Plaidoyer pour l’honneur des innocents
Introduction
Il est des moments dans la vie d’une nation où le silence devient une faute civique.
Depuis plusieurs années, les prises de parole officielles du ministre rwandais chargé de l’Unité nationale prétendent instruire la mémoire. Mais à force de vouloir instruire l’histoire, elles finissent parfois par juger les vivants. Or, la mémoire d’un peuple ne peut être bâtie sur la suspicion permanente d’une partie de ses citoyens.
Car enfin, quelle justice est-ce là ?
Une justice qui ne juge plus des actes, mais des appartenances. Une justice qui ne distingue plus l’homme de la catégorie. Une justice qui n’examine plus la responsabilité, mais l’origine. Dans son plaidoyer Pro Murena, Cicéron avertissait déjà la République romaine : « La faute appartient à celui qui agit, non à celui qui naît. »
I. Le principe fondamental : on ne juge pas un peuple
Nul homme n’a choisi sa naissance. Nul enfant ne décide de l’histoire qui le précède.
Or, assimiler moralement des millions d’individus à un crime auquel ils n’ont ni participé, ni consenti, constitue non seulement une injustice morale, mais une erreur politique majeure.
Cicéron l’expliquait déjà à Rome lorsqu’on tentait de condamner un homme sur la base de ses fréquentations et non de ses actes : « Ce ne sont pas les rumeurs qui condamnent un citoyen, mais les preuves. »
La culpabilité collective n’a jamais produit l’unité nationale ; elle produit la peur, la dissimulation et la rancœur silencieuse.
II. Défendre les innocents n’est pas nier les crimes
Que les choses soient dites clairement.
Défendre les Hutus innocents n’est ni nier les victimes du génocide contre les Tutsi, ni relativiser les tragédies du passé, ni contester la justice due à ces mêmes victimes. Au contraire : la justice véritable exige la précision.
Cicéron rappelait qu’une accusation trop large finit toujours par devenir injuste : « Quand tout le monde est coupable, plus personne ne l’est réellement. »
En confondant criminels, opposants politiques, paysans ordinaires, exilés, enfants nés après les faits et citoyens respectueux de la loi, on détruit la valeur même de la responsabilité pénale.
La mémoire cesse alors d’être justice pour devenir suspicion permanente.
III. Le danger politique de la stigmatisation
Une nation ne se reconstruit pas en maintenant une partie de sa population sous une culpabilité morale héréditaire.
Car qu’enseigne-t-on alors ? Que certains citoyens devront éternellement se justifier d’exister. Que leur loyauté sera toujours suspecte. Que leur parole sera toujours présumée mensonge.
Cicéron avertissait déjà le Sénat romain : « Rien n’est plus dangereux pour la République que d’humilier durablement des citoyens qui ne peuvent ni partir ni parler. »
Une paix imposée par la peur n’est pas la paix : c’est une trêve fragile.
IV. L’unité nationale véritable
L’unité nationale n’est pas l’adhésion obligatoire à un récit officiel. Elle est la confiance. Et la confiance repose sur une règle simple : chaque citoyen répond de ses actes – jamais de son identité.
Comme le disait Cicéron dans Pro Murena : « La République n’existe que lorsque la loi protège également tous les citoyens. »
Conclusion
On n’honore pas les victimes en créant de nouveaux injustement soupçonnés. On n’enseigne pas la justice en installant la peur. Et l’on ne bâtit pas l’unité nationale sur l’humiliation d’une partie de la nation.
La véritable réconciliation commence lorsque l’État protège l’innocent aussi fermement qu’il punit le coupable. Car une nation ne guérit pas lorsque certains citoyens vivent sous la mémoire – mais lorsqu’ils vivent sous la loi.
Dr Emmanuel Mwiseneza,
Vendredi , 13 février 2026.
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