Quand les élites fragilisent la Nation : parallèle entre Rwanda et RDC

S’il n’y a pas un sursaut national, la RDC risque de tomber pas dans la même déchéance comme celle dans laquelle est tombée, en 1994, le Rwanda républicain et démocratique des années 1962-1994.

 

Cette analyse nous a été inspirée par une réflexion de l’analyste et politologue Patrick Mbeko. Sur sa page Facebook du 14 janvier 2026 ce politologue a fait le même constat  au sujet  de la classe politique de la RDC, son pays d’origine.

 

Ce constat interpelle car il est le même que l’on pourrait faire sur le Rwanda d’avant 1994 mutatis mutandis.

 

La présente dresse des leçons à tirer et éclairer la lanterne des politiciens de la RDC à la lumière de ce qui s’est passé au Rwanda entre 1990 et 1994. Ces actes et faits sont s ahurissants. Frolilège.

 

Rejet du décret présidentiel déclarant l’état de siège en octobre 1990

 

Lorsque les éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda ont été lâchés sur le Rwanda pour le conquérir militairement le 01 octobre 1990, le président Juvénal Habyarimana était en visite aux Etats Unis où il était arrivé pour l’Assemblée Générale annuelle de l’ONU.

 

Apprenant l’agression du pays par l’Armée ougandaise, il est vite rentré par un long voyage passant par Bruxelles et est arrivé à Kigali dans la nuit du 03 au 04 octobre 1990.

 

Après avoir été informé de la situation sur le terrain il a alors pris la décision de déclarer l’état de siège au moins dans les zones frontalières avec l’Ouganda.

 

Ayant soumis le projet de décret à la Cour Constitutionnelle avant qu’il ne soit publié au Journal Officiel, le Président de cette Cour qui était aussi Président de la Cour de cassation l’a rejeté en prétendant qu’il était anticonstitutionnel car quand la guerre a éclaté le 01 octobre 1990, le Président n’était pas dans le pays et que donc il ne peut pas prendre un décret concernant cette guerre!

 

Le Président Habyarimana, ne voulant pas ajouter la crise politico-judiciaire à la guerre imposée au Rwanda, n’a pas dissous cette Cour Constitutionnelle qui lui liait les mains pendant la guerre alors qu’il était Commandant Suprême et Commandant en Chef des Forces de Défense et de Sécurité ( FAR et Gendarmerie). On en est resté là et aucune situation d’exception légale (état d’urgence, état de siège,  état de guerre, …)  n’a été décrété concernant cette guerre jusqu’à sa fin.

C’est ainsi que les Forces Armées Rwandaises ont fait la guerre pour défendre le pays pendant quatre ans et la population rwandaise a subi la guerre pendant quatre ans  et tout cela officiellement et juridiquement “en temps de paix”, une situation exceptionnelle et sans beaucoup de précédents dans l’histoire de l’Humanité !

 

Certains officiers et juristes se sont demandés le pourquoi de ce blocage juridique pour empêcher aux institutions habilitées de mieux défendre le pays et sa population contre l’ennemi. Ce n’est que plus tard que l’on saura pourquoi. La Cour Constitutionnelle de l’époque roulait pour les envahisseurs et chaque membre de cette Cour avait un motif pour empêcher le président Habyarimana de défendre juridiquement le pays face à une agression.

 

Chacun des membres de cette Cour roulait pour toute opposition à Habyarimana qu’elle soit politique ou armée pourvu qu’elle puisse le renverser lui et son parti MRND.

 

Nous ne détaillerons pas ici ces motivations individuelles qui ont conduits des “juristes et garants de la Justice au Rwanda” de ne pas permettre de se défendre juridiquement contre une agression extérieure afin de subir la guerre tout en restant prétendument “ en temps de paix” car sans situation exceptionnelle décrétée.

 

Alliance signée à Bruxelles en 1992 entre les partis politiques de l’intérieur et  l’ennemi qui attaquait le pays.

 

L’on se souviendra qu’en 1991, le Président Habyarimana sous fortes pressions surtout après le discours de La Baule de juin 1990 du seul dirigeant de l’Occident qui le tolérait encore à savoir François Mitterrand, autorisa le multipartisme et surtout les activités des partis politiques dont des manifestations violentes et des émeutes, sur toute l’étendue du territoire et ceci en pleine guerre, chose impensable nulle part ailleurs.

 

Sans tarder et comme cette guerre “en temps de paix”  s’intensifiait, les partis naissants et de l’opposition radicale au MRND de Habyarimana se rendirent à Bruxelles en Belgique pour s’allier à l’ennemi qui attaquait le Rwanda venant d’Ouganda et présentée comme “l’opposition armée”, à savoir le FPR, ceci pour renverser plus vite et facilement Juvénal Habyarimana. L’opinion publique l’apprendra par le communiqué de Bruxelles du 03 juin 1992.

 

De retour à Kigali après avoir signé cette alliance constituant un crime “d’intelligence avec l’ennemi”, les chefs de ces partis au lieu d’être arrêtés dès leur descente d’avion comme ça pouvait se faire ailleurs, ont plutôt appelé publiquement la population à laisser le FPR conquérir leurs terres. Les rwandais se souviendront toujours de l’assertion “Niyo Byumba yafatwa !” !(Et même si Byumba était conquise !).

 

Négociations d’Arusha de 1992-1993 au cours desquelles certains représentants du Gouvernement dans ces négociations étaient des alliés et agents du FPR qui lui indiquaient les positions à prendre.

 

Après la mise en place d’un gouvernement dirigé et dominé par l’opposition radicale en avril 1992, un processus de négociations fut initié en juillet 1992  à Arusha en Tanzanie entre, théoriquement, le gouvernement du Rwanda et son opposition armé, le FPR. Mais en réalité et dans les faits entre les deux alliés de Bruxelles (opposition radicale interne et opposition armée venant d’Ouganda) contre non seulement le régime Habyarimana mais aussi contre le système républicain et démocratique.

 

C’est au cours de ces négociations d’Arusha que quelques fois on a noté, lors des conseils de ministres à Kigali, que certains ministres s’éclipsaient et étaient écoutés à leur insu en train de passer des coups de téléphone aux membres de leurs partis faisant partie des négociateurs pour leur dire la position du gouvernement sur certains points sensibles et leur demandaient d’avertir la délégation du FPR d’étudier comment la contrer car défavorable à lui. Comme négociations c’était plutôt une correction de la copie du FPR préparée pour être signée comme “Accord de paix finale entre les parties”.

 

Céder le symbole des institutions démocratiques et républicaines ( CND) sans combats au contingent militaire du FPR dans Kigali contre l’avis des forces de sécurité.

 

A la fin de ces négociations entre alliés en août 1994, le FPR a  obtenu selon les protocoles de l’Accord signé, le partage du pouvoir avec le parti présidentiel MRND dans un  gouvernement de transition dirigé par un des partis alliés et dans lequel le FPR et les autres partis alliés seraient largement majoritaires et détiendraient des portes-feuilles régaliens et économiques importants.

 

Tout ça après que le Président Juvénal Habyarimana soit rendu un conducteur ou un guide “aveugle” car dépouillé des services de Renseignements intérieurs et extérieurs dépendant et rendant uniquement compte à l’opposition avec un chef de ce service du Premier ministre pour les Renseignements intérieurs et un officier choisi par l’opposition au ministère de la Défense pour les Renseignements extérieurs, tous n’ayant pas de compte à rendre au Président de la République.

 

Et cerise sur le gâteau, fin 1993, ce gouvernement de l’opposition alliée à l’ennemi mais qui venait de signer l’accord de paix avec lui, au nom de la République Rwandaise, a permis et même encouragé que le FPR envoie des milliers de ses combattants  jusque là cantonnés dans des localités situées à la frontière avec l’Ouganda, de non seulement venir conquérir sans combat des quartiers de la Capitale Kigali mais surtout de prendre le Parlement et les immeubles environnants pour devenir leur Quartier Général pour y installer leur arsenal d’armes sophistiquées et postes de commandement en y chassant ainsi les élus du peuple (les députés) ou en les rendant des visiteurs qui doivent être spécialement requérir l’autorisation du FPR pour entrer au Parlement.

C’était en décembre 1994, la suite trois mois plus tard, soit en avril 1994, on la connait.

 

Quel fut le sort du Rwanda ?

 

Le Rwanda fut militairement conquis par les éléments d’une armée régulière d’un pays voisin, après une guerre présentée faussement comme une guerre civile.

 

Le système politique instauré à l’indépendance du pays après d’énormes sacrifices  à savoir une République démocratique, fut aboli et remplacé par son antithèse, une monarchie féodale qui ne dit pas son nom.

 

Le pays a été réduit en un laboratoire qu’une clique de criminels vend et loue aux trafiquants et prédateurs du monde au mépris du peuple réduit à la misère et en cobayes pour les multinationales.

 

Les politiciens responsables ou ayant conduits à cette déchéance de la Nation rwandaise et à la mort de la République Rwandaise

 

Sans les nommer, mais ceux qui sont encore en vie se reconnaitront, ils peuvent être  classés dans trois catégories:

Les mauvais calculateurs car des « analphabètes structurels » dont le raisonnement frôle celui d’un cancre: 1988-1992.

Les obsédés par la haine et le rejet d’un adversaire politique pouvant aller jusqu’à sacrifier tout ce qu’ils auraient de précieux et de vital pourvu que leur adversaire  disparaisse aussi : 1991-1993.

Les opportunistes ayant cru pouvoir s’asseoir sur la table à manger des conquérants ou ramasser les miettes mais sans les connaitre : 1994- 2003.

 

Comme tout remerciement. le FPR les a tous éliminés d’une façon ou d’une autre. Ceux qui n’ont pas été assassinés à partir de 1995 ont été politiquement mis à mort et les plus chanceux y ont survécus jusqu’en 2003. Ils l’ont donc appris à leur dépens et ont regretté leurs options mais malheureusement trop tard car ils avaient déjà tué la République et eux avec.

 

Souhaits pour la RDC

 

Les politiciens congolais quelle que soit leur connotation devraient apprendre de l’histoire du Rwanda républicain et démocratique de 1962 à 1994 aujourd’hui disparu à cause des politiciens rwandais de l’époque, et ne pas commettre les mêmes fautes qu’eux en ce qui concerne la RDC.

 

Ils devraient toujours avoir dans leurs objectifs politiques la sauvegarde de l’intégrité territoriale de la RDC, le bien-être, la paix et la sécurité des populations rurales de ce vaste pays, éviter et combattre le tribalisme et l’hégémonisme de certaines communautés de ce pays qui en compte des centaines.

 

Enfin à éviter et à ne jamais envisager : la balkanisation de la RDC pour récompenser ou payer certaines puissances qui les aideraient à accéder au pouvoir à Kinshasa en renversant le régime démocratiquement élu par le peuple.

 

Souhaits pour le Rwanda au cas où la république et la démocratie y seraient rétablies.

 

Les politiciens de la jeune génération devraient s’imprégner de l’Histoire de la République Rwandaise, de sa naissance après le Référendum du 25 septembre 1961 et de sa mort en 1994, pour ne plus commettre les mêmes erreurs fatales que leurs ainés. Ils ne devraient pas être obnubilés par la haine personnelle, l’ethnisme ou le régionalisme qui furent une brèche dans laquelle l’ennemi s’est engouffré pour pouvoir tuer la République Rwandaise.

 

Ne pas mettre la charrue avant les bœufs en privilégiant le partage du pouvoir sans s’assurer à qui appartient ce pouvoir ni ce qu’ils feraient de leur part du gâteau dans l’intérêt des populations et de la Nation comme leurs ainés de 1992.

 

Ne pas se laisser distraire par les frustrés rongés par la haine qui saisissent toute occasion pour s’insulter et s’accuser mutuellement d’avoir été des alliés et donc complices du FPR qui lui ont permis de restaurer la quasi-monarchie féodale au Rwanda. Dans ce cadre certains descendants des politiciens de la Première république morts en détention après 1973 ne devraient pas saisir toute occasion pour étaler leur haine envers le président Juvénal Habyarimana, sa famille et son régime en général. En effet  l’affaire des politiciens de la Première république a été close puisque les présumés coupables ont été jugés et condamnés et que le gouvernement de l’époque a reconnu sa responsabilité puisque ces coupables étaient des agents de l’Etat au moment des faits  et a versé des frais de dommages et  intérêts aux familles des victimes.

 

Ne pas perdre le temps et l’énergie à débattre sur le thème de savoir qui entre le parti MRND de Juvénal Habyarimana et les partis qui lui étaient opposés mais qui dirigeaient le gouvernement depuis avril 1992 a été complice du FPR et lui a permis de prendre le pouvoir. Car entre le MRND et  les partis opposés à lui depuis leur création ou résurrection en 1991 MDR (Parmehutu ?), PSD, PL, les faits qui indiquent lesquels parmi eux  se sont alliés avec le FPR en 1991-1994  pour lui permettre de conquérir militairement le Rwanda sont clairs, bien documentés et donc indéniables. Il ne devrait donc pas y avoir débat.

 

Avoir prioritairement une vision unitaire du même objectif immédiat.

Ils devraient se convaincre que comme dans la vie courante et la santé humaine, en politique aussi avant de consacrer des efforts aux risques prévisibles à venir, on doit soigner le mal qui ronge le corps d’abord avant de prévenir les futurs maux. Ainsi, dans la situation actuelle du Rwanda, le pays est rongé par un Mal qui depuis plus de 30 ans lui gâche la vie et le maintien agonisant. Ce Mal est pourtant bien identifiable, il s’appelle Paul Kagame. Tout projet politique pour ressusciter la République Rwandaise devrait donc avoir pour premier un antidote conte ce Mal.

 

Tels sont nos souhaits.

 

Emmanuel Neretse


 

[1]Emmanuel Neretse. Ils ont tué la République rwandaise. Histoire d’un retour à la féodalité tutsi de 1994 à nos jours. Editions Duboiris, Paris 2021.

 

 

 

 

 

 

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