Affaire de l’attentat de 1994 au Rwanda: l’analyse biaisée de l’historien français François Robinet
Ce brave monsieur François Robinet est peut-être historien mais pas “spécialiste du Rwanda” comme on voudrait le qualifier pour impressionner, mais surtout pas un analyste politique et judiciaire.
1. S’il en était un, il saurait que l’horloge judiciaire dans ce dossier volontiers banalisé ( assassinat de deux présidents hutu et de trois officiers français en mission commandée) le 06 avril 1994) est réglé par une main politique. Ainsi il aurait noté le rôle de Bernard Kouchner, ami de Paul Kagame depuis le temps où ce dernier était dans l’armée ougandaise et entreprenait la conquête du Rwanda en octobre 1990. Ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy en 2007, c’est le même Kouchner qui conseillera à Kagame de livrer une de ses proches visée par les mandats d’arrêt du juge Bruguière pour que la défense accède au dossier et étudie les stratégies pour répliquer. Tandis que l’inculpée arrêtée serait vite relâchée. C’est l’épisode de Rose Kabuye dont visiblement l’historien et spécialiste du Rwanda Robinet n’a jamais entendu parler.
Tout comme il ignore que c’est le même Bernard Kouchner qui a recommandé à Paul Kagame les avocats (des stars des barreaux européens et des puissants et redoutés lobbies) qui le défendront dans cette affaire. Et que c’est le ministre Kouchner qui choisira le nouveau juge à qui sera confié ce dossier après le départ en retraite du juge Bruguière. Enfin l’auto-proclamé spécialiste du Rwanda n’a pas su que c’est le même Kouchner qui a organisé le voyage du président Sarkozy au Rwanda et qui lui a suggéré d’exprimer les excuses à Paul Kagame au nom de la France.
2. Ensuite s’il était analyste comme il le prétend, il aurait noté les actes du juge Marc Trévidic qui a repris le dossier. En effet ce juge s’est soumis à une visite guidée et encadrée par les agents de Kagame au Rwanda. Il a poussé le zèle jusqu’à présenter une simulation d’un tir effectué au centre de la France comme le résultat des expertises balistiques et géométriques effectuées à Kanombe alors que ces expertises avaient conclu à autre chose que la fameuse expertise acoustique désormais célèbre et donc les conclusions ont été médiatisées comme “Parole d’Evangile” alors qu’elle n’avait jamais été effectuée à Kanombe. C’est le même juge qui révélera prématurément l’identité et le lieu de résidence d’un témoin-clé et celui-ci fut aussitôt enlevé par les commandos de Paul Kagame et exécuté. Nous parlons de Emile Gafirita un des convoyeurs des missiles qui ont abattu l’avion présidentiel en exil à Nairobi au Kenya et qui voulait témoigner. Le juge Trévidic refusera obstinément la demande des contre-expertises des avocats des parties civiles. Pour sa compréhension et pour ce sens “patriotique”, il sera promu “Juge Président” à Lille et laissera le dossier aux mains d’un autre juge. Il ne faut pas être historien et spécialiste du Rwanda pour avoir noté ces faits.
3. Son successeur le juge Herbaut se montrera dans ce dossier sensible et politique aussi malléable et compréhensif que son prédécesseur. En effet il refusera catégoriquement et systématiquement les dépositions des témoins oculaires comme les habitants de la colline Masaka qui ont découvert les tubes lanceurs des missiles. Tout comme les dépositions des officiers des FAR comme ceux d’un officier ayant traduit les inscriptions en russe sur ces tubes ou le Chef des Renseignements Militaires des FAR (G2) qui a réceptionné et suivi l’acheminement de ces tubes jusque dans l’ancien Zaïre dans le soucis de préserver ces pièces à conviction et armes du crime. Ce juge refusera aussi de rouvrir le dossier suite à la découverte des éléments nouveaux par les avocats des parties civiles. En effet, il a refusé d’intégrer le rapport du TPIR gardé secret à l’ONU et qui parlait de l’attentat du 06 avril 1994.
4. Et pour finir; l’historien et “spécialiste du Rwanda et des affaires judiciaires” devrait avoir noté le timing que les tribunaux français respectent pour annoncer leurs décisions dans cette affaire. Le Tribunal de Grande Instance de Paris a rendu son arrêt de “non-lieu” en 2018 juste au moment où le président français Emmanuel Macron venait de faire nommer une proche de Paul Kagame à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) . Quand on sait que le même Paul Kagame francophobe notoire qui ne parle ni ne comprend un mot de français avait banni la langue française au Rwanda et l’a interdite dans le système d’enseignement, on croit rêver. Mais on ne donne que ce qu’on a. C’est ce qu’avait la France à offrir à Kagame pour l’amadouer. Quant à la Cour d’Appel de Paris elle s’est arrangée pour annoncer son arrêt de “non-lieu” en juillet 2020 au moment où la France annonçait sa reprise de la coopération avec le Rwanda de Paul Kagame en lui versant en prime 50 millions d’euros. Kagame promettait de son côté d’autoriser la reconstruction du Centre culturel français à Kigali en remplacement de celui qu’il avait rasé en 2009 et surtout l’agrément enfin d’un ambassadeur de France au Rwanda ce qu’il refusait depuis plus de 3 ans.
Bref, les rwandais n’ont pas besoin d’historien français et encore moins de soi-disant spécialistes de leur pays pour comprendre et réaliser le sort qui est le leur.
Sandrine Mukamunyana
Source : Facebook
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