Rwanda, 6 avril 1994. Attentat contre l’avion du président Habyarimana: silence et vérité interdite

Le 6 avril 1994, un missile abat l’avion présidentiel rwandais au-dessus de Kigali. À son bord : le président Juvénal Habyarimana, le président burundais Cyprien Ntaryamira et leur suite.

 

Cet acte n’est pas un simple épisode de guerre. C’est un attentat terroriste contre deux chefs d’État en exercice, un crime international majeur, un acte de guerre délibéré. C’est surtout l’élément déclencheur du génocide et l’étincelle qui met le feu à toute la région des Grands Lacs.

 

Depuis trente-deux ans, tout a été fait pour empêcher l’émergence d’une vérité judiciaire claire. L’enquête du juge Jean-Louis Bruguière avait pourtant désigné des responsabilités précises. Mais elle a été délégitimée, combattue, puis enterrée. La justice a été sacrifiée sur l’autel de la géopolitique.

 

La communauté internationale a montré qu’elle savait juger certains crimes. Mais pas celui-ci. Pourquoi ce silence et cette exception ? L’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafiq Hariri a été jugé par une juridiction internationale. Mais ici, silence total !

 

Pourtant, aucune paix durable ne peut être construite sur une vérité interdite.

Oui, il y a eu le génocide perpétré contre les Tutsis. Ses auteurs doivent être poursuivis, ont été poursuivis et c’était nécessaire ; sa reconnaissance ne doit souffrir d’aucune exception. Mais il y a aussi eu d’autres victimes, d’autres crimes, d’autres souffrances, qui eux aussi doivent être traités à la lumière d’une abondante source d’informations actuellement disponibles.

 

Refuser de voir cette réalité, c’est créer une mémoire incomplète et injuste.

En ce 6 avril, nous rendons hommage à toutes les victimes du drame rwandais.

Il est impossible de rester silencieux devant un crime impuni sans contribuer à son oubli.

 

Le Rwanda n’a pas seulement besoin de mémoire. Il a aussi besoin de vérité.

Et tant que l’attentat du 6 avril 1994 restera sans justice, la paix restera fragile et la réconciliation une chimère.

 

Dr Emmanuel Mwiseneza

 

 

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