommet France-Afrique à Nairobi, renforçant les soupçons d’un axe Macron–Ruto–Kagame. Ce trio, perçu comme hostile à la souveraineté congolaise, inquiète les chancelleries africaines et les défenseurs de la paix dans la région.
Un consul kényan en zone occupée : provocation diplomatique?
Dernier acte d’une série de gestes controversés : la nomination par William Ruto d’un consul dans une zone de l’Est de la RDC sous contrôle du M23 et du Rwanda. Ce geste, interprété comme une reconnaissance tacite de l’occupation, est perçu par Kinshasa comme un affront diplomatique et un aveu de co-parrainage du conflit.
Vers une reconfiguration régionale?
La posture de William Ruto dans la crise congolaise interpelle. Elle révèle une reconfiguration des alliances régionales où les intérêts sécuritaires, économiques et diplomatiques semblent primer sur les principes de souveraineté et de paix. Le Kenya, autrefois médiateur, devient acteur controversé. La France, en quête de réinvention diplomatique en Afrique, s’aligne sur des partenaires aux ambitions troubles. Et le Rwanda, maître des équilibres instables dans les Grands Lacs, poursuit son influence avec une efficacité « anti-peace ».
Face à cette dynamique, la RDC se retrouve confrontée à une guerre hybride où les armes se mêlent aux intrigues diplomatiques. Une guerre dont les véritables parrains ne sont pas toujours ceux qui tirent les balles, mais ceux qui tirent les ficelles.
Kinshasa déjoue les calculs et renverse la dynamique
Malgré les machinations d’influence tissées par le trio Macron-Ruto-Kagame, entre diplomatie parallèle, soutien tacite aux groupes armés et tentatives de marginalisation régionale, Kinshasa n’a pas cédé. Au contraire, la RDC a su prendre le devant de la scène, déjouant les calculs de ses détracteurs par une stratégie diplomatique affirmée et résolue.
En mobilisant ses partenaires africains et internationaux, en dénonçant les duplicités, et en réaffirmant sa souveraineté, Kinshasa transforme peu à peu le rapport de force. Les gains diplomatiques se multiplient : soutien accru au processus de Luanda, repositionnement de certaines chancelleries, et isolement progressif des acteurs complices de l’instabilité dans l’Est du pays.
Ce retournement n’efface pas les tensions, mais il redessine les lignes du jeu régional. La RDC n’est plus une victime passive des intrigues géopolitiques – elle devient un acteur central, capable de faire basculer les équilibres et d’imposer sa voix dans le concert des nations.
Valentin Akayezu
Source : Facebook
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