Quand la guerre au Moyen-Orient devient l’alliée de Kagame en RDC

Dans son nouvel ordre mondial, Trump est en train de remplacer le droit international classique par « la loi du plus militairement fort ». Il commence à l’appliquer au Moyen-Orient avec Israël, tandis qu’il compte le faire dans la région des Grands Lacs d’Afrique avec Paul Kagame.

 

Paul Kagame et son régime possèdent encore de puissants lobbies en Occident, surtout aux États-Unis, qui exercent des pressions sur les décideurs politiques pour continuer à lui assurer l’impunité.

 

Les sanctions financières prises par le département du Trésor des États-Unis contre quatre officiers de l’armée rwandaise sont symboliques et donc sans effet pour contraindre Kagame à retirer ses troupes de la RDC ou à cesser de soutenir le M23 en hommes et en armes. Ces sanctions ne devraient donc pas distraire et faire baisser la vigilance de ceux qui ont pour souci et mission de défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de leur pays. De même, les opposants au régime de Paul Kagame et ses victimes ne devraient pas se réjouir en pensant que de telles sanctions suffiront à renverser le dictateur. Il en faudrait d’autres, mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour.

 

Rappel

 

Dans notre précédent article, nous disions que le mois de février avait été marqué par des événements spectaculaires et significatifs concernant le conflit à l’est de la RDC. Actuellement, en ce début du mois de mars, force est de constater qu’il est déjà marqué par des événements encore plus spectaculaires et significatifs, non seulement en rapport avec la guerre en RDC, mais aussi et surtout avec le Moyen-Orient, et même avec toute la planète, comme nous allons le voir brièvement dans cet article.

 

Événements apparemment sans rapport, mais successifs ou simultanés, survenant à la fin février-début mars 2026.

 

Tout d’abord, il avait été annoncé que les sanctions américaines prévues contre le Rwanda étaient suspendues « sine die ».  En effet, selon The Wall Street Journal, Paul Kagame aurait appelé son ami, le sénateur Lindsey Graham, pour lui demander de bloquer d’éventuelles sanctions de Washington.

 

Le sénateur Graham, élu républicain de Caroline du Nord, a contacté la Maison Blanche et le bureau du vice-président JD Vance, et les sanctions ont été suspendues. Cela montre que les lobbies de Paul Kagame aux États-Unis sont toujours puissants et lui permettent de jouir de l’impunité pour les crimes de droit international, crimes de guerre et contre l’humanité qu’il continue de commettre en RDC et dans la région.

Juste après, les États-Unis et Israël ont déclaré la guerre à l’Iran et ont déclenché des offensives.

 

Comme toujours dans une telle situation, les prétextes et justifications des agresseurs ne manquent pas. Ils mêlent de faux arguments à leurs véritables intentions. Dans le cas présent, les États-Unis et Israël justifient leur guerre lancée contre un État souverain, en violation des principes élémentaires du droit international, en invoquant la guerre préventive, car l’Iran aurait l’intention de se doter d’armes nucléaires. Or, selon le droit international, la légitime défense ne peut s’exercer de façon anticipée.

 

Ils évoquent ensuite leur volonté et leur souci humanitaires de libérer le peuple iranien de la tyrannie. Or, on ne libère pas quelqu’un ou un peuple contre son gré, surtout quand cette « libération » se réduit à la destruction de son pays.

 

Assassinat du guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Khamenei.

 

Dès les premières frappes sur Téhéran, le 28 février, Trump et Netanyahou ont tué l’ayatollah Khamenei, et croient ainsi avoir conquis l’Iran, tout le Moyen-Orient, et par extension, le monde entier. Or, le guide suprême et spirituel, âgé de 86 ans, sentant sa fin prochaine, venait de délivrer un message plein de sagesse et de clairvoyance : « Je suis vieux, mon corps ne vaut rien, je m’assois sur une chaise et je regarde cette révolution. Si Israël pense qu’ils vont gagner s’ils me tuent, c’est leur erreur. »

 

Il s’est donc laissé tuer dans son bureau, mourant ainsi en martyr et héros, ce qui est un honneur pour lui et ses fidèles !

 

Sanctions des États-Unis contre le Rwanda : une diversion ou un leurre ?

 

C’est alors que l’annonce surprise est tombée, lundi 2 mars 2026, par le département du Trésor des États-Unis, qui a imposé des sanctions à l’encontre de quatre officiers de l’armée rwandaise (RDF), dirigée par Paul Kagame. Le Département du Trésor des États-Unis a en effet imposé de nouvelles sanctions contre l’armée rwandaise et plusieurs hauts responsables militaires pour leur implication directe dans la guerre à l’est de la République démocratique du Congo et leur soutien au mouvement armé M23.

 

Selon le « U.S. Department of the Treasury », ces sanctions visent directement les plus hauts niveaux de la hiérarchie militaire rwandaise : Mubarak Muganga, chef d’état-major de la défense ; Vincent Nyakarundi, chef d’état-major de l’armée de terre ; Ruki Karusisi, commandant de la 5^e division d’infanterie ; Stanislas Gashugi, commandant des forces spéciales.

On voit donc que « plusieurs hauts responsables militaires » se réduisent à seulement quatre officiers.

 

Quelle est la signification stratégique de ce geste ?

 

Ces sanctions américaines, jugées « inutiles » par Kigali, sont purement symboliques et n’ont aucun effet réel sur leur situation personnelle ou professionnelle. Selon nous, ces mesures n’auront donc aucun impact concret.

 

Pour le moment, nous ne pouvons pas en dire davantage, car la situation est très spéciale et volatile, d’autant que le médiateur dans ce conflit (les États-Unis) a lui aussi déclenché une guerre au Moyen-Orient au même moment, en violation flagrante du droit international, dont il se moque éperdument. D’un autre côté, il voudrait sauver sa crédibilité et faire croire qu’il est un « faiseur de paix » qui revendique le prix Nobel de la paix, tout en laissant le plus fort militairement s’imposer partout, surtout en Afrique.

Attendons la suite pour y voir plus clair !

 

Conséquences

 

Comme conséquences de cette guerre qui vient d’éclater au Moyen-Orient, on note déjà que : toute l’attention du monde est naturellement portée sur le Moyen-Orient ; tous les autres conflits, surtout en Afrique, et plus particulièrement dans l’est de la RDC, sont occultés et presque oubliés ; c’est une occasion pour Paul Kagame, désormais certain de son impunité et agissant sans observateurs, comme les médias, de relancer ses offensives en RDC avec ses pantins du M23 pour conquérir d’autres territoires, massacrer plus de populations civiles, mais surtout piller les minéraux rares et stratégiques de l’est de la RDC.

 

Constat sur le terrain

 

Toujours selon les médias, Kagame aurait dit aux États-Unis, fin février : « Je démantèle le M23, je retire toutes mes troupes RDF du Congo… si vous levez les sanctions. » Une sorte de capitulation stratégique transmise par l’intermédiaire du sénateur Lindsey Graham, un geste de survie pour un régime aux abois. Sur le papier, c’était donc la reddition tant attendue. Mais sur le terrain, comme nous allons le voir, c’est la guerre qui reprend de plus belle. Le contraste est brutal et il pue le cynisme.

 

Intensification des offensives des RDF, AFC/M23.

 

Depuis quelques jours, des combats intenses opposent l’AFC/M23 et leurs alliés aux FARDC et aux Wazalendo autour du site minier de Rubaya, dans le Masisi, au Nord-Kivu. Pendant ce temps, les combats font rage dans plusieurs localités des territoires de Masisi et de Walikale, dans le Nord-Kivu.

 

Au Sud-Kivu, des combats intenses sont permanents sur les plateaux de Minembwe, dans le territoire de Fizi. Les Forces de défense rwandaises (RDF) renforcent leurs positions dans la plaine de Ruzizi et sur les hauts et moyens plateaux du territoire d’Uvira.

Toujours au Sud-Kivu, des fosses communes contenant 171 corps ont été découvertes. Le M23 y a enterré les victimes civiles qu’il a massacrées en évacuant Uvira en janvier 2026.

 

Particularité de la campagne actuelle : au lieu de retirer ses troupes de la RDC, comme l’exigent notamment l’ONU (résolution 2773 du Conseil de sécurité) et les accords signés à Washington et à Doha, Paul Kagame les y renforce, comme pour montrer à l’opinion qu’il jouit désormais de l’impunité (malgré les sanctions symboliques infligées à quatre de ses officiers) et qu’il a le feu vert pour continuer sa guerre en RDC, tandis qu’Israël et les États-Unis mènent la leur au Moyen-Orient, ce qui couvrira la sienne.

 

Depuis quelques jours, on observe en effet des colonnes de camions militaires quittant le Rwanda par Kibumba et Bugarama, en direction de Masisi, au Nord-Kivu, et de Fizi, au Sud-Kivu, chaque nuit.

 

L’AFC/M23 relance ses frappes de drones sur l’aéroport de Kisangani

 

L’aéroport international de Bangboka, à Kisangani, a été attaqué dimanche 1er mars 2026 par des drones kamikazes chargés de sous-munitions.

 

Cette attaque survient une semaine après la mort de son porte-parole, Willy Ngoma, lors d’une frappe de drone que l’AFC/M23 attribue à Kinshasa, et après que l’AFC/M23 a déclaré que ces frappes ne resteraient pas impunies.

 

Comme pour la première attaque, le groupe a revendiqué cette nouvelle attaque dans un communiqué.

 

Pour la première fois, ce groupe, soutenu par le Rwanda, a indiqué avoir déployé des unités à proximité de la ville de Kisangani, qui ont mené l’opération à l’aéroport de Kisangani, à plus de 500 km de la ligne de front supposée indiquée aux médiateurs et facilitateurs. Le front a donc, en l’espace de quelques jours, énormément bougé vers le centre et l’ouest de la RDC.

 

Réactions officielles aux attaques des États-Unis et d’Israël sur l’Iran

 

En Afrique en général

 

Comme toujours dans une situation impliquant de grandes puissances, comme les États-Unis et Israël qui attaquent l’Iran, l’Afrique, à travers l’Union africaine, réagit avec retenue, prudence et précaution pour ne pas paraître condamner les États-Unis et Israël, ce qui serait suicidaire pour certains.

 

Dans la région des Grands Lacs, c’est également la prudence et l’apparente neutralité qui sont de mise, car « on marche sur des œufs ».

 

Seul l’imprévisible et mauvais calculateur William Ruto, président du Kenya, s’est ouvertement rangé du côté des puissances qui viennent de déclencher cette guerre régionale, voire mondiale.  Il a ainsi félicité les États-Unis et Israël pour leurs attaques contre l’Iran, tout en condamnant vigoureusement l’Iran pour, prétend-il, agresser les pays voisins en les frappant avec des missiles.

 

Lorsque l’Iran, en riposte aux frappes des États-Unis et d’Israël sur ses infrastructures et ses habitants, frappe à son tour les bases militaires des États-Unis dans la région d’où sont lancés les missiles et d’où décollent les avions de chasse qui le bombardent, seuls objectifs légitimes à sa portée, pour William Ruto, il s’agit d’une agression de la part de l’Iran, qui pourtant se défend comme il en a le droit. On croit rêver !

 

Mais pour les connaisseurs, la position de William Ruto n’a rien de surprenant ni d’étonnant.  C’est dans sa nature, en tant que président du Kenya de l’ère Trump et Kagame.

 

On se souviendra qu’après la reprise des hostilités à l’est de la RDC en 2021 par le M23, le contingent kenyan, parmi les troupes de l’EAC envoyées en RDC pour assurer la paix et la sécurité aux côtés de l’armée congolaise, a reçu de sa part l’ordre d’être plutôt complice de la rébellion de Paul Kagame du M23. Ce qui a énervé la RDC, qui a décidé d’expulser ce contingent kenyan de son territoire.

 

Depuis, William Ruto soutient et fait la promotion du M23 publiquement et officiellement.

Il a ainsi offert des bureaux et des salles de conférence aux chefs militaires et politiques du M23 dans les enceintes mêmes de la présidence (State House) à Nairobi. C’est également à Nairobi que les groupes armés qui déclarent la guerre en RDC en s’alliant au M23 de Paul Kagame font leurs déclarations aux médias, sous la protection de la police kenyane.

 

C’est à Nairobi que Corneille Nangaa a proclamé la création de son Alliance Fleuve Congo (AFC) et sa fusion avec le M23, avec pour objectif de prendre le pouvoir en RDC par les armes.

 

Des principes du Nouvel Ordre Mondial de Donald Trump désormais faits accomplis.

 

Ces principes sont les suivants : dans un monde selon Trump, la logique de puissance doit primer sur la justice ; à partir du Moyen-Orient, la règle qui commence à s’appliquer, avant de s’étendre au reste de la planète, est celle de « la loi du plus fort prime sur la loi tout court » ; dans la région des Grands Lacs d’Afrique, c’est Paul Kagame qui doit appliquer ce principe, à commencer par la RDC.

 

Gestion de la situation

 

RDC

 

Le gouvernement de la RDC devrait faire preuve de clairvoyance pour déceler les pièges et les distractions dans le double langage des médiateurs de ce conflit, qui semblent avoir les mêmes intérêts que l’agresseur de la RDC, Paul Kagame, du Rwanda, à qui ils assurent l’impunité, malgré les sanctions financières symboliques infligées à quatre officiers des Forces de défense rwandaises (RDF) pour leurs crimes, tout en évitant de s’aliéner ces puissances. Un jeu d’équilibriste diplomatique très délicat.

 

Les FARDC et les Wazalendo, qui ont le droit de défendre l’intégrité territoriale de la RDC et d’assurer la sécurité de sa population, devraient tenir bon et, si possible, empêcher les troupes de Paul Kagame, à travers l’AFC/M23, d’étendre les zones conquises en RDC. Ils affirment en effet déjà se trouver dans les environs de Kisangani, à plus de 700 km de Goma.

 

Réfugiés hutus rwandais en RDC

 

Les grands oubliés de tous ces processus, mais aussi les grandes victimes de cette guerre imposée à leur pays d’exil par Paul Kagame, ils devraient taper à toutes les portes pour crier leur souffrance. Surtout, leurs représentants doivent insister auprès du HCR pour qu’il assume ses responsabilités et assure leur sécurité dans le pays d’exil, en attendant que les conditions soient remplies pour qu’ils rentrent dans leur pays de manière volontaire, digne et en toute sécurité.

 

Opposition politique au régime dictatorial de Paul Kagame

 

Malgré la diversité et le grand nombre d’associations, d’organisations et de mouvements qui s’en réclament, tous devraient avoir un objectif commun immédiat, tenant compte de l’évolution de la situation politique dans le monde et dans la région.

 

Ils devraient en effet avoir conscience que tant que les lobbies du régime de Paul Kagame en Occident, et plus particulièrement aux États-Unis, resteront puissants pour influencer les décideurs de ces puissances et lui assurer l’impunité, le dictateur sanguinaire continuera à sévir au Rwanda et dans la région.

 

Dans leur diversité, ces organisations de l’opposition devraient avoir cet objectif comme « le plus petit dénominateur commun » et tout faire pour approcher ces lobbies, les convaincre qu’ils n’ont rien à perdre, mais tout à gagner, en lâchant Paul Kagame.  Il faut donc s’y mettre et s’en donner les moyens, ce qui est possible.

 

Emmanuel Neretse

 

 

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