Accords de Washington : Trump face à l’épreuve de la paix au Congo

Depuis le 4 décembre 2025, la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ont signé à Washington un accord de paix supervisé par le président américain Donald Trump, visant à réduire les hostilités dans l’Est du Congo et à stabiliser la région des Grands Lacs (Châtelot, 2025 ; CFR, 2025). Cet accord intervient après plus de trois décennies de conflits, débutant avec la guerre du Rwanda en 1990, puis les deux guerres du Congo (1996-1997 et 1998-2003), et une succession de violences persistantes liées aux groupes armés et à l’exploitation des ressources naturelles (Prunier, 2009 ; Stearns, 2011 ; Autesserre, 2010).

 

Malgré cette initiative diplomatique, la situation reste volatile : le mouvement armé M23 a intensifié ses offensives dans le Nord et le Sud-Kivu, provoquant de nouvelles vagues de déplacements et aggravant la crise humanitaire (Vogel, 2022). Dans ce contexte, la question se pose : Donald Trump, en tant que superviseur de l’accord, est-il prêt à faire respecter ses termes face aux dynamiques régionales complexes et aux tensions géopolitiques impliquant le Rwanda, la RDC et d’autres acteurs internationaux ?

 

Cet article retrace l’historique des conflits régionaux depuis 1990, analyse le rôle du Rwanda de Paul Kagame, et examine les enjeux géopolitiques contemporains, notamment la rivalité sino-américaine autour des ressources stratégiques congolaises. L’objectif est de fournir un cadre analytique permettant de comprendre les défis que pose la mise en œuvre de l’accord de Washington dans un contexte de tensions locales, régionales et internationales.

 

1. Historique de la guerre en République démocratique du Congo à partir de la guerre du Rwanda (octobre 1990)

 

  • 1.1. La guerre du Rwanda (1990-1994) : point de départ régional

 

Le 1ᵉʳ octobre 1990, le Front patriotique rwandais (FPR), composé majoritairement de réfugiés tutsis exilés en Ouganda, lança une offensive contre le régime rwandais du président Juvénal Habyarimana. Ce conflit, soutenu militairement par l’Ouganda, provoqua une guerre civile de quatre ans (Prunier, 1995 ; Des Forges, 1999).

 

En avril 1994, l’assassinat du président Habyarimana déclencha le génocide des Tutsis, durant lequel environ 800 000 personnes furent massacrées en cent jours (Straus, 2006 ; Des Forges, 1999). Le FPR   prit le pouvoir le 4 juillet 1994 et poussant plus de deux millions de personnes, dont d’anciens miliciens armés, à se réfugier massivement au Zaïre (Prunier, 2009).

 

  • 1.2. La Première Guerre du Congo (1996-1997)

 

En novembre 1996, le FPR et ses alliés ougandais, sous prétexte de neutraliser les génocidaires réfugiés au Zaïre, envahirent le pays en soutenant une rébellion zaïroise dirigée par Laurent-Désiré Kabila (Prunier, 2009 ; Turner, 2007).

 

Cette campagne militaire renversa Mobutu en mai 1997 et transforma le Zaïre en République démocratique du Congo (RDC). L’influence rwandaise se matérialisa notamment par la présence de James Kabarebe, officier rwandais, comme chef d’état-major de l’armée congolaise (Stearns, 2011).

 

  • 1.3. La Deuxième Guerre du Congo (1998-2003)

 

Dès 1998, les relations entre Laurent Désiré Kabila et ses anciens alliés rwandais et ougandais se détériorèrent, déclenchant la Deuxième Guerre du Congo, parfois appelée « Grande guerre africaine » (Prunier, 2009 ; Reyntjens, 2009).

Jusqu’à neuf pays africains et de nombreuses milices locales participèrent au conflit, qui fit plus de 5 millions de morts de guerre directe et indirecte, selon des études reconnues (Stearns, 2011 ; Autesserre, 2010).

 

2. Conflits persistants après 2003 : fragmentation armée et exploitation des ressources

 

Malgré les accords de paix de 2003, l’est de la RDC ne connut jamais la stabilité. Les groupes armés proliférèrent, alimentés par :

  • Les tensions foncières locales,
  • Les rivalités ethniques,
  • L’implication persistante du Rwanda et de l’Ouganda,
  • L’économie des ressources naturelles (coltan, or, cassitérite, etc.).

Ces dynamiques sont largement documentées par Stearns & Vogel (2015), Autesserre (2010), et Nest (2011).

 

  • 2.1. Le M23 : continuité des dynamiques régionales

 

Parmi les groupes armés les plus influents apparaît le M23, né en 2012 d’une mutinerie d’anciens membres du CNDP. Ce mouvement a été relancé dans les années 2020-2025 et est accusé par plusieurs rapports onusiens et chercheurs (Stearns, 2012 ; Reyntjens, 2009) d’être soutenu militairement par le Rwanda, malgré les dénégations de Kigali.

 

Les offensives du M23 dans le Nord-Kivu ont provoqué des centaines de milliers de déplacements supplémentaires et une dégradation dramatique de la situation humanitaire (Vogel, 2022).

 

Depuis 2022 et notamment en 2024-2025, le M23 a lancé une offensive majeure contre les forces gouvernementales congolaises dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Il s’est emparé de grandes villes comme Goma et Bukavu, aggravant une crise déjà gravissime : selon les Nations unies, des milliers de civils ont été tués lors de ces combats, des dizaines de milliers déplacés, et plus de 7 millions de personnes contraintes de fuir leurs foyers en 2025.

Les affrontements continuent malgré des tentatives de cessez-le-feu et des accords de paix internationaux. En décembre 2025, un accord supervisé par Donald Trump  a été signé à Washington entre les présidents de la RDC et du Rwanda visant à réduire les hostilités, mais la situation reste volatile sur le terrain.

 

  • 2.2. Bilan humain global

 

Bien que les chiffres précis restent difficiles à établir, les estimations académiques indiquent :

  • Environ 800 000 morts lors du génocide rwandais (Des Forges, 1999 ; Straus, 2006)
  • Entre 5 et 6 millions de morts cumulées dans les conflits congolais depuis 1996, incluant morts directes et indirectes (Prunier, 2009 ; Stearns, 2011 ; Autesserre, 2010)

Ces violences et leurs impacts font du conflit congolais l’un des plus meurtriers depuis la Seconde Guerre mondiale.

 

3. Le soutien occidental à Paul Kagame : entre impunité et enjeux géopolitiques

 

Plusieurs chercheurs soulignent que le Rwanda de Paul Kagame a bénéficié, depuis les années 1990, d’un soutien politique, diplomatique et militaire important de la part de puissances occidentales, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et, dans une certaine mesure, l’Union européenne. Ce soutien est lié à la perception du FPR comme un acteur ayant mis fin au génocide de 1994 et incarnant une nouvelle génération de dirigeants africains technocratiques et proches des politiques occidentales (Reyntjens, 2004 ; Prunier, 2009).

 

Des analyses universitaires détaillent que ce capital politique a longtemps offert à Kagame une quasi-impunité diplomatique, malgré les accusations répétées de violations graves des droits humains au Rwanda comme en RDC, documentées par de nombreux rapports internationaux (Des Forges, 1999 ; Reyntjens, 2009 ; Stearns, 2011).

 

Plusieurs recherches ont également montré que le Rwanda a largement tiré profit de l’exploitation illégale des ressources naturelles congolaises, notamment du coltan, de l’or et de la cassitérite, en particulier pendant les deux guerres du Congo (1996-2003). Ces exportations, très bien documentées, ont enrichi les élites militaires rwandaises et ont été rendues possibles par la faiblesse de l’État congolais et la présence de groupes armés contrôlant les zones minières (UN Panel of Experts, 2001 ; Prunier, 2009 ; Stearns, 2011 ; Nest, 2011).

Ainsi, plusieurs travaux académiques notent que le maintien du soutien occidental au Rwanda a contribué à protéger le régime de Kigali contre des sanctions ou des pressions internationales plus fortes, malgré son implication avérée dans les conflits de l’est de la RDC (Reyntjens, 2004 ; Autesserre, 2010).

 

4. Rivalités géopolitiques : États-Unis, Chine et contrôle des minerais stratégiques

 

D’autres analyses contemporaines interprètent la persistance de la guerre en RDC comme un élément d’une rivalité géo-économique croissante entre les États-Unis et la Chine, principalement autour du contrôle des minerais stratégiques tels que le cobalt, le coltan, le cuivre et le lithium, dont la RDC détient parmi les plus grandes réserves mondiales (Vogel, 2022 ; Nest, 2011).

 

Dans cette perspective, certains chercheurs notent que les alliances régionales — notamment le soutien américain au Rwanda — s’inscrivent dans une stratégie plus large de sécurisation des chaînes d’approvisionnement occidentales en minerais critiques, face à une présence chinoise massive dans le secteur minier congolais depuis le début des années 2000 (Lee, 2021 ; Patey, 2020).

 

Ces analyses avancent que le Rwanda peut être perçu comme un intermédiaire stratégique pour les intérêts occidentaux dans la région. Selon cette interprétation, les dynamiques militaires impliquant le Rwanda, dont le soutien présumé aux rébellions telles que le M23, serviraient indirectement à fragiliser l’influence chinoise dans l’est du Congo ou à perturber les zones minières contrôlées par des entreprises chinoises (Vogel, 2022 ; Stearns & Vogel, 2015).

 

5. Sud-Kivu sous tension : Trump pourra-t-il contenir Kagame et éviter l’embrasement des Grands Lacs ?

 

Les accords de Washington ont été salués par D. Trump comme historiques. Il est en son pouvoir de les faire respecter en disant à la killing machine Kagame de stopper l’offensive qu’il mène actuellement au Sud-Kivu, principalement dans la ville d’Uvira. Si jamais Kagame n’est pas arrêté, cette guerre va se tourner vers le Burundi, accusé par Kagame de soutenir l’armée congolaise sur le front. Alors ce sera une guerre généralisée dans toute la région des Grands Lacs, qui pourra inclure également la Tanzanie, aussi dans le viseur de Kagame pour instaurer son empire Hima-Tutsi qu’il a longtemps rêvé avec son parrain Museveni.

 

Si les USA ne jouent pas au malin avec les Congolais, qu’ils stoppent Kagame et l’obligent à quitter les territoires du Congo. Si les amis du Burundi viennent le soutenir, en l’occurrence la Russie et l’Afrique du Sud, cette guerre va prendre une autre tournure et nous assisterons dans les jours à venir à des affrontements entre l’armée russe et les Occidentaux, comme c’est le cas en Ukraine aujourd’hui. Alors, qui va gagner cette guerre mondiale africaine ? Les jours à venir nous réservent des surprises.

 

Conclusion

 

Les accords de Washington du 4 décembre 2025 ont été présentés comme un tournant historique pour l’Est de la RDC et la région des Grands Lacs. Mais sur le terrain, la situation reste explosive : le M23 poursuit ses offensives, les civils continuent de mourir et de fuir, et la stabilité semble encore loin (Vogel, 2022 ; CFR, 2025).

 

La grande question demeure : Donald Trump est-il prêt à faire respecter ses propres accords ? La paix ne dépend pas seulement des signatures sur le papier, mais de la capacité des acteurs internationaux à contraindre les belligérants et à équilibrer les intérêts régionaux et géopolitiques. Si le Rwanda, soutenu par certaines puissances occidentales, poursuit ses manœuvres militaires, et si d’autres acteurs comme le Burundi, la Russie ou la Chine interviennent, le conflit pourrait rapidement s’étendre, transformant l’Est congolais en un nouveau champ de bataille mondial.

 

En résumé, l’accord existe, mais la vraie guerre — celle de la mise en œuvre et du contrôle — ne fait que commencer. Le monde attend de voir si D. Trump saura traduire ses mots en actions concrètes, ou si cette paix fragile restera un simple vœu sur le papier.

 

Vestine Mukanoheri

Analyste politique

 


Références bibliographiques

Autesserre, S. (2010). The Trouble with the Congo: Local Violence and the Failure of International Peacebuilding. Cambridge University Press.

Châtelot, C. (2025, December 5). In Washington, DRC and Rwanda sign fragile peace agreement under auspices of Trump. Le Monde Africa.

Council on Foreign Relations. (2025, June 9). Conflict in the Democratic Republic of Congo. Global Conflict Tracker.

Des Forges, A. (1999). Leave None to Tell the Story: Genocide in Rwanda. Human Rights Watch.

Lee, P. (2021). China’s strategic engagement in the DRC’s mining sector. Journal of Contemporary African Studies, 39(4), 569–589.

Nest, M. (2011). Coltan. Polity Press.

Patey, L. (2020). The New Kings of Crude: China, India, and the Global Struggle for Oil in Sudan and South Sudan. Zed Books.

Prunier, G. (1995). The Rwanda Crisis: History of a Genocide. Columbia University Press.

Prunier, G. (2009). Africa’s World War: Congo, the Rwandan Genocide, and the Making of a Continental Catastrophe. Oxford University Press.

Reyntjens, F. (2004). Rwanda, ten years on: From genocide to dictatorship. African Affairs, 103(411), 177–210.

Reyntjens, F. (2009). The Great African War: Congo and Regional Geopolitics, 1996–2006. Cambridge University Press.

Stearns, J. K. (2011). Dancing in the Glory of Monsters: The Collapse of the Congo and the Great War of Africa. PublicAffairs.

Stearns, J. K. (2012). From CNDP to M23: The Evolution of an Armed Movement in Eastern Congo. Rift Valley Institute.

Stearns, J. K., & Vogel, C. (2015). The Landscape of Armed Groups in Eastern Congo. Congo Research Group / New York University.

Straus, S. (2006). The Order of Genocide: Race, Power, and War in Rwanda. Cornell University Press.

Turner, T. (2007). The Congo Wars: Conflict, Myth, and Reality. Zed Books.

UN Panel of Experts. (2001). Report of the Panel of Experts on the Illegal Exploitation of Natural Resources and Other Forms of Wealth of the Democratic Republic of the Congo. United Nations.

Vogel, C. (2022). Conflict Minerals, Inc.: War, Profit and White Saviors in Eastern Congo. Hurst Publishers.

 

 

 

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