Après le Congo, Kagame prépare-t-il une attaque contre le Burundi ?

L’agitation diplomatique et militaire qui entoure actuellement Paul Kagame nourrit les spéculations sur une possible offensive contre le Burundi. Alors que les sanctions internationales visant le régime rwandais commencent à produire leurs premiers effets, plusieurs observateurs s’interrogent : assiste-t-on à une fuite en avant du pouvoir de Kigali, à une démonstration de force destinée à réaffirmer l’image d’omnipotence du président rwandais, ou à une diversion préparant une nouvelle déstabilisation régionale ? Entre tensions régionales, calculs géopolitiques et logique de survie politique, tentative de décryptage d’une séquence particulièrement préoccupante pour la région des Grands Lacs.

 

Constat général

 

En se limitant aux seules deux premières semaines du mois de mai 2026, un constat s’impose : l’activisme diplomatique et les déplacements incessants de Paul Kagame atteignent une intensité inhabituelle, même pour un dirigeant réputé passer une grande partie de son temps hors du Rwanda. Cette succession de voyages, de rencontres politiques et de mises en scène diplomatiques traduit à la fois une fébrilité croissante du régime de Kigali et une volonté manifeste du président rwandais de se positionner comme  un acteur incontournable sur la scène régionale et internationale, malgré les critiques et les sanctions liées à la guerre dans l’Est de la RDC.

 

Le 1er mai 2026, Paul Kagame se rend d’abord en Espagne pour assister à un match de football avant de rejoindre Paris, où il passe la soirée à dîner avec l’ancien président français Nicolas Sarkozy. À peine rentré au Rwanda, il effectue, le 3 mai, une visite qualifiée de « travail » en Tanzanie pour une journée seulement. Trois jours plus tard, le 6 mai, il arrive à Gaborone, au Botswana, pour un séjour de deux jours.

 

Les 11 et 12 mai, le président rwandais est au Kenya pour participer au sommet France-Afrique « Africa Forward » organisé à Nairobi. Mais c’est surtout son absence remarquée à Kampala, le 12 mai, lors de l’investiture de Yoweri Museveni pour un septième mandat à l’âge de 81 ans, qui retient l’attention. Les communiqués officiels annonçaient pourtant sa présence à la cérémonie de prestation de serment de celui qui fut à la fois son mentor politique et son ancien commandant dans l’armée ougandaise. Selon plusieurs sources régionales, Paul Kagame aurait finalement renoncé au déplacement après avoir appris la participation du président congolais Félix Tshisekedi. Cette décision aurait également été influencée par le général Muhoozi Kainerugaba, fils et dauphin désigné de Museveni, qui aurait exigé que les présidents rwandais et congolais ne figurent pas ensemble sur une même photographie officielle.

 

Les 14 et 15 mai, Paul Kagame est de retour à Kigali pour accueillir le général Mamadi Doumbouya et le général Brice Clotaire Oligui Nguema à l’occasion de l’« Africa CEO Forum », une plateforme créée en 2012 et devenue au fil des années un rendez-vous annuel du patronat africain et des décideurs politiques. Au-delà de son habillage économique, ce forum apparaît surtout, pour Kigali, comme une opération de communication politique destinée à démontrer que le régime rwandais n’est pas isolé sur la scène internationale malgré les accusations liées à son implication dans la guerre en RDC.

 

Cette séquence aura également servi à Paul Kagame pour adresser un message de défiance aux États-Unis et à l’administration de Donald Trump. Le dirigeant rwandais a laissé entendre que, même si les sanctions occidentales pouvaient produire certains effets, elles ne suffiraient ni à infléchir sa politique régionale ni à mettre un terme à ce que ses actes d’agressions militaires et de prédation économique dans la région des Grands Lacs.

 

Particularités et objectifs cachés des déplacements du président  Kagame

 

  1. La visite en Tanzanie du 3 mai 2026

 

La visite de Paul Kagame en Tanzanie et ses entretiens avec la présidente Samia Suluhu Hassan – qu’il apprécierait pourtant peu en raison de sa proximité avec son ennemi juré, l’ancien président tanzanien Jakaya Kikwete, toujours influent sur la scène politique régionale – poursuivaient plusieurs objectifs.

 

D’abord, Kigali cherche à relancer ou à consolider ses relations bilatérales avec la Tanzanie, notamment dans le domaine des transports et du commerce. La Tanzanie constitue en effet l’un des principaux corridors d’approvisionnement et de transit pour le Rwanda, pays enclavé dépourvu d’accès à la mer. Cette question devient d’autant plus stratégique pour le régime rwandais que les sanctions américaines pourraient fragiliser davantage ses circuits commerciaux et logistiques.

 

Ensuite, Paul Kagame tenterait, par tous les moyens, d’impliquer la Tanzanie dans les tensions croissantes entre le Rwanda et le Burundi, afin d’amener Dar es-Salaam à se positionner clairement en faveur de Kigali.

 

Le président rwandais chercherait également à obtenir un soutien plus explicite de la Tanzanie dans le conflit qui oppose le Rwanda à la RDC.

 

Sur le plan diplomatique, cette visite aurait aussi servi à promouvoir l’image de Joseph Kabila, considéré par Kigali comme un allié stratégique, alors même qu’il fait face à des poursuites judiciaires en RDC et à des sanctions américaines. Paul Kagame aurait ainsi sollicité l’appui tanzanien en faveur de l’ancien président congolais, dont le père, Laurent-Désiré Kabila, avait trouvé refuge en Tanzanie avant de lancer, depuis ce pays, la campagne qui conduisit à la chute du régime de Mobutu Sese Seko en 1997.

 

Enfin, selon cette lecture géopolitique, la Tanzanie serait également courtisée afin de rejoindre ce que certains analystes présentent comme un projet d’« Empire Hima-Tutsi », articulé autour de l’Ouganda de Yoweri Museveni, du Rwanda de Paul Kagame et du Kenya de William Ruto. Une telle perspective serait paradoxale pour la Tanzanie elle-même, qui pourrait, selon ces thèses, voir une partie de son territoire affectée par ce projet régional.

 

  1. La visite au Botswana du 6 mai 2026

 

La visite de Paul Kagame au Botswana, le 6 mai 2026, a officiellement débouché sur un accord diplomatique important : l’exemption de visa pour les ressortissants rwandais entrant au Botswana.

 

Mais, au-delà de cet accord officiel, ce déplacement poursuivrait également des objectifs plus discrets. Selon certains observateurs, Kigali chercherait à faire du Botswana une voie alternative pour l’exportation de minerais provenant de l’Est de la RDC, particulièrement dans le contexte des sanctions internationales visant le Rwanda.

 

Cette stratégie reposerait notamment sur les filières liées à l’or et au diamant, deux ressources également exploitées et exportées par le Botswana, ce qui offrirait, selon cette analyse, une couverture idéale pour des circuits commerciaux parallèles.

 

  1. Le sommet « Africa Forward » de Nairobi

 

Pour Paul Kagame, le sommet France-Afrique baptisé « Africa Forward » (« En avant l’Afrique »), organisé à Nairobi les 11 et 12 mai 2026, constituait avant tout une occasion de pousser la France, par la voix de son président Emmanuel Macron, à afficher plus ouvertement sa position dans le conflit opposant le Rwanda à la RDC, mais aussi à critiquer les sanctions récemment imposées par les États-Unis contre Kigali.

 

Selon cette interprétation, cet objectif aurait été atteint. À l’issue du sommet, Emmanuel Macron a déclaré que des sanctions supplémentaires contre Kigali, dans le sillage des mesures américaines, offriraient « peu de chances de convaincre le Rwanda d’adopter une politique coopérative ».

 

Pour les soutiens du régime rwandais, ces déclarations ont été perçues comme un signal politique fort en faveur de Kigali dans la crise régionale opposant le Rwanda à la RDC et, indirectement, comme une prise de distance vis-à-vis de la ligne défendue par Washington.

 

Dans les cercles proches du Front patriotique rwandais (FPR), cette séquence diplomatique est présentée comme une victoire politique susceptible de freiner l’offensive diplomatique engagée par l’administration de Donald Trump contre le régime de Paul Kagame.

 

Buts ultimes, stratégies et tactiques du dictateur Kagame

 

Nous allons ici évoquer les objectifs immédiats poursuivis par Paul Kagame, sans entrer dans le détail des stratégies et mécanismes qu’il déploie pour les atteindre, tant ceux-ci sont nombreux et complexes. Nous nous limiterons plutôt à relever certains signes avant-coureurs et indices révélateurs de ses intentions.

 

Selon cette analyse, le président rwandais chercherait actuellement à créer les conditions politiques, médiatiques et militaires susceptibles de lui fournir un prétexte pour une agression contre le Burundi.

 

 a) La fabrication d’un prétexte politique

C’est dans ce contexte que les services de renseignement rwandais auraient diffusé sur les réseaux sociaux des informations affirmant que Jean-Luc Habyarimana, fils de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, aurait été reçu à Gitega, le 6 mai 2026, par le président burundais Évariste Ndayishimiye. Selon les auteurs de cette thèse, cette information serait totalement fausse.

 

Toujours selon cette lecture, Kigali tenterait, à l’image de ce qu’il fait avec la question des FDLR en RDC, de transformer les déplacements ou les contacts supposés de Jean-Luc Habyarimana au Burundi en argument politique et sécuritaire destiné à justifier d’éventuelles attaques contre ce pays.

 

 b) La mise en scène d’une menace sécuritaire

Dans la même logique, les services de Paul Kagame chercheraient à mettre en scène des attaques attribuées à des groupes rebelles hutu opérant dans la forêt de Nyungwe, à la frontière avec le Burundi.

 

Le 12 mai 2026, des informations ont déjà été diffusées concernant de prétendus cantonnements de ces groupes dans cette région forestière. Selon cette interprétation, Kigali préparerait ainsi l’opinion à une future offensive militaire contre le nord-ouest du Burundi, présentée officiellement comme une opération de poursuite contre des rebelles ayant attaqué le Rwanda.

 

 c) Le repositionnement militaire dans la plaine de la Rusizi

Toujours selon cette analyse, le retrait annoncé des forces du M23 de la plaine de la Rusizi, au Sud-Kivu, relèverait davantage d’une manœuvre tactique que d’un véritable désengagement militaire.

 

L’objectif serait double : d’une part, préparer une éventuelle opération contre le Burundi ; d’autre part, donner l’impression d’une désescalade afin de calmer l’administration de Donald Trump et d’éviter un durcissement des sanctions américaines contre Kigali.

 

Depuis le 9 mai, les combattants de l’AFC/M23 ont effectivement amorcé un mouvement présenté comme un retrait progressif de certaines positions dans le territoire d’Uvira, au Sud-Kivu. Ce mouvement s’est poursuivi jusqu’au 10 mai, avec des déplacements signalés vers Kamanyola, dans le territoire de Walungu, tout en emportant leur matériel militaire.

 

Mais, selon plusieurs témoignages locaux, les forces pro-rwandaises resteraient toujours présentes dans certaines zones stratégiques, notamment à Luvungi, où des éléments du M23 auraient empêché des habitants de circuler librement. Le 12 mai 2026, plusieurs militaires rwandais lourdement armés auraient également été aperçus dans le groupement d’Itara-Luvungi.

 

Des retraits ont aussi été signalés dans plusieurs localités de la plaine de la Rusizi, notamment à Sange, Luvungi et Bwegera. Toutefois, beaucoup y voient davantage un regroupement stratégique qu’un véritable retrait. Selon cette interprétation, les forces rwandaises chercheraient plutôt à se repositionner sur les hauteurs dominant la vallée de la Rusizi et surplombant la ville de Bujumbura.

 

Par ailleurs, dès le 12 mai, des armes lourdes auraient été installées du côté rwandais de la frontière afin de maintenir une pression militaire sur la zone de Kamanyola et ses environs.

 

 d) L’objectif politique ultime : déstabiliser le Burundi avant 2027

L’objectif ultime attribué à Paul Kagame serait, selon cette lecture, de tout mettre en œuvre pour affaiblir, voire renverser, le régime burundais actuellement en place, qualifié par ses adversaires de pouvoir « hutu », afin de le remplacer par un régime plus favorable à Kigali.

 

À défaut d’un changement de régime, l’objectif minimal serait de plonger le Burundi dans une instabilité politique et sécuritaire durable avant les élections prévues en mai 2027, ou durant leur déroulement.

Dans ce scénario, le Burundi deviendrait suffisamment déstabilisé pour empêcher la tenue normale du scrutin ou pour discréditer à l’avance les autorités qui en seraient issues. Les auteurs de cette analyse estiment ainsi que le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, ainsi que les Forces de défense nationale du Burundi (FDNB) et les Imbonerakure, sont directement visés par cette stratégie de déstabilisation.

 

Choix du moment : coïncidence ou stratégies coordonnées ?

 

Face à cette agitation tous azimuts de Paul Kagame et à ce qui apparaît comme une déclaration de guerre à peine voilée contre le Burundi voisin – pourtant accusé de n’avoir commis aucun acte hostile contre Kigali –  certains observateurs pourraient être tentés d’y voir une fuite en avant d’un dirigeant affaibli, au pouvoir depuis plus de trois décennies et craignant la fin de son règne.

 

Mais cette lecture serait, selon d’autres analyses, incomplète. Car Paul Kagame, solidement soutenu et conseillé par de puissants réseaux d’influence en Occident, notamment aux États-Unis, profiterait plutôt d’un contexte international favorable pour tenter de réaffirmer son autorité et restaurer son image de puissance régionale incontournable.

 

Ces réseaux d’influence – que certains décrivent comme une forme de « gouvernement parallèle » agissant en faveur de Kigali – demeurent actifs dans les sphères politiques, diplomatiques et médiatiques occidentales. Selon cette interprétation, ils auraient pris conscience qu’avec le retour de Donald Trump au pouvoir, il existerait un risque de remise en cause de l’architecture géopolitique mise en place dans la région des Grands Lacs au début des années 1990 sous l’administration de Bill Clinton. Cette stratégie aurait notamment consisté, selon ces analyses, à favoriser l’ascension politique et militaire de Paul Kagame et du Front patriotique rwandais (FPR) au Rwanda.

 

Dans cette perspective, l’année 2026 marquerait une phase de remobilisation des relais politiques et médiatiques proches du courant démocrate américain associé au clan Clinton, afin de réimposer Paul Kagame et le FPR comme références incontournables au Rwanda et dans la région.

 

Ce contexte expliquerait également, selon cette lecture, la remise en avant soudaine de Louise Arbour au Canada. L’ancienne magistrate, devenue récemment gouverneure générale du Canada – fonction représentant officiellement la Couronne britannique dans ce pays – est présentée par les critiques du régime rwandais comme l’une des personnalités ayant contribué, entre 1996 et 1999, à protéger Paul Kagame de poursuites devant le TPIR.

 

Cette thèse a notamment été développée par la journaliste Judi Rever dans un article publié après la nomination de Louise Arbour à cette fonction prestigieuse.

 

Selon cette interprétation, Louise Arbour pourrait désormais, grâce à son autorité morale et institutionnelle, continuer à jouer un rôle d’appui diplomatique indirect en faveur du président rwandais.

 

Autre élément considéré comme révélateur : le repositionnement de la France d’Emmanuel Macron sur le dossier rwandais. Certains analystes estiment que Paris aurait été rappelé à l’ordre par ces mêmes réseaux d’influence afin de s’opposer aux sanctions américaines visant Kigali et de maintenir son soutien politique, financier et militaire au régime rwandais.

 

Cette orientation s’est notamment manifestée lors du sommet « Africa Forward » de Nairobi, où Emmanuel Macron a exprimé ses réserves quant à l’efficacité des sanctions contre Kigali.

 

Pour les critiques de cette politique, cette position française s’inscrit dans une continuité plus large. Paris avait déjà facilité le déploiement des forces rwandaises au Mozambique pour sécuriser les installations gazières de TotalEnergies à Cabo Delgado, avant de s’opposer aux tentatives européennes visant à suspendre le soutien financier accordé à cette intervention militaire. La France demeure également l’un des États occidentaux les plus réticents à l’idée de sanctions internationales contre les Forces de défense du Rwanda (RDF).

 

Certains observateurs expliquent cette attitude par la relation personnelle entretenue entre Emmanuel Macron et Paul Kagame, davantage que par une véritable doctrine européenne concertée sur la région des Grands Lacs. D’autres soulignent toutefois qu’Emmanuel Macron ne résume pas à lui seul la politique française et que la position de Paris peut évoluer au gré des rapports de force internationaux et des réalités géopolitiques.

 

Il n’en demeure pas moins que, pour les adversaires du régime rwandais, la posture actuelle de la France dépasse le simple cadre diplomatique et s’apparente à une forme de soutien politique à Kigali. Dans ce contexte, Paul Kagame chercherait naturellement à tirer profit de cette conjoncture favorable pour consolider ses ambitions régionales.

 

Réactions et précautions souhaitables face aux manœuvres attribuées à Paul Kagame

 

Selon cette analyse, l’administration de Donald Trump devrait prendre très au sérieux l’agitation diplomatique et militaire actuelle de Paul Kagame. Il y va non seulement de la crédibilité des États-Unis en tant que médiateur dans la crise opposant le Rwanda à la RDC, mais aussi de leur statut de superpuissance, qui ne saurait, selon cette lecture, être ouvertement défiée par Kigali sans réaction proportionnée.

 

La République démocratique du Congo apparaît, quant à elle, dans une position particulièrement fragile. Les auteurs de cette analyse estiment que la classe politique congolaise demeure davantage absorbée par des querelles internes et des rivalités politiciennes que par les enjeux existentiels auxquels le pays est confronté. Selon eux, une partie des responsables politiques accorderait aujourd’hui plus d’importance à l’éventualité d’une modification constitutionnelle qu’à l’occupation militaire et à l’exploitation d’une partie de l’Est du pays par les forces rwandaises et leurs alliés de l’AFC/M23.

 

Toujours selon cette lecture, jamais autant d’énergie n’aurait été déployée contre une hypothétique révision de la Constitution que contre la prise de Goma, l’occupation de territoires congolais ou les risques de fragmentation de l’État congolais.

 

Dans ce contexte, la RDC ne pourrait compter, selon cette analyse, que sur les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et sur les patriotes volontaires engagés dans la défense du territoire national. Les autorités congolaises seraient ainsi appelées à leur fournir tous les moyens nécessaires afin d’assurer la survie de la nation.

 

Le Burundi, présenté ici comme la prochaine cible du président rwandais, devrait également, selon les auteurs de cette thèse, se préparer à une défense totale et sans ambiguïté. Le délai serait d’autant plus court que l’objectif supposé de Kigali serait de déstabiliser le Burundi avant les élections prévues en mai 2027.

 

Par ailleurs, les réfugiés hutu ainsi que l’opposition politique au régime rwandais sont appelés, dans cette analyse, à prendre conscience du fait que  Paul Kagame de 1994 – qu’ils considéraient parfois comme politiquement affaibli ou idéologiquement dépassé – bénéficierait aujourd’hui d’un nouveau soutien de la part de certains réseaux occidentaux influents.

 

Selon cette interprétation, ces soutiens extérieurs permettraient au président rwandais de revenir avec une force politique et sécuritaire accrue, non seulement contre ses adversaires hutu, mais également contre les personnalités tutsi susceptibles, à terme, d’incarner une alternative à son pouvoir.

 

Dans cette perspective, les opposants politiques au régime de Kigali, notamment ceux issus de la communauté tutsi, seraient appelés à dépasser leurs divisions et à construire des alliances avec les réfugiés hutu afin de faire face à ce qu’ils considèrent comme une menace existentielle commune.

 

Conclusion

 

Selon cette lecture géopolitique, la période allant de mai 2026 à mai 2027 constituerait la fenêtre stratégique que Paul Kagame se serait fixée pour tenter, à la fois, de consolider le fait accompli dans l’Est de la RDC et de déstabiliser le Burundi.

 

À l’échelle de l’histoire des nations, douze mois peuvent paraître une durée relativement courte. Mais pour les populations directement ou indirectement exposées aux conséquences d’un tel projet, ce délai représente une éternité.

 

Les populations de l’Est de la RDC, les réfugiés hutu, les opposants politiques au régime rwandais ainsi que le peuple burundais sont ainsi présentés comme les principales cibles potentielles de cette stratégie régionale. Selon les auteurs de cette analyse, ces différents groupes devraient dès lors faire front commun afin d’assurer leur sécurité et leur survie.

 

Cette situation interpellerait également leurs représentants politiques, militaires ou communautaires, appelés à agir de manière concertée et coordonnée pour faire face à ce qu’ils considèrent comme une menace commune, dans un contexte où Paul Kagame bénéficierait à nouveau, selon eux, de soutiens influents en Occident, notamment aux États-Unis, en France et au Canada.

 

Emmanuel Neretse

 

 

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