Belgique-Rwanda. Le procès d’Assises de deux rwandais continue à Bruxelles. Compte-rendu de la 7è semaine

Le procès d’Assises dans lequel dont jugés Séraphin Twahirwa et Pierre Basabose est entré dans sa 7è semaine, celle du 27 novembre au 01 décembre 2023.

 

Manoeuvre politico-judiciaire du régime de Kagame, des témoins à décharge pour un accusé recommandés et envoyés par le régime du FPR : du jamais vu!

 

A la fin des audiences de la semaine dernière, on avait eu droit d’écouter les témoins présentés comme à “décharge pour Twahirwa” et curieusement envoyés du Rwanda par le régime du FPR! Il s’agit des frères et sœurs de l’accusé qui avaient été débusqués dans le fin fond du Bushiru aux confins de la forêt naturelle de Gishwati pour être embarqués vers Bruxelles avec mission de témoigner dans le procès de leur grand-frère Séraphin Twahirwa.

 

Le frère et les sœurs de Twahirwa ont tous dit ne pas avoir assisté ni entendu les crimes qu’aurait commis leur grand-frère en avril 1994, d’autant plus qu’ils affirmaient ne pas le voir régulièrement sauf quand il venait sur la colline natale. Or à l’époque, il y avait des mois ou des années qu’il n’y était plus venu.

 

Force est alors de se demander pourquoi le FPR a envoyé ces témoins. Mais ceux qui connaissent le FPR et ses magouilles politico-judiciaires ont vite compris qu’il s’agissait là d’un argument précieux offert à l’accusation (Parquet et parties civiles) pour réfuter les observations de la défense et de l’opinion en général qui réaffirment que dans le Rwanda, sous la dictature du FPR, les témoins n’étaient pas libres et donc ne pouvaient pas dire le contraire de ce que voudrait le régime surtout en dédouanant un Hutu accusé de génocide. Et le tour est joué. Aux procureurs et avocats des parties civiles d’en faire bon usage, et on verra!

 

Un témoin à charge mais qui pourrait aussi être de contexte

 

En début de semaine, la Cour en entendu, par vidéo-conférence à partir de Kigali, un détenu condamné à perpétuité et qui se présente comme étant Vital Mucanda alias Kivumbi. Il a affirmé être ancien Interahamwe mais d’ethnie tutsi et que ce fut le président national des Interahamwe, Robert Kajuga, lui-même Tutsi et en plus son ami d’enfance, qui l’avait recruté dans cette jeunesse du parti MRND.

 

Comme il fallait s’y attendre, il a accusé Twahirwa et Basabose de tout et de n’importe quoi de façon qu’il est inutile de reprendre ses affabulations comme : Twahirwa entraînant militairement les Interahamwe au Centre d’Instruction militaire du Camp Gako au Bugesera, Basabose comme commerçant et financier des Interahamwe lui donnant une prime de 500 $ pour le remercier d’avoir adhéré aux Interahamwe malgré qu’il soit Tutsi, etc. C’était tellement invraisemblable que même les avocats des parties civiles baissaient les yeux, signe de leur gène face à ces énormités.

 

Mais ce témoin est autrement intéressant et très bénéfique pour la défense surtout pour expliquer le contexte et démystifier la jeunesse du parti MRND qu’étaient les Interahamwe. Le témoignage de ce Tutsi qui réaffirme que non seulement lui-même fut Interahamwe mais que aussi le président national était un Tutsi, devrait faire taire à jamais ceux qui prétendent et tentent depuis 1994 de faire croire que “la milice Interahamwe avait pour objectif et mission de tuer les Tutsi”. Comment alors les Tutsi pouvaient diriger ou entrer massivement dans une organisation ayant pour but d’exterminer les Tutsi comme eux?

 

L’autre évidence souvent évitée mais dont le témoignage de cet Interahamwe Tutsi pourrait contribuer à faire admettre une fois pour toutes est que depuis la 06 avril 1994, toutes les jeunesses des partis politiques agréés qui en avaient ( MRND, MDR, PSD, PL, CDR) ont opéré ensemble et sur toute l’étendue du pays encore sous le contrôle gouvernemental sous l’appellation générique de “INTERAHAMWE” pour tenter de contrer les infiltrations du FPR.

 

Enfin ce serait l’occasion de souligner que ces mouvements de jeunesses étaient déjà infiltrés par ceux du FPR et que ce sont ces derniers qui ont commis des massacres indiscriminés des Hutu comme des Tutsi sur les barrières mais en veillant à ce que les images soient prises par la presse internationale acquise au FPR et qui chaque fois était aux aguets, pour qu’elles soient présentées à l’opinion mondiale que c’étaient les Hutu qui tuaient les Tutsi et que donc il s’agissait d’un “génocide”!

 

Témoins à décharge

 

Enfin pour une fois, la Cour a auditionné cette semaine de vrais témoins à décharge et cités par la défense. Ces témoins, aux profils impressionnants, ont donné des témoignages tout aussi impressionnants de façon que les avocats des parties civiles voulant à tout prix les discréditer, ont été à plusieurs reprises recadrés car foulant aux pieds les principes élémentaires du Droit.

 

Ainsi le général Ndindiliyimana Augustin s’est présenté physiquement à la barre. Cet officier n’est pas n’importe qui. Il était en effet, en avril 1994, le Chef d’Etat-Major de la Gendarmerie Nationale, une composante des Forces Armées Rwandaises ayant en plus le maintien et le rétablissement de l’ordre dans ses attributions. Avant d’occuper ce haut poste de Commandement, il avait plusieurs fois été ministre depuis 1982, notamment : ministre de la Jeunesse et du Mouvement Associatif, ministre des Postes et Communications, ministre de la Défense.

 

Dans sa déposition, le général Ndindiliyimana a clairement dit qu’il ne connaissait pas et n’avait jamais vu Séraphin Twahirwa. Sur Pierre Basabose, le général Ndindiliyimana a dit qu’il l’avait connu fin des années 70 quand lui-même comme Colonel, il était G1 (chargé du Personnel) à l’Etat-Major de l’Armée et que Basabose comme Caporal ou Sergent, était chauffeur militaire affecté à la Compagnie QG (Quartier Général) du camp Kigali qui fournissait du personnel spécialisé (chauffeurs, secrétaires-comptables ou dactylos, opérateurs radios,…) aux services du ministère, de l’Etat-major, … qui en avaient besoin. Il a appris que Basabose s’était reconverti dans les affaires après son service militaire, mais qu’il n’en a jamais entendu ni vu dans des activités politiques au Rwanda. Il a poursuivi en précisant qu’il a seulement revu Basabose en exil en Belgique où il  tenait une boutique à Molenbeek, Boulevard Leopold II, à Bruxelles.

 

Pour discréditer le témoignage du général, l’avocat des parties civiles et partie civile lui-même car Tutsi, Me André Martin Karongozi a eu la malheureuse idée de demander la parole pour dire à la Cour que le témoignage de cet officier général et ancien ministre ne devrait pas être considéré car le témoin est lui-même auteur du génocide des Tutsi et en est accusé et donc qu’il ne pourrait pas charger ses complices.

 

Pour lui répondre le général Ndindiliyimana n’as pas eu à chercher loin. Il a indiqué à l’avocat ignorant, que lui-même Ndindiliyimana a été accusé de ces faits par le TPIR. Qu’il fut arrêté et détenu au siège de ce Tribunal à Arusha, Tanzanie, qu’il a été jugé et qu’au final il a été acquitté de tous les chefs d’accusation.

 

Il a surtout souligné le fait qu’après son acquittement, il a pu rejoindre sa famille en Belgique où il vit actuellement. Alors prétendre qu’il serait un suspect à encore juger, alors que la Belgique qui l’a accueilli reconnaît le TPIR et donc ses jugements rendus, on se demande où a étudié cet avocat, car même un étudiant moyen de la 2ème candidature en Droit connaît le principe de “Non ibis idem”! (nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement à raison des mêmes faits).

 

Ces avocats des parties civiles ont poursuivi en disant que le témoignage du général devrait être rejeté car l’avocat qui défend Pierre Basabose, Me Vincent Lurquin fut aussi l’avocat du général Ndindiliyimana au TPIR!

 

Là le général n’a même pas eu besoin de clouer le bec à cet avocat, car ce sont ses collègues qui se sont indignés en rappelant que tant qu’un avocat est admis à tel ou tel barreau ou par une juridiction internationale, rien ne limite ou ne détermine, sauf lui-même, les clients qu’il pourraient défendre.

 

L’autre personnalité qui a témoigné à décharge pour les accusés fut le Dr JB Ndalihoranye. Celui-ci fut professeur à l’Université, Secrétaire général au ministère de l’Enseignement et ministre de la Santé. Il a surtout souligné que les massacres attribués aux Interahamwe ou aux Hutu en général ont en réalité été commis par les combattants du FPR dits Inkotanyi infiltrés dans les quartiers de Kigali et dans tout le pays.

 

La Cour a aussi entendu le fils ainé de Séraphin Twahirwa, aujourd’hui âgé de 41 ans et réfugié en Afrique du Sud. Celui-ci a expliqué que même s’il était encore jeune, jamais il n’a vu son père manier des armes à feu à la maison en 1994 et encore moins tuer qui que ce soit. Il a alors dit qu’après son rapatriement forcé du Zaïre en 1996, il a vécu au Rwanda mais que les autorités lui demandaient constamment de charger son père devant les GACACA ad hoc, en l’accusant d’avoir tué les Tutsi. Il a toujours répondu qu’il ne l’avait jamais vu tuer. C’est face à ce harcèlement qu’en 2007, il a trouvé la première occasion pour quitter le Rwanda et s’est exilé en Afrique du Sud où il vit toujours.

 

Nous pouvons mettre dans cette catégorie une courageuse femme de 70 ans qui a témoigné à décharge pour Pierre Basabose. Cette femme Tutsi a révélée que dès le 06 avril, elle s’est réfugiée avec ses enfants et proches chez Basabose dont les résidences  étaient séparées par un mûr mitoyen, et que Basabose avait  veillé sur eux jusqu’à ce qu’il devait s’enfuir du quartier car cerné par les troupes du FPR et qui tuaient tout hutu sur leur passage. Elle a insisté pour dire que jamais Pierre Basabose ne fut mêlé dans les activités des Interahamwe et encore moins des éventuelles tueries des Tutsi du quartier Gikondo.

 

La fille de Séraphin Twahirwa, actuellement âgée de 34 ans et donc qui n’avait que cinq ans au moment des faits a aussi été auditionnée. Elle a révélé qu’elle vient de fuir le Kenya pour demander asile en Belgique car dans ce pays elle était harcelée et menacée pour l’obliger à accuser son père Twahirwa de génocide alors qu’elle n’en a pas été témoin.

 

La Cour a entendu aussi une ancienne parlementaire du Rwanda qui vit en exil en Belgique depuis 2005 après sa démission comme “députée” du parti-état, le FPR. Elle a dit connaître Twahirwa depuis longtemps car originaire de la même région que lui. Connaissant les méthodes du FPR pour avoir été dans ses instances politiques, elle a affirmé que d’autres motivations sont à la base de l’accusation de commettre le génocide lancée contre lui car ne reposant sur aucun fait réel.

 

Quant aux témoins à charge, le régime du FPR en fabrique en série par menaces, intimidations ou chantages. Chaque habitant du Rwanda est ainsi  susceptible d’être témoin à charge contre quelqu’un qu’il ne connait même pas pourvu qu’il soit un Hutu à accuser de génocide. Sur Pierre Basabose, elle a déclaré l’avoir vu pour la première fois seulement en Belgique étant tous les deux demandeurs d’asile.

 

Témoin à charge de dernière minute et “plus catholique que le Pape”!

 

Au cours des audiences de cette 7è semaine du procès, on a noté et on a été frappé par la déposition d’une dame de 55 ans vivant en Belgique. Celle-ci s’est présentée comme étant Kabalisa Jacqueline, une Tutsi d’origine rwandaise. Elle a alors dit qu’elle possède des liens de parenté avec Primitiva Uwimana, l’ex-épouse de l’accusé Séraphin Twahirwa et que donc elle était venue raconter la vie familiale et intime du couple Séraphin et Primitiva. Elle a alors raconté que Twahirwa avait enlevé Primitiva du domicile de ses parents et qu’il l’a avait ramenée chez lui pour, après l’avoir violée en a fait son épouse régulière par force. Elle a ajouté que la maman de Primitiva serait venue supplier Twahirwa de lui remettre sa fille, mais que celui-ci lui avait répondu que si elle continuait à la réclamer, il la tuerait.

 

Le témoignage de Jacqueline Kabalisa est certes émouvant et charge énormément Twahirwa. Mais venant après la déposition de l’épouse de Twahirwa Primitiva Uwimana elle-même qui a affirmé s’être liée d’amitié avec Séraphin jusqu’à se marier avec lui “par amour” et avoir par la suite eu trois  enfants avec lui, ce témoignage ne vaut plus rien. On est donc en droit de se poser la question, à qui, de la femme supposée violée et mariée par force et celle qui le prétend, on doit donner plus de crédit dans ce récit familial et intime? Dans l’exercice de tenter “d’être plus catholique que le Pape” dame Jacqueline Kabalisa mériterait le premier prix! Mais hélas avec cela, on est loin d’une justice pénale.

 

Ce procès semble toucher à sa fin car après le calendrier donné par la Cour, il ne reste que les plaidoiries des parties civiles, le réquisitoire du Procureur, les plaidoiries de la défense et la dernière prise de parole des accusés, avant le verdict qui devrait tomber le 12 décembre 2023.

 

Rendez-vous donc est donné pour cette date afin de connaître le sort réservé à Séraphin Twahirwa et à Pierre Basabose, sort qui sera décidé par les trois juges professionnels et soumis par formalité aux 12 jurés pour approbation.

 

Emmanuel Neretse

 

 

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