Rwanda. Embouteillage au sommet de la hiérarchie militaire. L’ONU comme issue de secours ?

kagame ban ki moon

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Aussi étrange que cela puisse paraître, le Rwanda (10 millions d’habitants, 26 336 km2) compte dans les rangs de son armée plus de généraux d’active que la Tanzanie (46 millions d’habitants, 945.087 km2). Cette hypertrophie créée entre 1994 et 2003 constitue actuellement un sérieux problème de management d’autant plus que depuis lors pas de mises à la retraite possibles. L’accumulation de généraux devient un casse-tête. D’où peut-être ce recours effréné et insistant à l’ONU dans le cadre de ses missions de maintien de la paix pour qu’elle « occupe » quelques généraux rwandais et au passage les rémunère en attendant que certains atteignent l’âge de la retraite dans…une quinzaine d’années !

Dans l’euphorie de la victoire

Lorsqu’en 1994, la rébellion du Front Patriotique Rwandais (FPR) a déclaré sa branche armée (APR) comme désormais la nouvelle « Armée nationale », celle-ci comptait déjà plus de 100.000 hommes. Aux premiers éléments tutsi issus de l’armée régulière de l’Ouganda qui avaient envahi le Rwanda le 01 octobre1990 s’étaient ajoutés d’autres jeunes tutsi des pays voisins et même de l’intérieur qui rejoignaient chaque année le sanctuaire du FPR en Ouganda. A cela, il faut ajouter les héros de la 25°heure qui sont venus voler au secours de la victoire après le 6 avril 1994. Dans l’euphorie d’une victoire autant inespérée que facile, les grades militaires furent distribués comme de petits pains. Plusieurs combattants nommés alors officiers supérieurs n’avaient pas 30 ans. Il en fut de même après l’aventure de la conquête du Congo entre 1997 et 2003 : gonflement des effectifs, collation de grades en série,… Conséquences : aujourd’hui, près de vingt ans après la conquête du pays, aucun général n’a encore atteint l’âge de la retraite car nommé trop jeune, alors que chaque année d’autres généraux viennent grossir les rangs de cette catégorie. D’où un inévitable embouteillage.

Un dilemme politico-militaire

Pour désengorger cet embouteillage, Paul Kagame peut recourir aux mises à la retraite anticipées ou en démettant d’office certains. Mais là, il risquerait de créer des tensions au sein de son armée et à la longue donner du courage à certains qui alors tenteraient de le renverser n’ayant de toute façon rien à perdre. Il ne peut pas se permettre cela d’autant plus que la brèche créée par sa brouille avec Kayumba Nyamwasa n’est toujours pas comblée. Mais il peut aussi recourir au reclassement, à la conduite vers les voies de garage… (Ambassades), tout en les maintenant sous les drapeaux.

L’ONU : une issue de secours ?

Il faut reconnaître qu’en matière d’anticipation, Paul Kagame est particulièrement bien conseillé. Lorsqu’il y a quelques années, Kagame a proposé à l’ONU de fournir des troupes pour le Darfour soudanais , certains s’en sont moqué en disant ne pas y voir un quelconque intérêt. C’était ignorer que ce faisant, l’ONU allait prendre en charge plus de 5000 hommes de Kagame en les payant aux barèmes de l’ONU, en les équipant alors qu’ils ne vont pas se battre car n’en ayant pas le mandat. Tout ce qu’ils risquent ce sont des accidents de circulation et la malaria. Aujourd’hui, par cet acte, non seulement une partie de son armée émarge de l’ONU mais aussi Kagame en fait un outil de chantage en menaçant de les retirer chaque fois que l’ONU veut prendre une décision qui ne l’arrange pas. En clair, l’ONU est devenue l’otage de Paul Kagame à cause des soldats qu’il lui fournit dans le cadre des missions de maintien de la paix. Du coup, tous les pays de la région ont compris l’astuce et se précipitent maintenant à fournir des troupes à l’ONU mais constatent que Kagame est déjà à quelques longueurs d’avance.

Aujourd’hui, Kagame entend aussi que l’ONU constitue la solution au problème que constitue l’inflation de généraux dans son armée. C’est ainsi que l’ONU continuera à confier des commandements à certains des généraux rwandais que lui aura présentés Kagame. D’une pierre deux coups : Kagame renforce son outil de chantage envers l’ONU (Rwanda est un des grands fournisseurs de troupes, à la tête des grands commandements … donc intouchable),  mais en même temps se sert de ce « machin » pour gérer les problèmes générés par hypertrophie de son armée. C’est sous cet angle qu’il faut voir la récente nomination du général Kazura à la tête des forces de l’ONU au Mali et sûrement la prochaine nomination du général Charles Kayonga qui vient d’être remplacé à la tête de l’Etat-major général par le général Patrick Nyamvumba qui vient de passer quatre ans à la tête des forces de l’ONU au Darfour. Et la boucle est bouclée. Il faillait y penser !

E. Neretse et G. Musabyimana
23/06/2013

 

 

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