Le « modèle rwandais » en passe d’être généralisé dans la région des Grands Lacs africains

Stratégie-du-Chaos-890x395_cDéfinition et  contours du modèle

Il s’agit d’un régime imposé par la force à la population d’un pays donné et qui doit se maintenir en instituant un état policier comme système de gouvernement. Cela est possible sous quelques conditions : la clique au pouvoir ne doit bénéficier d’aucune légitimité sauf celle des armes ; d’où la nécessité d’être surarmée et perpétuellement en état de guerre.

Le régime doit bénéficier d’une impunité totale due à une désinformation de l’opinion internationale qui doit brandir le caractère « exceptionnel » de ce régime, chaque fois que ses crimes sont soulevés. Enfin, les puissances initiatrices de ce modèle doivent assurer à tout moment la publicité de ce régime en vendant son image auprès des médias, qu’elles contrôlent par ailleurs, et auprès des organisations internationales.

En contrepartie, les superpuissances qui initient ce genre de régime en tirent de grands profits en termes de géopolitique. En effet, un tel régime installé, dans un quelconque pays, est lourdement redevable à la puissance qui l’a créé. Sans aucune légitimité populaire, s’il doit se maintenir par les armes, c’est la superpuissance qui doit assurer sa survie dans ce domaine.

Une moindre campagne médiatique ou même une mise au grand jour de ses crimes afin de maintenir la main mise sur une population qui l’abhorre, risquerait de le mettre à nu et de le faire tomber à tout moment. La superpuissance doit donc veiller au grain et constamment contrôler et orienter ce qui doit être dit concernant le régime fantoche qu’elle a installé. C’est pourquoi un tel régime ou plus exactement sa quintessence, à savoir la force armée, n’est en réalité qu’un appendice de l’armée de la superpuissance qui l’a installé et qui compte lui confier des missions dans la région et au monde où la même superpuissance ne compte plus envoyer ses propres soldats.

Initiateurs

Les initiateurs de ce modèle sont les puissances anglo-saxonnes qui, depuis la chute du mur de Berlin, sont devenues le seul chef à bord du vaisseau mondial. Elles ont alors redessiné la carte du monde tel qu’elle devait se présenter à moyen terme, c’est-à-dire dans les 25-50 ans à venir, à compter de la fin des années 80.

En ce qui concerne la région des Grands Lacs africains, il fut décidé qu’il en était fini que les pays soient dirigés par des leaders issus des majorités populaires ou des personnalités charismatiques. Ce sont désormais des groupes minoritaires dans leurs pays respectifs ou mêmes des étrangers qui sont successivement hissés au sommet du pouvoir dans ces pays depuis la fin des années 80.

Expertise

Pour réaliser ce plan, le leader de ces superpuissances occidentales, à savoir les Etats Unis d’Amérique, ont eu recours aux pays européens qui ont colonisé ces pays et qui fournissent leurs expertises permettant aux Américains de choisir les acteurs locaux et de jouer sur les antagonismes traditionnels.

Pour l’Afrique de l’Est et la Corne de l’Afrique, c’est la Grande Bretagne qui s’en occupe, tandis que pour la République Démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi, c’est évidemment l’ancienne puissance coloniale qu’est la Belgique qui est sollicitée.

Exécutants et acteurs locaux

Les acteurs locaux sont clairement identifiés et sont conditionnés pour jouer leurs rôles respectifs afin d’accompagner l’exécution de ce plan. Un groupe minoritaire visible et soudé qui aspire accéder au pouvoir mais qui n’aurait jamais eu l’occasion d’y accéder  démocratiquement est d’abord identifié. Il est médiatisé à outrance, financé et armé sans réserve jusqu’à ce qu’il apparaisse comme une force incontournable sur la scène politique et militaire.

Parallèlement, une autre  force politique est vite mise en place et fortement soutenue.  Celle-ci est constituée des ennemis des personnalités au pouvoir souvent pour des raisons sans rapport avec la politique, ou des présumés délinquants ou criminels qui ont tout intérêt à voir le régime en place tomber. Mais, le plus souvent, les antagonismes ancestraux entre les composantes de la population sont alors exacerbés pour servir de paravent au petit groupe choisi par les superpuissances pour prendre le pouvoir. Le processus est alors présenté comme une lutte interne des forces politiques et sociales dont les unes sont présentées comme négatives et d’autres progressistes.

Prétexte et couverture

Quel que soit le régime en place dans le pays-cible, il sera accusé de violations massives des droits de l’homme, de discrimination envers la minorité ethnique…Une rébellion sera alors lancée à partir d’un pays voisin qui aura pour devoir de lui servir de base arrière et de le soutenir en hommes et en matériels. Si d’aventure le régime agressé tente de résister en se défendant bec et ongles, il sera alors accusé de commettre un « génocide », ce qui légitimerait alors son renversement et la diabolisation  de la majorité de la population vouée désormais à se soumettre au nouveaux maîtres.

Modus operandi

Pour imposer le modèle défini par la super-puissance et à implanter dans les pays ou régions concernés, celle-ci use d’une stratégie globale que certains analystes ont déjà qualifié de : « Désinformation et stratégie du chaos ».

L’analyste politique Patrick Mbeko a développé ce sujet dans un article paru le 10 juin 2012 en l’illustrant par le cas du Rwanda . Il disait alors : « Les similitudes entre ce qui se passe en Syrie et ce qui s’est passé au Rwanda dans les années 90 sont frappantes. Au Rwanda, une commission d’enquête internationale, après avoir passé deux semaines dans le pays (dont deux heures seulement dans la zone contrôlée par le FPR/APR de Kagame), avait statué que le gouvernement du président hutu Juvénal Habyarimana menait une politique de génocide contre la minorité tutsie. Le problème, et c’est ce qui est renversant, c’est que certains membres de la Commission se sont retrouvés au service du FPR après sa prise du pouvoir en juillet 1994! De quoi s’interroger sur l’impartialité de la Commission durant les enquêtes (…).

Pendant la guerre civile qui a complètement ravagé le pays des collines, les grands médias occidentaux n’avaient de cesse de louanger Paul Kagame, le bras exécutant des puissances anglo-saxonnes (plus la Belgique), le décrivant comme un « démocrate » qui se bat pour la liberté et la démocratisation du Rwanda. La plupart des crimes contre les civils commis par les cellules clandestines de l’Armée patriotique rwandaise (APR) disséminées un peu partout sur le territoire rwandais furent attribués au gouvernement Habyarimana. Comme l’a si bien relevé Roland Hureaux, « il est même arrivé à Kagame de massacrer tous les habitants d’une région et d’inviter ensuite la presse internationale, toujours naïve, à contempler des méfaits qu’il imputait à son adversaire. » La presse était-elle naïve? Pas si sûr. Elle savait très bien ce qu’elle faisait, un peu comme dans le cas syrien aujourd’hui.

Que se passe-t-il dans ce pays? Nous assistons là à une opération de déstabilisation fomentée par des stratèges occidentaux en tête desquels les Américains. Les enjeux sont énormes.

 Je n’entrerais pas dans les détails. Mais comme moi, vous avez tous constaté que la plupart des massacres, si pas tous, sont systématiquement attribués au président Bachard El-Assad. Or, ces massacres bien calculés sont l’œuvre de la nébuleuse Armée Syrienne Libre (ASL) composée des terroristes de tout acabit soutenus par les Occidentaux et les pétromonarchies du Golfe (…).

Pourquoi ce modèle fascine les USA et leurs alliés européens ?

kagame clinctonLe modèle fascine la Superpuissance dans ce sens qu’il rencontre toutes ses conceptions de comment l’Afrique d’après la Guerre Froide devrait être gérée. En effet, avec ce modèle, les Etats Unis n’ont plus à composer « diplomatiquement »  avec des régimes des pays africains qui, même pauvres et faibles, sont quand même des pays souverains ayant un siège aux Nations Unies.

Un pays dirigé par une minorité impopulaire, qui impose sa loi sur la majorité de la population  par la terreur et qui ne survit que par l’impunité et le black-out dans les médias sur ses crimes que lui garantissent les même Etats Unis, consacrera le pays aux mêmes Etats Unis et se sentira comme sa colonie. Son armée  ne sera qu’un supplétif des forces américaines destinées à intervenir dans les régions et dans les conflits que les USA doivent mener mais sans vouloir y envoyer directement ses GI’s.

Coups réussis :

  1. Ouganda : 1986

Profitant de l’instabilité consécutive à la chute du dictateur Idi Amin Dada et de l’incapacité de Milton Obote d’imposer son autorité, les puissances anglo-saxonnes ont alors opté pour un régime militaire fort dominé par la minorité hima du sud-ouest de l’Ouganda et apparentée aux Tutsi. Elles ont alors armé et soutenu la rébellion dite de NRM dirigé par Yoweri Museveni, un Hima ougandais, dont les combattants étaient essentiellement des Rwandais d’ethnie tutsi. Ceux- ci s’empareront du pouvoir en janvier 1986 et depuis lors, ils ont soumis les autres peuples d’Ouganda et de toute la région qui ne leur sont pas apparentés et cela en toute impunité et avec le soutien des puissances qui les ont promus et dont ils servent de supplétifs dans la région. L’éradication de l’influence francophone dans la région des Grands Lacs à commencer par le Rwanda, le contrôle des richesses du Zaïre (RDC) surtout de sa partie Est en attendant sa sécession, le démembrement du Soudan, constitueront  la « feuille de route »  tracée à Yoweri Museveni et à ses combattants tutsi ou affiliés de la région. Il va s’en acquitter presque à la perfection.

  1. Ethiopie : 1991

En 1991, profitant de l’image désastreuse que reflétait le régime de Mengistu Hailé Mariam surnommé le « Négus rouge », la superpuissance a conçu, formé, équipé et financé une rébellion issue de la minorité ethnique tigréenne et  qui s’est vite emparée du pouvoir à Addis Abeba sous la houlette de Melès Zenawi. Cette minorité, qui constitue moins de 10 % de la population de l’Ethiopie, fut donc promue pour dominer les ethnies majoritaires que sont les Oromo et les Amhariques. Parallèlement, l’armée tigréenne, devenue l’armée éthiopienne équipée et entrainée par les USA, recevait pour mission d’intervenir dans la corne de l’Afrique pour y remplir les missions définies par Washington. Il lui sera alors assigné principalement la tâche de contenir le chaos en Somalie sans que les USA ne soient encore obligés d’y envoyer directement leurs soldats réguliers.

  1. Rwanda : 1994

Dès 1990, les combattants tutsi qui avaient pris le pouvoir à Kampala en 1986 se lancèrent à la conquête du petit Rwanda beaucoup moins défendu  que l’Ouganda dont ils s’étaient rendus maîtres avec la bénédiction de la Superpuissance. Après près de quatre ans de résistance acharnée de la population hutu rwandaise, la milice de la minorité tutsi soutenue par l’Occident et ayant sa base arrière en Ouganda se rendra maître du Rwanda en juillet 1994. Depuis lors, la minorité tutsi qui avait été chassée du pouvoir en 1959 par la Révolution populaire, règne de nouveau sur la majorité hutu qu’elle a de nouveau réduite en servitude de façon sournoise. Mais dès sa conquête du Rwanda, la milice tutsi venue d’Ouganda et alors connue sous l’appellation de APR (Armée Patriotique Rwandaise) a entamé ses missions de servir de supplétif aux forces américaines dans la région sous la couverture de « Armée Rwandaise » ou de «  Rwanda Defense  Forces ».

  1. RDC, ex-Zaire : 1997

Continuant sur leur lancée, les combattants tutsi qui avaient conquis l’Ouganda une décennie plutôt et puis le Rwanda depuis 2 ans, ont alors, en 1996, entrepris la conquête du Zaïre, l’actuelle République Démocratique du Congo, dont ils se sont emparés après une guerre éclaire qui n’a duré que six mois.

Les moyens de renseignements sophistiqués mis à leur disposition par la superpuissance leur avaient permis de localiser et de massacrer les milliers de Hutu partout où ils se trouvaient dans la jungle équatoriale où ils avaient trouvé refuge et  qu’ils croyaient impénétrables.

Depuis cette époque, la minorité tutsi contrôle indirectement le pouvoir dans cet immense pays qu’est la RDC avec une population de plus de 50 millions d’âmes de plus de 200 ethnies.

A cet effet, des « rébellions tutsi » successives sont créées à partir de l’Est frontalier avec le Rwanda qui leur sert de base arrière.

N’ayant aucune force et surtout aucune volonté de les mater, le régime installé à Kinshasa se tourne vers  la Communauté internationale donc vers la Superpuissance et celle-ci  impose chaque fois l’intégration de ses éléments dans les hautes instances militaires et politiques du pouvoir. Résultats des courses :  « les Tutsi congolais » qui ne représentent même pas 1 % de la population totale et que même d’aucuns ne considèrent pas comme réellement des Congolais, sont plus représentés dans le commandement de l’armée et de la police, dans les services de renseignement, dans l’administration centrale… que le reste des ressortissants des deux cents ethnies composant la population congolaise.

Après cette consécration, l’armée de la minorité tutsi du Rwanda sera élevée au rang de « gardien de la paix » dans la région et dans toute l’Afrique et recevra pour cela des moyens pour aller imposer la « Pax Americana » au Soudan (Darfour), au Sud Soudan et tout ceci sous la bannière des Nations Unies et donc aux frais des contribuables du monde entier.

En cours de réalisation

John Kerry, secrétaire d'Etat américain, avec Pierre Nkurunziza, président du Burundi, le 4 août 2014 à Washington/rfi.com.

John Kerry, secrétaire d’Etat américain, avec Pierre Nkurunziza, président du Burundi, le 4 août 2014 à Washington/rfi.com.

Dans un article publié le 21 avril 2015, la journaliste Marie Laure Cimpaye se posait la question de savoir si le modèle rwandais n’était pas en train d’être imposé au Burundi.

Quelques mois plus tard, force est de réaliser qu’elle avait vu juste. En effet le Burundi, entre avril et mai 2015, a été victime d’une Révolution de Couleur ou tentative de changement de régime, orchestrée par les USA, la France et la Belgique, qui devait aboutir à un Coup d’Etat, celui du mercredi 13 mai 2015, qui a échoué. Depuis le mois d’août 2015, des assassinats ciblés contre les hautes personnalités burundaises sont organisés depuis Kigali.

Des bataillons de l’armée rwandaise ont été préparés pour intervenir directement au Burundi afin de renforcer les militaires burundais qui sont gagnés au plan du putsch. Ils ont déjà un plan d’occupation du pays et de neutralisation des Imbonerakure et des policiers. Le CNARED se retrouve en Europe et prépare son déploiement au pays comme gouvernement de transition qui serait spontanément reconnu par les USA, la Belgique, la France et Londres. C’est le sujet central des réunions en cours à Bruxelles, Paris et Luxembourg.

Selon nos informations, il ne fait aucun doute qu’un plan d’assassinat du président Nkurunziza a été finalisé. Des experts israéliens en attentats et des tireurs d’élites burundais et rwandais reçoivent les derniers réglages! Une somme de deux millions de dollars américains a été investie dans le plan. C’est désormais le Mossad qui pilote et coordonne depuis Kigali!

Nous avons posé la question à notre informateur de savoir si les Américains, après ce qui s’est passé au Rwanda en 1994, sont prêts à provoquer d’autres massacres. Il nous a été rétorqué : »Vous êtes naïfs! Le massacre viserait les Hutus présentés comme des Imbonerakure. Ils ont été suffisamment diabolisés que l’opinion internationale mettrait des décennies avant de découvrir l’imposture! Avec l’attentat manqué contre le chef d’état major, le SNR dispose des pistes sur les commanditaires des attentats. Les puissances occidentales doivent passer à la vitesse supérieure. C’est déjà décidé. C’est pourquoi tous les membres du gouvernement du CNARED ont été appelés en Europe. Le camp Radjabu a été exclu car proche des Islamistes!

Pour brouiller les pistes, le Secrétaire d’État Adjoint des USA chargé de la sécurité en Afrique Centrale a été dépêché à Bujumbura pour faire croire que le gouvernement de Nkurunziza est sollicité pour faire cesser les violences et dialoguer avec l’opposition. L’ambassadeur des Pays Bas au Burundi vient d’effectuer une visite de courtoisie auprès du Ministre des Relations Extérieures pour dire que l’enveloppe destinée à la bonne gouvernance a été maintenue. A vrai dire, c’est un code pour financer l’opposition et appuyer le plan de renversement des institutions considérées comme contraires à l’Accord d’Arusha! La bonne gouvernance est synonyme de réorganisation des élections même par une minorité au service des intérêts des Occidentaux! ».

Que faire?

 
Selon notre informateur, la garde présidentielle est très sollicitée. L’ancien vice-président de la Cour constitutionnelle vient de sortir un témoignage par la plume d’un journaliste belge. Le récit vise à montrer qu’il a fait le bon choix et qu’il est heureux et non point hanté par ses mensonges! C’est une stratégie de séduire certains proches de Nkurunziza surtout après avoir constaté qu’il a renforcé la sécurité autour de lui.

Soit le commando doit réussir à dénicher un groupe qui acceptera de l’assassiner et dont le gros des éléments sera par après vite éliminé. C’est le scénario de Laurent Désiré Kabila. Soit les satellites vont continuer à traquer le chef de l’Etat et permettre une attaque éclair par un drone à partir du Rwanda. Comme le président aime rester à Ngozi, la tâche serait facile pour un drone venant de Nyamata ou Huye (Butare). Une fois le président assassiné, les militaires burundais gagnés au complot s’empresseraient de prendre la RTNB et un général (ancien du CNDD FDD maintenant en exil) s’exprimerait de même qu’un autre général ex–FAB pour appeler l’armée au calme tandis que la neutralisation de la police et des Imbonerakure battrait son plein. Les putschistes sortiraient de la prison sous les acclamations des habitants de Bujumbura comme lors de la tentative du 13 mai dernier!

Les USA et Israël croient dans le plan. Londres et Paris soutiennent timidement. La Belgique est 100% partante même si elle aurait préféré que Nkurunziza soit capturé et envoyer à La Haye. Le scénario Laurent Gbagbo. Pour ce qui a été retenu par les Américains, c’est une fin tragique de Nkurunziza comme Kadhafi.

Conclusion partielle

L’actuel président burundais Pierre Nkurunziza est un martyr qui a le malheur de se retrouver au mauvais endroit et au mauvais moment ; n’importe quel président non issu de la minorité choisi par les USA et leurs sous-traitants dans la région, subirait le sort qu’il est en train de subir et finirait comme il va finir, c’est-à-dire assassiné.

Objectifs à moyens terme

pax-americana21. Kenya

Le sort réservé à ce pays naguère la plus grande puissance économique de l’Afrique de l’Est et un creuset culturel inestimable est qu’elle soit soumise, un jour elle aussi, à une bande armée issue d’une minorité ethnique et donc ayant constamment besoin de l’appui financier et diplomatique de la superpuissance pour se maintenir et jouir de l’impunité comme c’est le cas au Rwanda depuis 1994.

2. Tanzanie

Pour avoir pu asseoir une réelle démocratie dans la région, la Tanzanie constitue la bête noire du dictateur installé à Kigali par les puissances anglo-saxonnes. Aussi, la minorité a-t-elle reçu le feu vert de ces puissances pour la déstabiliser et si possible y installer un régime semblable à celui installé à Kigali en 1994.

Pour les stratèges des puissances anglo-saxonnes qui imaginent des schémas pour les pays de la région, la Tanzanie est à la merci de la puissance militaire de la minorité tutsi d’autant plus que ses services de sécurité (armée, police, services des renseignements) sont truffés des agents tutsi qui y ont été introduits à la faveur de la généreuse  naturalisation que le pays a offert aux Tutsi depuis les années 60.

Conclusion générale

La Superpuissance qui s’est retrouvée seule maître du monde après la chute du mur de Berlin avec ses alliés, s’en foutent éperdument du bonheur et du bien-être des autres peuples du monde.

Dans chaque région du monde, ils ont élaboré des stratégies pour y défendre leurs intérêts et y faire régner leur loi sans état d’âme et sans aucune considération des peuples concernés.

Au Moyen Orient et au Maghreb, il s’agit de casser les États aux structures fortes et d’y laisser régner le chaos politique pourvu que les multinationales continuent à puiser le pétrole à vil prix et sans risque de pénurie. Pourvu que l’État d’Israël continue d’être la seule puissance de la région dont les orientations dicteront la diplomatie internationale en ce qui concerne cette région.

En Afrique centrale, il s’agit de promouvoir des régimes minoritaires qui ne pouvaient espérer jouir d’aucune légitimité et de les surarmer et les laisser intimider et asservir les habitants et en échange être utilisés comme bras armé des superpuissances dans la région sans qu’elles y interviennent ouvertement.

Ainsi donc, sauf accident de parcours, le « modèle rwandais », à savoir un régime minoritaire impopulaire et illégitime, mais surarmé et suréquipé par la Superpuissance jouissant de l’impunité pour ses crimes, promu dans les médias par les services de propagande de la même puissance, en échange de sa soumission totale aux desiderata de la Superpuissance dans son plan de redessiner une  région donnée, a encore devant lui une vingtaine d’années pour se généraliser en Afrique.

Malheurs aux peuples  qui se sont retrouvés ou se retrouveront sur la trajectoire de cet ouragan « made in America » et qui traverse la région des Grands Lacs depuis les années 80. Tels fut le cas pour les Amhariques et les Oromos en Ethiopie, les Baganda et Acholi en Ouganda, les Hutu au Rwanda, les Bakongo, Gbandi, Baluba, Batetela, Nande, Hunde, Bashi… en RDC.

Le même sort est en train d’être scellé pour les Hutu au Burundi. Ce sort sera aussi scellé  pour les peuples majoritaires du Kenya et de Tanzanie selon les plans géopolitiques à moyen terme (50 ans) initiaux tels qu’établis dans les années 80. Certains ont parlé ou parlerons encore « d’Empire Hima-Tutsi » mais en pratique et plus terre à terre, c’est le modèle rwandais pensé dès la fin des années 1980, institué en 1994, qui aura été imposé à tous les  peuples  de la région.

Quel salut pour ces peuples ? La trajectoire de l’outil lancé à leur conquête et à leur soumission peut-elle être infléchie ? Si oui, par qui et comment ? Réfléchir à cette problématique et tenter de trouver des réponses à ces interrogations, c’est déjà faire signe d’une volonté de survie.

Emmanuel Neretse
07/10/2015

 

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