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La mort des politiciens de la première république est-elle à la base de l’antagonisme Kiga-Nduga?

En réaction au document publié par un certain Dr Seth Naza,  le Colonel Laurent Serubuga qui, à l’époque, était Chef d’Etat-major adjoint de l’armée, a tenu à réagir et à faire quelques mises au point. Nous vous en offrons l’intégralité.

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« La lecture de ce document du Dr Seth Naza appelle les commentaires suivants :

D’abord le souhait de connaitre les circonstances de la mort des anciens politiciens de la première République est légitime. Je le partage et le soutiens totalement.

Je pense toutefois que ce souhait peut être satisfait par l’obtention et la diffusion des résultats d’enquête du magistrat instructeur qui a traduit les coupables devant les juges. Le contenu de cette enquête connue permettrait au lecteur de réaliser ainsi s’il y a des zones d’ombres dans cette affaire. Sinon dans l’ignorance du contenu de l’enquête on risque de verser dans des suspicions risquant de desservir la mémoire des victimes.

En effet, face à ce drame qui a endeuillé les familles des victimes et blessé profondément l’Etat, celles-ci ont droit de connaître la vérité.

Ce drame est donc, sauf récupérations idéologiques ou politiques, national même si la douleur est plus cruellement ressentie par les familles éprouvées. L’Etat qui a été ainsi rabaissé aussi bas a été meurtri.

Devant la loi, seule la douleur physique distingue les victimes en l’occurrence. L’Etat dont la responsabilité est incontestable par les actes commis par ses agents, devait combler voire suppléer pour accompagner et assister les survivants afin qu’ils connaissent la vérité et conséquemment ne cèdent pas au découragement et surtout pour leur permettre de surmonter l’épreuve.

C’était probablement le sens de l’indemnisation dont parle Dr Seth Sara, peut être insuffisamment conçue.

L’Armée mon corps d’attache n’étant pas concernée je n’en ai pas été informé. Par conséquent, Je n’ai pas de commentaires à faire.

Toutefois, à titre de contribution au souhait d’informer des circonstances qui ont entouré la mort des politiciens de la Première République et en complément des éléments révélés en août 2014, j’ajoute la précision suivante relative au scénario de l’organisation des prestations de l’Armée Rwandaise au près de ces personnes telles que prescrites par le ministre de la Défense Nationale après concertation avec son collègue de la justice.

Dès les premières arrestations, le Procureur de la République a réparti les prisonniers en deux groupes: l’un dans la prison de Gisenyi et l’autre, le plus gros, dans celle de Ruhengeri.

Après plus ou moins trois semaines, décéda le regretté Kalisa ancien secrétaire général au Ministère de l’information. L’information fut communiquée par télégramme radio au réseau de l’Armée. L’information fut orientée pour suite appropriée aux autorités compétentes.

A peine une semaine après décédèrent les regrettés Jean Gakire ancien secrétaire général au ministère des Affaires Etrangères et le regretté Ferdinand Gasamunyiga, journaliste à Radio Rwanda.

L’information fut de nouveau communiquée également par message radio via le réseau radio de l’Armée par le commandant de la compagnie de Gisenyi. L’information est arrivée après les heures normales de service quand le commandement est assuré par l’Officier de permanence à l’Etat Major de l’Armée, comme le prévoyait le règlement en la matière. Le capitaine Nyamwasa de permanence ce jour sollicita une réponse à réserver à de tels messages.

Le chef d’Etat Major lui ordonna de convoquer une réunion d’Etat Major pour étudier cette question de la sécurité des transmissions que dénonce le capitaine Nyamwasa G2 de l’Etat Major responsable de la sécurité de l’Armée.

La réunion convoquée se tint le lendemain. Il fut décidé d’interdire aux commandants des compagnies Gisenyi et Ruhengeri de transmettre de tels messages par le réseau de l’Armée. Le chef d’Etat Major en même temps ministre de la Défense nationale et Président de la République promit lors de la réunion qu’il allait actionner son cabinet pour se concerter avec le Ministre de la justice afin d’édicter des directives claires devant régir les missions des militaires au près de ces prisonniers.

Dans les trois jours suivants, le Ministère de la Défense Nationale communiqua les directives devant régir ces missions aux près de ces prisonniers.

En résumé ces directives répartissent les tâches en deux catégories :

  1. les prisons : des gardes aux entrées et de la défense physique (pourtour des bâtiments) et contrôles aux entrées (enregistrer les sorties et entrées).
  2. Les escortes: fournir les escortes et les moyens logistiques requis.

Les hommes affectés aux gardes et aux escortes doivent établir des rapports de mission à l’issue de leur faction.

Les commandants d’unités concernées en rendent compte conformément au règlement 21 (CRS ou CROS).

L’Etat Major répercute les informations des CRS( Compte-rendu de Sécurité) et CROS( Compte-rendu Occasionnel de Sécurité) au Ministre de la Défense.

Ainsi étaient précisément circonscrites les missions des membres de l’Armée, tout autre militaire de l’Armée, même membre de famille, voulant accéder à ces prisonniers devait se munir d’une autorisation écrite du procureur de la République.

Cela facilita le travail du magistrat instructeur lors de son enquête.

Son enquête a, en fait, consisté en trois étapes :

1-Saisie des documents d’une période estimée couvrir la période où ont disparu ces prisonniers.
Il saisit les copies des télégrammes IN et OUT à l’Etat Major et dans les 2 unités concernées (Gisenyi et Ruhengeri) ainsi que les registres du courrier IN et OUT aux mêmes échelons.

  1. Il saisit ensuite les copies des rapports de garde et d’escortes dans les deux unités. Il saisit également les comptes rendus de sécurité (CRS)et (CROS).
  2. En troisième lieu, en compagnie de l’officier d’ordonnance détaché feu Major Mugemana pour l’accompagner, il analysa ces documents saisis pour détecter les éléments intéressant son enquête.

Le magistrat instructeur examina aussi les CRS et CROS où il nota qu’aux rubriques ad hoc le commandant de la compagnie Ruhengeri avait pris l’habitude d’utiliser les mentions de la routine tactique « RAS (Rien à signaler) ou situation inchangée » au lieu de répercuter chaque fois les éléments repris dans les rapports de garde ou d’escortes (différence des entrées et sorties) ,ce qui aurait permis à l’Etat Major de répercuter ces éléments aux échelons supérieurs pour compétence.

Son enquête situa et retint à ce stade les seuls manquements graves au niveau de la compagnie Ruhengeri où les éléments signalés par les chefs de poste à la garde de la prison et par les chefs d’escortes n’ont pas été répercutés à l’échelon supérieur (Etat Major) pour exploitation, il retint également à charge de certains hommes de garde ou d’escorte l’absence de rapports de mission. Ils seront déferrés devant les juges. Ici se situe le goulot d’étranglement de l’information qui empêcha que quiconque d’autres que les responsables des services pénitentiaires ne sache ce qui se passait.

C’est ce scénario diabolique que Mr Eugène Ndahayo décrit dans son manifeste du 16 août 2014 et qui a été révélé par les anciens directeurs et surveillants de la prison de Ruhengeri aux juges.

La mort de ces personnes aurait été facilitée par ce black out de l’information sur leur situation.

Comment en en est-on arrivé à ce scénario ?

Ce que l’on sait est que quand le procureur de la République a demandé et obtenu que les enquêtes de ces prisonniers soient confiées, sous sa supervision, aux enquêteurs du service central de renseignements, il a été question de savoir si ce n’est pas en violation de la loi, le ministre de la justice fut d’avis d’aménager la loi mais le procureur principal intéressé de l’affaire intervint en assurant qu’il n’y a lieu de changer la loi mais qu’il suffira qu’il accorde au directeur du service central de renseignements la qualité d’OPJ à compétence générale et celle d’OPJ à compétence restreinte aux enquêteurs. Qu’ainsi il supervisera personnellement l’exécution.

La question posée est celle de savoir quand, pourquoi et comment les directeurs des prisons se sont trouvés sous l’autorité directe du directeur du service central de renseignements alors que c’était le rôle du Procureur. Quand ce dernier a-t-il délégué ce rôle et qu’a-t-il fait exactement?

Mon opinion sur l’affirmation selon laquelle la mort des politiciens de la première République est à l’origine de l’antagonisme entre Nduga-Kiga est regrettablement une affirmation inexacte due à cette absence d’informations précises sur les circonstances et les raisons réelles de la mort de ces prisonniers.

Je suis d’avis que moyennant la disponibilité des informations contenues dans l’enquête comme souligné plus haut et après que les gens auront pris connaissance des responsabilités retenues contre les coupables et quand ils seront à même de porter sereinement un jugement objectif sur des zones d’ombres éventuelles remarquées dans l’enquête ou dans le procès, ils pourront alors faire une appréciation plus objective.

Les familles des Victimes sont fondés quant à la recherche de la vérité. Et nul doute que la gravité de ce drame impactera longtemps et défavorablement les relations ordinairement sans frontières géographiques dans la vie de tous les jours. Mais, l’enjeu majeur est la capacité de dépasser ce stade pour canaliser les esprits vers un avenir commun prometteur.

Que l’on ne s’y trompe pas ! Seuls ceux qui sauront transcender les passions et les pesanteurs du passé pourront faire émerger de ce sombre bourbier de notre passé récent des énergies capables de faire converger des forces pour la conquête de l’objectif principal avant de rêver de l’au-delà.

Laurent Serubuga »

 

Nord-Kivu/RDC : Le jihadisme, une réalité incontestable et un danger

Entrainement des Femmes ADF/MDI au maniement des armes à Medina/Ruwenzori/photo Les Coulisses

Entrainement des Femmes ADF/MDI au maniement des armes à Medina/Ruwenzori/photo Les Coulisses

Le phénomène ADF islamiste, une réalité incontestable et une menace pour la région.

Le Ruwenzori puis Beni s’est islamisé entre 2003 et 2006. Butembo puis Goma ont suivi pour enfin voir le Nord-Kivu se « jihadiser ». Sous la fausse appellation des NALU. Les ADF qui signifie Alliance des Forces démocratiques est une appellation dénuée de tout sens raisonnable. Une fausse appellation qui cache bien des intentions d’une foi (armée) rattachée au sacrifice sous le fallacieux prétexte de faire respecter les préceptes du Coran.

Des jeunes garçons et filles, des enfants, des femmes et des hommes sont recrutés à coup de dollars $ pour revivifier la foi islamiste.

La Muslim Defence International (MDI), après son implantation dans le Nord-Kivu, s’est résolu de prendre une connotation et dimension internationale en recrutant de jeunes volontaires, rapporte une source.

Toutes ces recrues viennent et suivent gracieusement une formation au jihadisme dans le Graben. Pourquoi le Graben ? Notre source répond : « Le Graben est doté d’une prodigieuse nature parsemée de nombreuses petites rivières. De ce fait, il offre des conditions adéquates pour un training tel que voulu et exigé par les responsables du MDI ».

Ils reçoivent une formation rigide sur le maniement des armes et explosifs et un enseignement de la foi islamique basé plus sur la notion de l’ennemi à combattre et sur la Shari’a, la charte qui lie le prince à ses sujets.

Les ADF/MDI ont installé leur Q.G. à Medina dans les falaises du Ruwenzori mais tous les trainings center sont dans le Graben.

Une fois la formation terminée, les lauréats qui ne connaissent pas le Q.G. de Medina sont libérés et retournent dans leurs pays respectifs. Ils sont Kenyans, Tanzaniens, Ougandais, Rwanda, Soudanais, Nigérians …

A leur retour dans leurs pays, ils sont suivis et surveillés, raconte une autre source, cat ils constituent la main-d’œuvre qui devra servir de Kamikaze dans des opérations suicide. Ils sont en disponibilité permanente. La stratégie de lutte contre les mécréants a été revue et corrigée. Il faut utiliser la main-d’œuvre locale, car moins soupçonnée et moins coûteuse, ajoute la source.

Le recrutement des islamistes dans le Nord-Kivu

Au début, les ADF/MDI se méfiaient des Congolais même alors qu’ils s’entraînaient souvent ensemble. Peu après, ils les ont utilisés dans d’autres besognes notamment dans les filières du business. Ce business va du petit commerce pour leur ravitaillement en vivres jusqu’au gros business. De la sorte, ils ont séduit la population qui les a accueillis à bras ouverts. Les liens de mariage et de cohabitation les ont poussés à s’abstenir d’extorquer les populations congolaises. C’est en 2006 que les ADF/MDI accentuent les enseignements sur le jihad dans le Grand nord. Des jeunes congolais de Beni et Lubero y adhèrent ; d’autres sympathisent notamment de nombreux démobilisés. Des jeunes portent des soutanes dans Beni et Butembo. Ceux formés par le renseignement ayant infiltré les services de défenses et sécurités congolais (et même le

système des Nations Unies, à travers le DDR) déstabilisent totalement tous les services de l’Etat, gangrenés par la corruption, le clientélisme et le laisser-aller. L’argent circule librement. Des constructions poussent comme des champignons. Le déboisement et le commerce du bois s’accroissent. A Butembo, certaines résidences sont transformées en mosquées.

Goma entre dans la danse

Le recrutement trouve aussi à Goma un terrain vierge et fertile. Avec l’arrivée de Moussa Tchadien, jeune frère de Hussein Habré, les recrutements s’accentuent. Des musulmans commencent à disparaître de la circulation. Officiellement Moussa Tchadien est acheteur des minerais dans le Nord-Kivu. Des réunions se tiennent dans des mosquées le dimanche après la prière réunissant des jeunes garçons de 25 à 30 ans, rapporte une source sur place. Des cours sur le jihad sont donnés par Abudjihadi Moussa. Ils sont déçus « des gouvernements dirigés par des chrétiens qui accentuent la pauvreté et la misère et veulent installer leur propre gouvernement. Le vendredi doit devenir férié et non plus le dimanche. L’islam doit devenir la religion d’Etat. Notre malheur a pour origine l’Occident ».

La mosquée de Katindo sert de foyer de recrutement des enfants sous le contrôle de Shahibu et Sadi Suède Kenyatta. Puis Ndosho.

En 2009, le jihad devient le groupe armé et se connecte aux ADF/MDI. Un réseau d’informateurs et de fournisseurs des ADF s’installe sur des campus achetant des syllabus pour les étudiants. Les fonds proviennent de la Turquie. Cheik Muzamini et Moussa Tchadien coordonnent les fonds. On crée une école coranique. Ceux qui rejoignent le Ruwenzori sont formés à l’endurance, à l’épreuve et au secret. Ils savent désormais que « la victoire du mécréant ne résulte pas du soutien d’Allah ». D’où l’horizon de la croyance dans l’épreuve, nous rappelle un Musulman. D’où aussi la production des monstres (Kamikaze) qui ont accepté une lugubre course vers la mort. D’où enfin l’invention d’un complot imaginaire attribué à l’autre qu’on place dans le rôle de l’ennemi.

Les ADF/MDI sont formels : « les USA veulent anéantir la force des musulmans en Afrique de l’est par la RDCongo et l’Ouganda après avoir réussi à affaiblir le Soudan et détruit la Somalie. Ils exploitent le pétrole au détriment des Arabes et il faut les en empêcher », renchérit une source proche de l’islam. La guerre sainte qu’ils vont mener est l’attestation de la foi en un seul Dieu dont le prophète Mohamed est le messager.

Arrive-t-on à démanteler ce réseau ?

La Rédaction

Source: Les_Coulisses_n°273-274
Bimensuel francophone indépendant spécialiste des Grands Lacs n°273‐274 du 20 janvier au 20 février 2015.  Rédacteur en chef : Nicaise K. Oka

Appel pour la vérité et la justice dans la région des Grands Lacs

bbcLe 1er octobre 2014, BBC 2 a diffusé un documentaire, «Rwanda’suntold story» qui déconstruit méthodiquement l’histoire qui a été officialisée par la majorité des média occidentaux sur les tragédies qui dévastent, depuis 1990, la région des Grands Lacs : Burundi, Rwanda, RDC.

Les signataires de cet appel qui, par leurs fonctions ou leurs engagements humanitaires ont été acteurs ou observateurs dans cette région, tiennent à féliciter et assurer de leur soutien la direction et les journalistes de la BBC pour leur apport déterminant à l’établissement de la vérité historique jusque-là occultée.

En effet, la justice internationale, instrumentalisée, n’a pas rempli son rôle : – des pièces essentielles comme le rapport Gersony et l’enquête Hourigan n’ont pas été pris en compte par le TPIR –   Madame Del Ponte qui allait lancer des actes d’accusation suite à l’enquête spéciale sur les crimes du FPR, a été écartée en 2003 de son poste de Procureur du TPIR sur intervention de puissances membres du Conseil de sécurité de l’ONU – Le rapport de l ‘ONU de 1998 ainsi que le rapport Mapping de 2010, qui tous deux mettaient en cause le régime de Kigali pour son action en RDC, n’ont eu aucune suite juridique.

L’attentat contre l’avion qui transportait les Présidents de la République burundais et rwandais est considéré par de très nombreux observateurs et par des commissions d’enquête comme un élément déterminant dans l’escalade de la violence et le déclenchement du génocide de 1994 : il n’est donc pas acceptable que vingt ans plus tard les commanditaires et les acteurs ne soient pas connus, poursuivis et condamnés.

Alors que l’œuvre du Dr Mukwege en faveur des femmes violées et victimes de violences sexuelles lors des conflits armés qui déchirent l’Est de la RDC depuis près de vingt ans vient d’être reconnue par le Prix Sakharov 2014 attribué par le Parlement Européen, il est inacceptable que ne soient pas désignés, poursuivis et condamnés les responsables de ces crimes contre l’humanité voire de ces crimes de génocide qui ont fait plusieurs millions de morts en RDC.

La paix dans cette région ne peut revenir qu’à condition qu’une justice équitable soit rendue. Les signataires demandent donc que l’ONU mette en place au plus tôt les organismes et les procédures permettant de juger tous les responsables de tous les crimes commis dans cette région depuis 1990, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crimes de génocide.

Les signataires demandent que soient dénoncés les pressions politiques et les partis pris médiatiques qui sont exercés visant à discréditer les instructions judiciaires françaises et espagnoles qui mettent en cause le FPR. Ils ne peuvent que s’étonner du silence de la quasi-totalité des média francophones suite à la diffusion de ce documentaire réalisé par une institution, la BBC, au professionnalisme et à la déontologie unanimement reconnus.

Seule une justice impartiale pourra permettre de rétablir la paix dans cette région et la vérité en est le plus court chemin. Les signataires de cet appel renouvellent leur soutien à la BBC et l’invitent à poursuivre son travail d’information et de vérité sur les événements dramatiques survenus au Rwanda et dans la région des Grands Lacs. Ce sera la meilleure manière de répondre aux critiques suscitées par le documentaire diffusé le 1er octobre dernier.

Personnalités signataires

Titre Nom Prénom Pays Qualité
  BEUNZA Pepe Espagne Professeur, Premier Objecteur de conscience d’Espagne
  BONET PUIGERT Joseph Espagne Membre du GEES, Association de la victime Joaquim Vallmajo
Maître BOULE Pierre Canada Avocat
CABOT-VIDAL Merce Espagne ONG
  CANET Francesc Espagne Professeur, ancien membre du parlement espagnol
CARRERO Juan Espagne Promoteur « Veritas Rwanda forum »
  CASOLIVA Joan Espagne Association Inshuti
  CASTRO ELCACHO Pedro Espagne Investisseur
CLAEYS BOUUAERT Thérèse Belgique Sociologue
COMELLAS HUMET Sergi Espagne Ingénieur
Maître CONSTANT Raphaël France Bâtonnier de la Martinique
  CUADRAT i PELACH Nuria Espagne Professeur
Colonel (ER) CUSSAC Bernard France Colonel
  DE BEULE Christiaan Belgique asbl Rwanda – Burundi
DE LA CAMARA Belen Espagne Médiateur
  DESGAGNE Bernard Canada Journaliste citoyen
  FARRES Josephina Espagne Association Inshuti
Général (2S) FRUCHARD Michel France Ancien conseiller Afrique du Ministre de la Défense
GARRISON Ann USA Journaliste presse écrite et radio
Professeur GENTILINI Marc France Président honoraire de l’Académie de Médecine et de la Croix Rouge française
GISPERT Maria Espagne Entrepreneur
Général HABYARIMANA Emmanuel Suisse Géopolitologue – Président de la Virtus Panafricaine de Géopolitique
  HERMAN Edward S. USA Ecrivain et enseignant
Colonel (ER) HOGARD Jacques France Commandant de secteur à l’Opération Turquoise – Président de Société
KALINGANIRE Pascal USA Militant des Droits de l’Homme OPJDR (Organization for Peace, Justice and development in Rwanda and Great Lakesregion)
Maître KAZADI KABIMBA Richard RDC Avocat
KÖCHLER Hans Autriche Président de l’International Progress Association
Général (2S) LAFOURCADE Jean – Claude France Commandant de l’Opération Turquoise
  LIONDJO Philippe Suisse Président de la section suisse du CLD
  Lliga Del DretsDelsPobles Espagne ONG spécialisée dans le domaine de Droits de l’Homme dans l’Afrique des grands Lacs
Colonel (ER) MARCHAL Luc Belgique Ancien commandant Secteur Kigali / Minuar
  MATATA Joseph Belgique Coordinateur du CLIIR – asbl
  MBEKA Joseph Salomon Belgique Militant des Droits de l’Homme
MOLINA Amparo Espagne Présidente de la Fédération des comités Afrique Noire
  MUKASINE Florentine Hollande Coordinatrice RifDP Hollande (Réseau international des femmes pour la Démocratie et la Paix)
NDAGIJIMANA Jean-Marie France Ancien Ministre des Affaires étrangères du Rwanda
NDAYISABA Elysée Belgique Président asbl AVICA (Assistance aux victimes des conflits en Afrique Centrale)
NDJOKO Bénédicte Suisse Professeur Militante des droits de l’homme
NKINAMUBANZI Pierre – Claver Canada Président du Congrès rwandais du Canada
Professeur NYABIRUNGU mwene SONGA Raphael RDC Doyen de la faculté de droit de Kinshasa
NYIRANKUNDWANKIZE Daphrose Belgique Présidente RifDP Belgique (Réseau international des femmes pour la Démocratie et la Paix)
  OLIVAR Joan Espagne Géographe
  OLIVER GONZALES Antoni Espagne Conférencier
  PACHA VINCENTE Carlos Espagne Ingénieur
PALOU Sergio Espagne Economiste
PALOU – LOVERDOS Jordi Espagne Avocat des victimes rwandaises, espagnoles et congolaises et du Forum International pour la vérité et la justice dans l’Afrique des Grands Lacs.
PETERSON David USA Ecrivain et chercheur
  PHILPOT Robin Canada Editeur et auteur de livres sur l’Afrique des grands Lacs
Maître PHILPOT John Canada Avocat
Maître PLOURDE Philippe Canada Avocat au TPIR
  PONS Jordi Espagne Association Inshuti
  PUIG-LOVERDOS Oscar Espagne Economiste
  PUTS Jean-Paul Belgique Chirurgien (Ex-Chirurgien de guerre et humanitaire au Rwanda 1994 – 1996)
RAFFIN Madeleine France Directrice de Caritas Gikongoro de 1991 à 1993
REID Timothy B. Canada Ancien chargé d’investigation et réforme de la justice dans l’opération des Nations Unies pour les droits de l’Homme au Rwanda & ancien chef d’équipe DDRRR Sud Kivu – Monuc
REVER Judi Canada Journaliste
Colonel (ER) ROBARDEY Michel France Assistant police judiciaire au Rwanda 1990 – 1993
ROMERO ALVAREZ Jordi – Xavier Espagne Théologien
RUTIHUNZA Théobald France Président du RIPRODHOR
  SAYO ROURA Ester Espagne Membre du GEES, Association de la victime Joaquim Vallmajo
  SBOLGI Mauro Belgique Administrateur délégué association S.I.R.E.A.S
  SOLER ROS Maria Espagne Membre du GEES, Association de la victime Joaquim Vallmajo
  TERES BONET Noria Espagne Justicia i Pau
VALLMAJO Marti Espagne Frère de Joaquim Vallmajo tué au Rwanda le 26 Avril 1994
  VILA TRIOLA Pere Espagne
  VILLENA Rafael Espagne Président Coordonadora ONG Saladaries, Association de la victime Joaquim Vallmajo
Colonel (ER) VINCENT André Belgique Chef de la coopération technique militaire belge au Rwanda (1991 – 1994)
Maître WEYL Fréderic France Avocat
CRÉPEAU  Pierre Canada Anthropologue et écrivain ayant piloté au Rwanda la fondation de l’Université de Butare de 1961 à 1969
Professeur ERLINDER Peter USA Avocat de la défense au TPIR
Maître SIROIS André Canada Avocat et traducteur juridique, premier coordonnateur des services linguistiques du TPIR

 

 

France-Rwanda. Droit de réponse de Jean-François Dupaquier

Jean-François Dupaquier/photo France-inter

Jean-François Dupaquier/photo France-inter

Je suis mis en cause sur ce site dans un article intitulé « France-Rwanda.  L’escroc Richard Mugenzi reprend du service à Paris ! », signé de M. Emmanuel Neretse. Ce dernier m’associe au portrait et à l’itinéraire d’un tiers, M. Richard Mugenzi, dont il prétend « cerner la personnalité », et qu’il qualifie d’escroc. Je me vois traité de « journaliste corrompu », sans que M. Neretse apporte la moindre preuve de cette allégation. Pour faire bonne mesure, M. Neretse affirme que « le FPR a cherché le concours de son inconditionnel, Monsieur Jean-François  Dupaquier ». Selon M. Neretse, dans des conditions qu’il ne se donne pas la peine de préciser (comment le pourrait-il ?…), j’aurais été « mis en contact » avec cet « escroc » pour « inventer » des « choses » (?) « pour la défense du FPR ». C’est plutôt M. Neretse qui se montre très inventif. Par ce procédé polémique qui s’appelle l’amalgame, il associe les épithètes « d’escroc » et de « journaliste  corrompu » à deux personnes qu’il cherche à discréditer.

L’auteur de l’article aurait trouvé profit à s’interroger sur le sens des termes péjoratifs qu’il se permet d’utiliser contre Richard Mugenzi et moi-même, alors qu’il nous présente insidieusement comme des complices, dans un objectif de stigmatisation.

Des termes péjoratifs

Selon le dictionnaire Le Petit Robert, le nom « escroc » caractérise « une personne qui escroque », ce qui renvoie au verbe « escroquer » ainsi défini : « Tirer profit par fourberie, par manœuvre frauduleuse ». Le Petit Robert précise que « l’escroquerie est un délit qui consiste à s’approprier  le bien d’autrui en usant de moyens frauduleux ».

Je vois mal quel bien j’aurais cherché à m’approprier. A l’évidence, le mot escroquerie a été employé de façon erronée par l’auteur de l’article, car il parle un peu plus loin d’un « escroc malgré lui ». Or l’escroquerie est un délit intentionnel, marqué par la volonté sournoise de nuire à autrui pour en tirer bénéfice. Parler « d’escroc malgré lui » est donc une expression aberrante, même si l’on voit bien que M. Neretse tente, par cet artifice, d’établir une gradation de culpabilité. Je serais un « corrompu » et mon complice un « escroc malgré lui ». D’une certaine façon, ma victime.

A l’évidence, le mot « escroquerie » a été employé de façon erronée

Que veut donc dire l’auteur de l’article en me qualifiant de « journaliste  corrompu » ? Selon le « Dictionnaire culturel de la langue française » des Ed. Robert, l’adjectif « corrompu » désigne quelque chose ou quelqu’un « altéré, en décomposition », synonyme de « dépravé, dissolu, vénal, vendu », etc. Journaliste viscéralement attaché à l’indépendance et à la qualité de l’information, je ne peux que m’élever contre une accusation aussi grave, portée sans la moindre preuve. Je m’interroge sur ses motivations.

L’adjectif employé par M. Neretse mériterait un minimum d’explications. Faute de quoi cette formulation peut apparaître comme un procédé littéraire dissimulant une vacuité  d’argumentation.

Lire attentivement  l’article de M. Neretse permet de comprendre l’intention insidieuse de discréditer le livre que j’ai écrit et publié en 2010 avec le concours de M. Richard Mugenzi : « L’Agenda du génocide. Le témoignage de Richard Mugenzi, ex-espion rwandais ». J’y ai longuement évoqué le parcours professionnel de Richard Mugenzi en m’appuyant non seulement sur ses déclarations,  mais aussi sur les témoignages d’officiers supérieurs rwandais et français dans différentes instances judiciaires,  et sur des comptes-rendus d’audiences devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). M. Neretse, prétend « avoir recueilli (sur M. Richard Mugenzi) les témoignages de ceux qui furent ses chefs hiérarchiques ». Or il ne fait que paraphraser plusieurs pages de mon livre, en y ajoutant des commentaires personnels que je me contenterai de qualifier d’erronés et orientés. La narration par M. Neretse des événements des 6 et 7 avril est particulièrement biaisée. Ici encore, les lecteurs pourront se référer à mon livre.

L’intention insidieuse de nuire à mon livre « L’Agenda du génocide »

Quoi que prétende M. Neretse, l’analyse documentée que j’apporte des désinformations opérées depuis Gisenyi les 6 et 7 avril pour faire croire à la responsabilité du FPR dans l’attentat, a été confirmée par les juges d’instruction Nathalie Poux et Marc Trévidic, aussi bien à travers leur audition de Richard Mugenzi que par les autres investigations menées sous la direction de ces deux magistrats impartiaux et expérimentés du pôle antiterroriste du Tribunal de Grande Instance de Paris. Chacun peut se référer à l’expertise balistique de l’attentat qu’ils ont ordonnée et qui est accessible sur internet.

Il n’est nul besoin de « reniement », ni de devoir avancer « des choses invraisemblables » pour faire comprendre que le FPR n’a pas abattu l’avion du président Habyarimana. En 2014, vingt ans plus tard, toute personne de bonne foi et informée a dorénavant compris que l’attentat du 6 avril fut commis à l’instigation d’extrémistes hutu partisans de la « solution finale du problème tutsi ». Cet attentat servit de signal pour déclencher le génocide des Tutsi du Rwanda et le massacre politique des Hutu démocrates, complot ourdi au Rwanda depuis fin 1992 ou début 1993.

L’attentat du 6 avril 1994 fut commis à l’instigation d’extrémistes hutu de la « solution finale du problème tutsi »

Comme l’enquête balistique (que refusait d’effectuer le juge Bruguière) l’a définitivement démontré, les missiles ayant abattu l’avion sont partis du camp militaire Kanombe, tenu par des extrémistes hutu, ou de ses abords immédiats, que contrôlaient les mêmes individus. On ignore toujours l’identité des tireurs.

Cependant, il existe aujourd’hui un lourd faisceau d’indices conduisant à penser que des politiques, des militaires et/ou des mercenaires français sont compromis dans cet attentat.

Après de nombreuses enquêtes sur le terrain, je partage avec l’immense majorité des journalistes la conclusion que l’Elysée a commandité au Rwanda une intervention anachronique, politiquement aberrante, impliquant des unités militaires françaises, dépêchées dans ce pays entre 1990 et 1994 dans une complicité de fait avec la préparation puis la perpétration du génocide des Tutsi.

J’ajoute qu’après la quasi destruction des Tutsi du Rwanda, la prise en otage de la population restante, poussée de force au Zaïre, par l’armée et les milices génocidaires mises en déroutes par le FPR, a été la cause d’immenses souffrances pour une masse de Hutu qui n’étaient pas « génocidaires » et que certains continuent à vouloir manipuler.

D’immenses souffrances pour une masse de Hutu qui n’étaient pas « génocidaires »

S’ajoutant au génocide des Tutsi, au massacre politique des Hutu démocrates, cette tragédie devrait inciter tout observateur à faire preuve de prudence dans ses commentaires, et à éviter de remplacer l’argumentation par l’invective. Argumenter, c’est avancer à pas prudents dans la recherche de la vérité en posant de véritables preuves, susceptibles d’emporter la conviction (l’expression « pièces à conviction » me semble assez claire), et non pas remplacer la construction de la vérité par des attaques ad hominem.

Les « gros mensonges » allégués par M. Neretse ne sont pas ceux qu’il prétend. En ce mois de septembre 2014, je comprends que certains soient inquiets du fait que les juges Nathalie Poux et Marc Trévidic s’apprêtent à clôturer leur instruction. Cet ultime épisode pourrait conduire le Parquet de Paris à requérir une ordonnance de non-lieu au bénéfice des proches du président Kagame qui ont été mis en cause dans l’attentat du 6 avril 1994 au terme d’une manipulation du juge Bruguière. Il y a de solides raisons de penser que les juges Nathalie Poux et Marc Trévidic signeront bientôt cette ordonnance de non lieu général. C’est un véritable château de cartes qui devrait s’effondrer sous le souffle de la vérité. Me qualifier de « journaliste corrompu » et traiter mon témoin d’ « escroc » pour occulter le fait que j’écris la vérité, est un artifice polémique qui ne peut convaincre personne.
Comment tirer des leçons du passé pour pouvoir se rassurer : « Plus jamais ça » ? Interrogée par l’écrivain Jean Hatzfeld, une agricultrice de Nyamata énonce : « L’intention est plus forte que le meurtre car l’intention survit quand le génocide est fini ».
Puisse chacun y réfléchir.

Jean-François  DUPAQUIER
Ecrivain, journaliste, témoin expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda

 

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Lire également l’article mis en cause :

France-Rwanda. L’escroc Richard Mugenzi reprend du service à…Paris !

 

Source : musabyimana.net

Rwanda: Gandhi, Mandela et Victoire Ingabire: l’exemple d’une femme africaine

Victoire_Ingabire_UmuhozaDans les Grands Lacs africains la plupart pensent indubitablement que si ce n’était pas pour l’attention portée à l’échelle internationale, Victoire Ingabire aurait déjà été tuée. En dépit de cela, elle demeure une héroïne relativement anonyme en Europe. Réduite au silence par la force, Ingabire est l’une de ces femmes qui incarnent courageusement l’espoir des millions d’africains avec une volonté indomptable, que de nombreux africains comparent à Nelson Mandela.

Cette femme de nationalité rwandaise menait une vie confortable en exil avec son mari et ses trois enfants en Hollande. Toujours active dans la lutte pour la justice dans son pays, en 2006 elle fut nommée présidente de la coalition de l’opposition politique de la diaspora, des Forces Démocratiques Unifiées FDU-Inkingi. De cette façon, Ingabire accepta le difficile et dangereux défi de retourner au Rwanda pour se présenter aux élections présidentielles d’Août 2010. Peu de temps après, elle fut arrêtée et jetée en prison sur la base d’accusations de terrorisme et de délits d’opinion, et soumise à des procédures judiciaires en l’absence de garanties légales, comme le dénonce Amnistie Internationale.

Elle et son groupe politique estiment fermement que les problèmes du Rwanda sont d’origine politique et méritent aussi une solution politique. En tant que bons africains, leur programme politique fait partie de la philosophie d’Ubuntu, la résolution de problèmes par le dialogue, l’unité et la collaboration. A la tête de son parti, Ingabire lutte, avec toutes les conséquences que cela implique, pour la paix et la réconciliation du Rwanda qui est depuis tant d’années sous le joug de la peur et de l’inégalité. Elle suit les maximes d’Ubuntu, elle défend la compréhension mutuelle et non pas la vengeance ; la réparation mutuelle et non pas les représailles.

Sa famille, ses amis, ses partisans, ses collègues de parti et de nombreux congolais, rwandais, ugandais et burundais viennent de créer le groupe Les Amis de Victoire Ingabire en Europe. De cette façon, ils prétendent principalement rendre visible la lutte de Victoire, car c’est ce qui la maintient en vie.

Mais ils travaillent également pour la prise de conscience des citoyens européens sur les réalités du Rwanda et de la région des Grands Lacs africains et pour la collecte des fonds pour les honoraires des avocats de Victoire et d’autres prisonniers d’opinion qui, comme elle, languissent dans des prisons du régime brutal du FPR au Rwanda.

Des poursuites judiciaires auxquelles est confrontée Ingabire constituent probablement l’histoire la plus longue et la plus complexe du pays. Le gouvernement du Rwanda, dirigé par Paul Kagame, et tout son appareil répressif savent que s’ils laissent cette femme sortir de prison et se présenter aux élections, elle balaierait les élections telle une véritable vague déferlante.

Des gens qui n’ont plus peur de manifester publiquement leur sympathie se font de plus en plus nombreux. Victoire, avec ses principes d’Ubuntu et la non-violence, a secoué le système de terreur qui opprime la plupart des Rwandais depuis maintenant des décennies. Dans cette lutte pour la paix et la réconciliation, ce que nous pouvons l’offrir, c’est de ne pas l’oublier. C’est important pour la garder en vie, alors elle gagnera, parce que, comme le disait Gandhi, quand ceux qui détiennent le pouvoir vous ignore, ensuite vous raille, après vous combattent, à la fin, vous gagnez.

Rosa Moro
04/08/2014

 

Rosa Moro est une journaliste et activiste. Elle aime l’Afrique, la communication et la révolution. Elle collabore avec plusieurs médias et organisations et est l’auteur du blog África en Mente.

 

Traduction: Romain Minga

Rwanda : le régime du FPR détrousse ses citoyens

[Tribert Rujugiro/photo umuvugizi.com]

[Tribert Rujugiro/photo umuvugizi.com]

Le Rwanda saisit les investissements du fondateur d’UTC Tribert Rujugiro Ayabatwa dans le secteur du thé et des résidences privées.

Le 25 juin 2014, le gouvernement rwandais a saisi les actions de Tribert Rujugiro Ayabatwa dans Nshili Kivu Tea Factory (NKTF). La Commission des biens abandonnés du district de Nyaruguru a demandé au NKTF de déposer les sommes d’argent ou tout autre avantage qui reviennent à M. Ayabatwa sur le compte bancaire du district « sous garde ». Le gouvernement a ainsi remplacé M. Ayabatwa en sa qualité d’actionnaire de NKTF.

Par ailleurs, les autorités rwandaises ont saisi la résidence personnelle de M. Ayabatwa de Gikondo (Kigali). Dans ce cas, la police rwandaise a débarqué sur la propriété, en a expulsé le personnel de sécurité et le reste du personnel pour y installer le sien. La résidence privée a été transformée en bar et auberge.

Le gouvernement prétend que la saisie des biens de M. Ayabatwa est justifiée car il les a abandonnés et ne réside plus au Rwanda. Toutefois, M. Ayabatwa explique que cette affirmation va à l’encontre des lois rwandaises et universelles qui protègent les actionnaires, qu’ils habitent ou pas dans leur pays natal. « Le Rwanda semble affirmer qu’aucun investisseur résidant à l’étranger ne peut détenir des actions dans des entreprises basées au Rwanda, ou plus précisément, qu’un citoyen rwandais qui ne réside pas actuellement dans son pays natal ne peut pas posséder des biens d’aucune nature dans le pays. »

Selon David Himbara, conseiller principal de M. Ayabatwa, le revirement du Rwanda qui est passé de la protection des investisseurs à la saisie de leurs biens est inquiétant et perçu comme un mauvais signe à l’international. M. Himbara cite le « Rapport 2013 sur les droits de l’homme au Rwanda » du département d’État américain qui mentionne parmi les abus de pouvoir du gouvernement la prise de contrôle illégale de l’Union Trade Centre (UTC), le centre commercial d’une valeur de 20 millions USD qui appartenait à M. Ayabatwa.

À la lumière de la saisie des actions de M. Ayabatwa dans NKTF, la confiscation de sa résidence privée et sa transformation en bar et auberge, ainsi que de la prise de contrôle illégale d’UTC, les partisans du Rwanda, y compris les États-Unis qui sont le principal donateur en faveur du Rwanda, ont de bonnes raisons de s’inquiéter. Les réformes progressistes adoptées antérieurement par le Rwanda visant l’amélioration du milieu des affaires sont remplacées par un comportement imprévisible qui fait du Rwanda un pays à risque élevé pour les affaires. Cette pratique remet en question la volonté du Rwanda à se sevrer de l’aide en mettant sur pied un secteur privé viable qui génère une croissance et un développement économiques inclusifs.

Né au Rwanda, M. Ayabatwa est un homme d’affaires panafricain prospère qui possède des intérêts sur tout le continent dans le ciment, l’immobilier, le traitement des aliments, le tabac et le domaine bancaire. Pour obtenir un complément d’information sur M. Ayabatwa, ses activités professionnelles et œuvres philanthropiques, rendez-vous sur le site suivant : http://tribertrujugiro.com/

Source : starafrica.com

Dictature sanguinaire au Rwanda : quelle opposition?

Augustin Baziramwabo/photo http://www.info07.com/

Augustin Baziramwabo/photo http://www.info07.com/

On connaît l’adage: « la vie n’a pas de prix, mais elle a un coût! » Depuis 1994, la vie des Rwandais est menacée par un régime sanguinaire installé à Kigali (capitale du Rwanda). Année après année, la classe politique et les associations de Rwandais à l’étranger font des analyses d’opinion se rattachant à l’évolution de la situation politique au Rwanda, mais, est-on forcé de le constater, les actions de redressement proposées ont eu autant d’efficacité qu’une rustine appliquée sur une jambe de bois! Le temps est plus que venu de se remettre sérieusement en question en faisant un bon diagnostic des enjeux et en proposant des solutions réalistes pour y répondre. La démarche n’est pas dénuée d’embûches, mais c’est le prix à payer pour sauver les Rwandais d’une dérive autoritaire sans nom.

Quel type d’opposition devrait-on donc proposer? Quelles sont les revendications fondamentales à marteler pour convaincre des partenaires potentiels d’accompagner les Rwandais dans leur combat? Pourquoi les Rwandais sont-ils incapables de proposer des pistes de réflexion pour le futur? Pourquoi les élites rwandaises ont-elles peur de prendre la parole dans l’espace public? Pourquoi les élites rwandaises sont-elles si souvent attirées par la facilité, en se laissant parfois entraîner dans des attaques personnelles au vitriol, en s’opposant systématiquement à toute sorte d’initiative comme si l’immobilisme était une solution de rechange à envisager?

Ne pas répondre à ce genre de questions reviendrait à éluder le problème. Tôt ou tard, ces élites rwandaises devront rendre des comptes…

Dans cet état d’esprit, il importe de comprendre réellement le genre de travail de fond à mener devant l’énormité des enjeux auxquels le Rwanda fait face. Mais attention, soyons modestes : loin de nous l’idée de dispenser des leçons de morale. Nous ne faisons qu’une réflexion à haute voix sur des pistes de solutions à des questions brûlantes qui se posent dans le dossier rwandais. Et il serait utopique d’espérer avoir une recette magique porteuse de succès sur tous les fronts.

À l’heure où les opposants de Paul Kagame peinent à poser les prémisses d’une unité pour contrer une politique désastreuse menée par le régime rwandais dans les secteurs clés de l’économie, de la justice et de la défense des droits de l’Homme, à l’heure où M. Kagame pousse allègrement ses pions sur l’échiquier politique où les adversaires sont à la fois absents et minés par des divisions intestines, à l’heure où certains Rwandais sont entraînés dans des « procès cathodiques » (dans un texte d’opinion « La justice ennoblie », Le Soleil du 21 juillet 2013, commentant le verdict d’acquittement rendu par le juge Michel Charbonneau de la Cour supérieure de l’Ontario dans le contexte du dossier  Mungwarere, le 5 juillet 2013, nous abordons le concept de «procès cathodique») initiés par Kigali, à l’heure où certains semblent ne pas comprendre que des débauchages individuels, que M. Kagame a toujours su exploiter en attirant vers lui des personnalités de l’opposition – certes animées par de cyniques calculs -, dans des rôles de figuration, font encore beaucoup de dégâts à la réconciliation des Rwandais, quelle devrait être la contribution des élites rwandaises?

Au Canada, les immigrants rwandais interpellés par cette question devraient renverser la table et réfléchir à la refondation. Se convaincre d’une bonne « méthode de travail » susceptible de les aider à se remettre sérieusement et sereinement au travail pour espérer insuffler aux autres communautés l’élan qui leur manque dans cet effort collectif. Soyons francs : tout en invitant tous ceux qui ne partagent pas notre opinion à alimenter de leurs réflexions nos débats, nous n’avons pas besoin d’opus littéraires trop violents ou alambiqués qui viseraient plus à détruire qu’à bâtir. L’objectif poursuivi consisterait à se doter, animé par un esprit de discipline exemplaire, d’un discours aux accents cohérents, branché sur les problèmes des Rwandais, au Rwanda ou ailleurs. En d’autres mots, trouver une sorte d’«aggiornamento» à travers lequel la défense des droits et libertés au Rwanda constituerait un corps structurant de leur militantisme.

Dans les sphères du pouvoir à Kigali, tout doit découler du génocide de 1994; dans certains milieux rwandais de la diaspora, il y a un discours aseptisé selon lequel rien ne peut se faire sans jeter tout le blâme sur l’Occident (on évoque souvent le rôle lourdement joué par les pays comme les États-Unis, l’Angleterre, le Canada, la France et la Belgique dans le dossier rwandais). Et l’on s’interdit de balayer devant sa propre cour. À y regarder de très près, ces deux logiques se donnent inconsciemment la main sans que la question de l’alternance au pouvoir au Rwanda ne soit posée. Ces deux logiques mènent à la surenchère: toujours plus d’intransigeance, toujours plus de repli sur soi et toujours moins d’espace pour réfléchir. Le régime en place se nourrit ainsi de ces maladresses de la diaspora.

Ce sont les Rwandais qui doivent concrétiser leur solidarité en vue de se battre pour les valeurs de démocratie, de justice et de défense des droits et libertés. Désormais, ils ont le choix entre la survie et le déclin.

Ce sont les Rwandais qui doivent comprendre que c’est, avant tout, à eux qu’il revient le rôle de sortir des sentiers battus, d’explorer des univers inhabités, de développer une certaine doctrine pour mieux faire avancer leur pays. À commencer par jeter les bases pour faire la lumière sur de ténébreux chapitres de leur Histoire. Ils n’y réussiront qu’en travaillant ensemble dans un sursaut partagé de survie et d’appartenance au même destin. Comme pour mieux s’imprégner de ces paroles, chères à Martin Luther King : « Nous devons apprendre à travailler ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ».

Travailler ensemble, faire preuve de concertation et de respect, abattre les frontières, aller vers l’autre pour y puiser audace, empathie, rigueur et sagesse. Telles sont les vertus qui valent et dont la classe politique rwandaise a été, hélas, en cette période troublée de la situation politique au Rwanda, le plus tristement dépourvue. Au demeurant, c’est donc une opposition minée par des rivalités intestines qui ne se sont jamais éteintes depuis le cataclysme rwandais de 1994. Comme si la leçon des années 1990 – période à laquelle l’opposition d’alors s’employait à un changement de l’élite politique alors que M. Kagame était prêt à tout pour prendre le pouvoir par la force — n’avait jamais été apprise. Au lieu de se battre main dans la main pour endiguer les visées de M. Kagame et son armée, l’opposition avait vite dilapidé un capital de sympathie qu’elle avait chèrement acquis auprès du public rwandais et s’était déchirée sur la place publique pour le partage des portefeuilles ministériels, alors que le gouvernement rwandais de l’époque était à l’agonie. La suite fut le désastre que l’on sait…

Aujourd’hui, on doute que des figures de proue de l’opposition actuelle soient mieux disposées que leurs aînées à renoncer à la politique politicienne, mue par la rancœur et tout le cortège de l’esprit de cour et de servilité, pour s’atteler au nécessaire rassemblement devant déboucher sur une bataille sans merci contre la dérive autoritaire de Paul Kagame. Si l’opposition se trompe à nouveau de cible, les Rwandais pourraient-ils lui pardonner ses erreurs majeures?

Augustin Baziramwabo
17/06/2014
Source  : Le Huffington Post

 

 

Rwanda et Burundi : Quand des chefs rebelles se hissent au sommet de l’Etat !

Noél Twagiramungu_photo RFI

Noél Twagiramungu_photo RFI

Noél Twagiramungu vient de défendre une thèse de doctorat* à la Tufts University (Boston-USA). Elle porte sur les rebelles au pouvoir au Rwanda et au Burundi et sur le processus de l’évolution politique de ces deux pays eu égard aux violences dont ils font face depuis les années 1990.

Le Rwanda et le Burundi sont souvent considérés comme des pays jumeaux. Ils présentent des similitudes dans bon nombre de domaines : patrimoines historique et linguistique proches, normes et pratiques culturelles presque identiques, même structures sociales et politiques. De plus, ce sont deux pays enclavés, pauvres en ressources naturelles, et dépendant de l’aide internationale. Ces minuscules territoires sont tous deux des anciennes colonies belges. Ils ont acquis leur indépendance le même jour, le 01/07/1962. Depuis lors, leur évolution a été marquée par des violences qui sont, à y voir de très près, comparables : ils opposent Hutu et Tutsi, à travers des élites issues de ces deux ethnies.

Au Rwanda, le « Front patriotique rwandais » (FPR), dominé par les Tutsis, a renversé et contraint à l’exil un régime hutu vieux de trois décennies et a mis en place un système centré sur un Etat fort. Au Burundi, le « Conseil national des Forces de défense de la démocratie » (CNDD-FDD), dominé par les Hutu, a accédé au pouvoir après avoir forcé une armée et un pouvoir contrôlés par des Tutsi depuis trois décennies, à négocier un partage de pouvoir.

Dévastés par la guerre civile et la violence génocidaire, les deux pays ont beaucoup bénéficié du « nouvel agenda post-conflit » par les bailleurs de fonds internationaux. Cependant, tandis que le Burundi est resté un pays obscur au niveau international, le Rwanda a progressé pour devenir non seulement un « chouchou des bailleurs de fonds », mais aussi ce petit pays a acquis une grande voix et une visibilité remarquable sur la scène internationale. Le Rwanda est passé du génocide à une dictature centrée sur un homme fort, Paul Kagame tandis que le Burundi est passé de la guerre civile, à un modèle de partage du pouvoir consociatif, fragile avec un gouvernement divisé et ayant peu d’influence au-delà de ses frontières nationales.

Pour nombre d’observateurs, l’arrivée au pouvoir par une victoire militaire suffit pour  expliquer le monopole du pouvoir par le FPR au Rwanda tout comme le règlement négocié du conflit au Burundi peut expliquer la nature du pouvoir éclaté entre le CNDD-FDD et les autres forces politiques.

D’autres supposent que le leadership exceptionnel du FPR, incarné par son chef militaire, Paul Kagame, pourrait faire toute la différence. La logique dominante est que la différence dans les capacités de leadership offre une explication quant à la raison pour laquelle le FPR est resté un mouvement unifié alors que le CNDD-FDD a été confronté à des divisions internes. Ce point de vue semble tout aussi approprié pour expliquer pourquoi le FPR s’est avéré beaucoup plus efficace que son homologue burundais à mobiliser un appui externe, à obtenir une victoire militaire et finalement la monopolisation du pouvoir.

Twagiramungu note que nombre de chercheurs attachent une importance exagérée a la personne de Paul Kagame : un exceptionnel « leader africain » pour les uns, un « maître de la manipulation » extrêmement habile à des « opérations cosmétiques pour la consommation internationale » pour les autres. Il souligne qu’une telle vue particularisante s’avère moins convaincante cependant quand il s’agit d’expliquer pourquoi  « le caractère non démocratique de transition au Rwanda » a prévalu sous Kagame autant qu’il l’avait été sous ses prédécesseurs, notamment Kayibanda (1962-1973) et Habyarimana (1973-1974). De même, si on le compare à son homologue burundais, Pierre Nkurunziza, dont le nom est à peine connu au-delà des frontières nationales, le charisme et les exploits personnels de Kagame semblent assez pour justifier sa visibilité exceptionnelle sur la scène internationale. Néanmoins, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi la plupart des prédécesseurs de Kagame, du Roi Mutara Rudahigwa à Kayibanda et Habyarimana ont été vus par les puissances occidentales comme « la perle de grand prix », à un moment où leurs homologues burundais du très charismatique le Prince Rwagasore à Buyoya en passant par Micombero et Bagaza ont été généralement traités avec suspicion, sinon mépris.

Toutes ces différentes considérations poussent Noél Twagiramungu à un tas de questionnements qui fondent le gros de son travail de doctorat. Ainsi, il soutient entre autres que les évolutions divergentes entre les deux pays ne sont pas simplement le résultat de facteurs singuliers tels que la guerre, le génocide, les influences extérieures ou les hommes aux commandes. Ces différences ne peuvent être mieux comprises qu’en plongeant dans l’histoire politique ancienne de ces deux pays.

L’auteur relève que l’un des monarques fondateurs du Rwanda, Ruganzu Ndori, est arrivé au pouvoir par la force dans une période de crise extrême. Il a mis sur pied deux outils politiques innovantes – une armée forte et un système de clientèle connu sous le nom d’ « ubuhake » – qui a permis à la cour royale de contrôler un territoire en pleine expansion. Par contre, le fondateur du Burundi, Ntare Rushatsi, s’est fait connaître en étendant progressivement son influence sur des réseaux complexes de détenteurs du pouvoir; les structures royales qui en ont résulté ont été basées sur une délicate toile de relations entre plusieurs princes semi-autonomes. Avec les successeurs de Ruganzu, le pouvoir a été consolidé faisant du Rwanda un royaume fortement militarisé et assez centralisé. En revanche, le Burundi a conservé ses caractéristiques d’une confédération entre les autorités régionales.

Le doctorant s’est livré à une analyse comparative en décortiquant les logiques et dynamiques de variation dans les trajectoires du FPR et du CNDD-FDD avec un accent particulier sur les négociations de paix d’Arusha pour les deux mouvements rebelles ainsi que sur leurs modèles de justice post-conflit et d’intégration militaire.

En bon universitaire, Noél Twagiramungu théorise, par des modèles éprouvés en sciences sociales, la variation dans les systèmes de “gouvernance rebelle” au Rwanda et au Burundi comme un reflet des trajectoires de longue durée–au sens Braudelien– qui limitent les choix individuels des acteurs politiques tout en s’adaptant aux changements conjoncturels et autres aléas de l’histoire. L’auteur conclut que seule une connaissance approfondie des cultures politiques telles que l’obsession centralisante au Rwanda et la fragmentation du pouvoir au Burundi peut permettre d’amorcer des changements profonds axés sur les ressorts culturels et les apports de la modernité.

Gaspard Musabyimana
17/06/2014


*TWO REBEL ROADS TO POWER. Explaining Variation in the Transition from Genocidal Violence to Rebel Governance in Contemporary Rwanda and Burundi, Faculty of The Fletcher School of Law and Diplomacy, Tufts University, April 2014.

 

Demande d’enquête internationale sur l’attentat du 6 avril 1994 contre les présidents HABYARIMANA Juvénal et NTARYAMIRA Cyprien

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25 Mai 2014

Monsieur Ban Ki-moon
Secrétaire Général de l’ONU
1st avenue and 46th street
New York, NY 10017
Etats Unis
Fax: 1 (212) 963 4879

Objet : Demande d’enquête internationale sur l’attentat du 6 avril 1994 contre les présidents HABYARIMANA Juvénal et NTARYAMIRA Cyprien.

Monsieur le Secrétaire Général,

Dans une déclaration fort remarquée publiée par International Crisis Group, madame Carla Del Ponte, ex procureur près le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, avait déclaré que s’il « était établi que c’est le FPR qui a descendu l’avion du président Habyarimana, l’histoire du génocide serait réécrite »[1].

En effet, Monsieur le Secrétaire général, il vous souviendra, que dans leurs rapports Doc E/CN.4/1995 du 28 juin 1994, Doc S/1994/1405 du 9 décembre 1994, le rapporteur spécial et les experts avaient unanimement reconnu que l’élément déclencheur du génocide avait été l’assassinat du président Habyarimana, dont l’avion a été abattu lors de son atterrissage à Kanombe le 6 avril 1994. Le rapporteur spécial et les experts avaient vivement recommandé une enquête sur cet attentat, afin de mieux cerner les responsabilités dans ce drame que Paul Quilès, ancien président de l’assemblée nationale française et de la Commission Rwanda de cette assemblée, qualifie de l’une « des grandes tragédies du 20ème siècle »[2].

Au moment où le monde commémore le 20ème anniversaire de ce génocide, l’ONU n’a entrepris aucune enquête sérieuse, pour élucider les circonstances de cet acte terroriste, qui rappelons-le, avait non seulement coûté la vie à deux chefs d’Etats en exercice, mais aussi déclenché le génocide. Or, il incombe bel et bien à l’ONU, dont les casques bleus assuraient la sécurité dans la zone de l’attentat de mener cette enquête.

Monsieur le Secrétaire Général,

Depuis 1994, il y eut de nombreuses occasions manquées, pour faire la lumière sur cet attentat.

1. L’incapacité ou démission du TPIR

La résolution 955 (1994) du 8 novembre 1994 du Conseil de sécurité créant le TPIR avait donné l’espoir que ce tribunal, à l’instar de celui du Liban, allait s’occuper aussi de cet attentat. En effet, en 1997, un enquêteur du TPIR, feu Michael Hourigan, avait remis à l’ancienne procureur du TPIR, madame Louise Arbour, un rapport d’enquête impliquant des officiels du FPR dans cet attentat. Non seulement le TPIR a tué dans l’œuf ce rapport, mais aussi il l’a censuré, à l’instar d’un autre rapport aussi célèbre, celui de Robert Gersony de 1994 sur les massacres commis par les militaires du FPR dans le nord, sud et sud-est du pays.

L’errance du TPIR dans ce dossier apparaît aussi dans certaines déclarations malheureuses des officiels du tribunal comme celle de madame Carla Del Ponte en 1999[3]. Elle avait déclaré dans ce journal que « si le TPIR ne s’en occupe pas, c’est par ce qu’il n’a pas juridiction en la matière ». Tout en reconnaissant que «c’est cet épisode qui a tout déclenché », elle ajoute « qu’en tant que tel, le fait d’attaquer l’avion et de descendre le président ce n’est pas un acte qui tombe dans les articles qui nous donne juridiction ». Pourtant, le 2 juin 2000, s’adressant à la presse au siège du TPIR à Arusha, madame Carla Del Ponte avait déclaré qu’elle comptait sur les conclusions du juge français Bruguière. Une façon de reconnaître implicitement l’importance de cette enquête.

Des juristes de renom, comme Filip Reyntjens, par ailleurs témoin expert auprès du TPIR, ne sont pas du même avis. Filip Reyntjens affirme depuis des années que conformément aux articles 1, 3 et 4, l’attentat contre l’avion de Habyarimana rentre parfaitement dans les crimes que le TPIR est habilité à juger.

Monsieur le Secrétaire Général,

Si l’obstacle résidait effectivement dans le mandat du TPIR et non dans la mauvaise foi, il eut été facile de l’amender en cours de route et de diligenter cette enquête, puisqu’on ne connaîtra jamais toute la vérité tant que l’élément déclencheur de ce génocide sera occulté. Pourtant, il est désormais clair que des informations fiables existent dans le domaine public et peuvent contribuer à faire la lumière sur cet attentat.

2. La commission d’enquête sur le rôle de l’ONU (commission Carlsson)

En 1999, le conseil de sécurité mis en place une commission d’enquête sur le rôle de l’ONU durant le génocide[4]. Tout en ne s’appesantissant pas sur l’attentat, la commission Carlsson révèle qu’à 2h45, dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, le chef de la mission militaire française à Kigali avait offert au commandant de la MINUAR, le général Dallaire, les services d’une équipe technique militaire basée à Bangui, afin de mener l’enquête sur cet attentat. Dallaire lui avait donné des assurances que cette enquête serait faite. Visiblement des forces occultes se sont opposées à cette enquête.

Il est fort regrettable que cette commission n’a pas souligné ce manquement grave de la force onusienne, qui aurait pu à chaud, identifier les coupables. Présenter aujourd’hui des excuses au Rwanda sans réparer ce manquement ne restera qu’un écran de fumée.

Si l’ONU peut s’empresser de demander des commissions d’enquête après l’assassinat d’un ex Premier Ministre libanais, Rafic Hariri, ou pakistanais, Benazir Bhutto, ou même de l’ex- chef de la rébellion sud soudanaise, John Garang, il est incompréhensible que 20 ans après le drame, aucune attention ne soit prêtée à l’attentat qui a coûté la vie à deux chefs d’Etats en exercice (le président du Rwanda et celui du Burundi) et déclenché le pire génocide que l’Afrique ait jamais connu.

Monsieur le Secrétaire Général,

Depuis cet horrible attentat qui a plongé le pays et la sous-région dans une instabilité sans précédent, beaucoup de fausses pistes sur les responsables de ce crime ont été avancées.

1. Le rapport Mutsinzi

Le 16 avril 2007, en réaction au cinglant rapport du juge français Bruguière mettant en cause les proches du président Kagame dans l’attentat contre Habyarimana, le gouvernement rwandais mit en place par arrêté du premier ministre (07/03) une commission d’enquête sur le « crash » de l’avion Falcon 50 9XR-NN. Notez bien la nuance : l’arrêté du premier ministre ne parle pas d’ « attentat », mais de « crash », comme si c’était un accident.

Présidée par un ancien président de la cour suprême du régime et éminent membre du FPR, Mutsinzi, le rapport repris à son compte l’entièreté de la thèse du FPR, qui se disculpe sur les anciennes Forces Armées Rwandaise (FAR), qui seraient seules responsables de cet attentat. Pour accréditer leur thèse, les membres de cette commission commandèrent un rapport auprès de deux experts britanniques, qui n’ont jamais mis le pied au Rwanda et dont les conclusions ont fait couler beaucoup d’encres.

Le rapport Mutsinzi suscita beaucoup de réactions négatives. Le professeur belge Filip Reyntjens parla de « rapport politique et opportuniste d’une qualité plus que douteuse »[5]. De son côté, l’ancien numéro 2 de la MINUAR, le colonel Luc Marchal, l’a qualifié de « long réquisitoire de 186 pages à sens unique, une parodie d’enquête dont le scénario était écrit à l’avance »[6].

2. Le rapport d’experts

Le 10 janvier 2012, un rapport commandé par le juge français Trévidic qui a repris l’enquête du juge Bruguière, a été remis aux parties civiles au tribunal de Grande Instance de Paris. Quoi qu’étant préliminaire, ce rapport a fait l’objet, autant du gouvernement rwandais que de la défense, d’un tapage médiatique destiné à enfumer l’opinion publique et l’amener à adhérer à la thèse du FPR imputant la responsabilité de l’attentat aux ex FAR.

Pourtant, il est désormais clair pour tous ceux qui connaissent un tant soit peu le dossier de l’attentat du 6 avril 1994, les charges s’accumulent contre la thèse des ex FAR. Des langues commencent à se délier dans l’entourage du président Kagame, avec plein de détails sur cet attentat. Les insinuations sur le rapport des experts ne semblent qu’être une manœuvre d’enfumage destinée à tromper l’opinion publique.

3. Rapport de l’Union africaine[7]

En juillet 2000, une commission dite d’éminentes personnalités africaines remit au secrétaire général de l’Union africaine (alors OUA), un rapport sur le génocide au Rwanda. Plutôt que d’analyser le fond de la tragédie, le rapport fut une charge à sens unique contre le gouvernement intérimaire, mis en place après l’attentat contre Habyarimana, et contre l’opération Turquoise. A en croire ce rapport, l’OUA n’aurait manqué à aucune de ses responsabilités. Or, la toute première force d’observation après l’invasion, le GOMN, fut placée sous la direction de l’OUA.

Le rapport n’évoque nullement le besoin d’une enquête dans un attentat qui a couté la vie à deux chefs d’Etat et reprend à son compte la plupart des thèses du régime du FPR. Le rapport critique aussi vivement l’ONU pour ses manquements.

Monsieur le Secrétaire Général,

Les signataires de cette lettre ont des craintes légitimes sur des efforts visant à saper définitivement toute enquête dans ce dossier.

En effet, des informations dignes de foi affirment que le régime du FPR, principal suspect, cherche à éliminer tous les témoins oculaires de cet attentat. Des opérations dans ce sens ont été menées en Afrique du Sud et en Ouganda. Nous craignons donc que tous les témoins oculaires disparaissent, et que l’enquête ne puisse pas se faire de façon correcte.

Monsieur le Secrétaire Général,

Le génocide qui a eu lieu au Rwanda en 1994 reste un traumatisme pour le peuple rwandais et pour le monde entier. Les aveux de culpabilité à eux seuls ne réussiront pas à exorciser le traumatisme, tant que toutes les responsabilités ne seront pas élucidées.

L’assassinat du président Habyarimana et de sa suite ayant été l’élément physique qui a tout déclenché, il serait contre-productif de pouvoir l’escamoter. Tout comme dans d’autres drames, l’ONU se doit d’assumer sa responsabilité et de diligenter une enquête sérieuse, indépendante et internationale, sur cet acte terroriste. Le TPIR ayant manqué à ses obligations, c’est la seule façon d’identifier les vrais commanditaires du génocide qui a endeuillé notre pays. Ne pas faire cette enquête continuera à entretenir les germes d’une impunité que le monde avait juré d’éradiquer sous le slogan de « Never again ».

Ceci étant, nous estimons que le temps presse, avant que le régime du FPR ne se débarrasse de tous les témoins oculaires, comme il vient de le faire en assassinant feu le colonel Karegeya, ex responsable des renseignements extérieurs, qui s’apprêtait à déposer devant le juge français Trévidic, en charge de l’enquête en France.

C’est pourquoi les partis et formations politiques signataires de cette lettre souhaitent que vous preniez personnellement l’initiative, afin que cette enquête soit enfin diligentée. Il en va de la crédibilité de l’ONU et de l’avenir du Rwanda qui a besoin de se réconcilier avec lui-même sur des bases plus solides.

Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire général, l’assurance de nos profonds respects.

Pour le PDP-Imanzi
Munyampeta Jean-Damascene
Secrétaire Général
Bruxelles, Belgique
pdp.imanzi@gmail.com

Pour le PDR-Ihumure
Rusesabagina Paul
Président
San Antonio-TX, Etats Unis
rusesabagina@gmail.com

Pour le PS-Imberakuri
Ryumugabe Jean Baptiste
Coordinateur
Bruxelles, Belgique
psimberakuri@yahoo.fr

Pour le RNC-Ihuriro
Dr. Rudasingwa Théogène 
Coordinateur
Washington DC, Etats Unis
bamu29@yahoo.com

Pour les FDU-Inkingi
Dr. Nkiko Nsengimana 
Coordinateur
Lausanne, Suisse
nkiko.nsengimana@bluewin.ch

Pour Amahoro Congrès du Peuple
Masozera Etienne
Président
Gatineau-Québec, Canada
emasozera@hotmail.com

CPI :
Membres du Conseil de sécurité de l’ONU (tous)
Secrétaire Général de l’Union Africaine (UA)

Notes :

[1] Journal danois Aktuelt du 17 avril 2000.

[2] Présentation dans un colloque le 20 octobre 2007 à paris et repris dans un autre colloque le 1/04/2014.

[3] Journal Ubutabera n°76 du 6 décembre 1999.

[4] RAPPORT DE LA COMMISSION INDÉPENDANTE D’ENQUÊTE SUR LES ACTIONS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES LORS DU GÉNOCIDE DE 1994 AU RWANDA. 15 DÉCEMBRE 1999.

[5] Filip Reyntjens. Rwanda : Analyse du Rapport Mutsinzi sur l’attentat contre l’avion présidentiel, page 25.

[6] Le colonel Luc Marchal : Analyse du rapport Mutsinzi, page 21.

[7] OUA, Rwanda, le génocide qu’on aurait pu stopper. Rapport des experts sur le génocide au Rwanda, Addis-Abéba, 7 juillet 2000.

Lettre SG UN sur Attentat du 06.04.1994

Actualité des Grands Lacs – Semaine du 26 avril au 2 mai 2014

rdc_google mapEn RDC, ce sont les expulsions de ressortissants congolais de Brazzaville et de Pointe-Noire qui ont occupé le devant de la scène médiatique : l’opposition parle de crime contre l’humanité ou demande la rupture des relations diplomatiques, tandis que le gouvernement congolais tempère et que le maire de Brazzaville déplore et s’excuse.

Dans le domaine de la sécurité, des affrontements ont une fois encore eu lieu entre les FARDC et la milice hunde ACPLS dans les territoires de Walikale et Masisi, tandis que le gouverneur du Nord Kivu appelle une fois encore le chef de milice Cheka (NDC) à déposer les armes : cette milice paralyse les activités et suscite des déplacements de populations dans certaines régions du territoire de Walikale et de Lubero.

En Province Orientale, la mort du chef de guerre Morgan continue à susciter de nombreuses interrogations : une vidéo a été diffusée qui pose question sur les circonstances de sa mort, tandis qu’une information judiciaire a été lancée et qu’un major a été arrêté dans ce contexte. Dans la même province, des militaires sont accusés de tracasseries, de viols, d’extorsion et de pillages dans les territoires de Basoko et de Djugu. Au Kasaï Oriental enfin, des jeunes sont accusés de vandalisme suite à un conflit entre deux chefs coutumiers dans le territoire de Kabinda.

Toujours dans le domaine sécuritaire, on notera qu’un nouveau chef de la brigade d’intervention de la MONUSCO a pris la succession de l’ancien qui est comme lui tanzanien, tandis que le Mécanisme conjoint de vérification et le centre conjoint de renseignement du CIRGL, qui sont censés veiller au maintien de la paix dans la région des Grands Lacs, éprouvent des difficultés financières.

Dans le domaine politique, dix partis politiques ont été temporairement suspendus de la Majorité présidentielle : ils sont accusés d’avoir voulu former des « groupuscules » à l’intérieur de la majorité. Du côté de l’opposition, la plate-forme « Sauvons la RDC » n’a pas réussi à faire avaliser à l’Assemblée nationale sa pétition exigeant le départ du président de la CENI. En province, le sénateur d’opposition, Jacques Djoli, s’est insurgé à son tour contre la suspension des activités de l’assemblée provinciale de l’Equateur prise par le gouvernement central la semaine dernière. On signalera également que les agents de la société publique d’assurance SONAS ont organisé un sit-in : ils protestent contre le fait que leurs salaires ne sont plus versés depuis…2009. Par ailleurs le gouvernement a débloqué un montant important pour la réhabilitation et la construction d’écoles alors que 300.000 enseignants se plaignent de ne pas être payés depuis plusieurs années.

Dans le domaine de la justice, une nouvelle liste d’amnistiés a été publiée qui comprend des membres de la secte Bundu dia Kongo, des ex-combattants du M23, des Bakata Katanga, des proches du député emprisonné Diomi Ndongala, etc.

Au Burundi, l’Assemblée nationale a adopté un code électoral dont le contenu a été salué par l’opposition. Par ailleurs, le président d’un des principaux partis d’opposition, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2010, a été interpellé à l’aéroport de Bruxelles et pourrait être refoulé dans son pays où il est recherché pour « organisation d’un mouvement insurrectionnel ».

Au Rwanda, alors que Kigali et Paris traversent une nouvelle crise diplomatique, une délégation française composée entre autres de deux parlementaires se trouve au Rwanda pour resserrer les liens entre les sociétés française et rwandaise.

Eurac