Par « excès de zèle » l’ambassadeur Olivier Nduhungirehe se rend coupable de « minimisation du génocide tutsi »

La période de commémoration du génocide rwandais offre l’occasion aux représentants du régime dictatorial de Paul Kagame à l’étranger d’exploiter honteusement ce drame dont il est le déclencheur pour en faire sa source de légitimité du pouvoir conquis par les armes.

 

En Belgique, pays européen qui héberge le plus grand nombre de Rwandais de toutes origines ethniques, le représentant du régime de Kigali, le tonitruant ambassadeur Olivier Nduhungirehe qualifié dans les milieux informés de « Hutu de service Budome mwene Nduhungirehe » n’a pas raté l’occasion. Dans un discours prononcé à Liège le 15 avril 2017 devant notamment Monsieur Raphaël MIKLATZKI, Conseiller communal à la Ville de Liège et représentant le Député-Bourgmestre Willy DEMEYER, il a notamment remercié infiniment le collège communal pour la solidarité que la Ville de Liège ne cesse de manifester aux rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi. Il a continué en ânonnant la leçon apprise quand il faut parler de ce génocide. Il l’a dit en ces termes :

 

« La commémoration est importante pour perpétuer la mémoire et éduquer les générations futures. Mais la commémoration doit se baser sur la vérité historique et judiciaire. En effet, au Rwanda, on commémore un  »génocide perpétré contre les Tutsi »», tel que vécu par les victimes et les rescapés, et tel qu’établi par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR). On ne commémore donc ni un  »génocide rwandais », ni un  »génocide au Rwanda ». Si l’on veut exprimer une compassion sincère, on doit toujours nommer les victimes. Et pour cause, la commémoration est celle des victimes qui nous ont quittés et non celle du crime qui les a emportées ».

 

En effet au Rwanda de Paul Kagamé, parler de « génocide » sans l’accompagner de l’ethnie « tutsi » revient à nier ou minimiser ce génocide, ce qui constitue un des crimes les plus graves dans ce pays. De même évoquer à cette occasion les autres victimes rwandaises qui ne sont pas tutsi et même celles tuées en compagnie des Tutsi ou en leur venant en aide, constitue un crime de « négation du génocide » lourdement puni par le régime.
Mais saisi par on ne sait quel démon et surement tiraillé par ses contradictions, le « hutu de service » faisant office d’ambassadeur du FPR en Belgique a dérapé et s’est permis la tirade ci-après :

 

« Le 11 avril 1994, plus de 2.000 laissés-pour-compte ont été massacrés à Nyanza-Kicukiro, une localité de la ville de Kigali. Ils s’étaient réfugiés dans une école technique protégée par des casques bleus belges. Sous l’ordre du colonel Luc Marchal, alors commandant du contingent belge de la Mission des Nations Unies pour le Rwanda (MINUAR), les casques bleus ont quitté l’école, évacuant belges et européens, mais abandonnant les Tutsi […] qui avaient cru y trouver refuge. Ils furent massacrés sans pitié par des militaires et des gendarmes, juste après le départ des casques bleus des Nations Unies. Je rends ici hommage aux victimes de ce massacre révoltant, y compris Boniface Ngulinzira, ancien Ministre des Affaires étrangères et artisan des Accords de Paix d’Arusha ».

 

On notera d’abord que citer le nom du Colonel Luc Marchal en cette circonstance répond plus à un impératif de « punir » ce brave officier intègre pour son positionnement ultérieur dans le camp de ceux qui militent pour la vérité dans le drame rwandais, que pour son action militaire au sein de la MINUAR en 1993-1994 où il était sous les ordres du général canadien Roméo Dallaire, actuellement considéré lui, comme un « héros » par le même régime du FPR.

 

Le « Hutu de service » Nduhungirehe n’hésite pas à mentir comme quoi l’ordre d’évacuer l’ETO venait du Colonel Marchal, alors que ledit ordre d’abandonner l’ETO venait du général Dallaire en tant que Commandant en Chef de la Force. Les autres officiers en dessous de lui ne faisant que le répercuter. En tant que diplomate en exercice, sa nullité en matière militaire ne serait être prise en considération comme circonstance atténuante. Mais plus grave, l’imprudent jeune ambassadeur a mis dans la catégorie des victimes du «génocide tutsi », Boniface Ngulinzira, un ancien ministre des Affaires étrangères assassiné en avril 1994. Or, Boniface Ngulinzira était un hutu originaire de Butaro- Ruhengeri (Nord) et qui fut longtemps Conseiller à la présidence sous Habyarimana avant de rejoindre le parti d’opposition MDR en 1991 et de devenir ministre en 1992.

 

Jusqu’aujourd’hui, le régime du FPR n’a même pas octroyé à feu Boniface Ngulinzira le statut de « politicien hutu tué en 1994 » accordé à certains et pour qui on a construit un mausolée au mont Rebero. Et voilà que l’inconscient Olivier Nduhungirehe ose l’élever au rang de « victime du génocide tutsi » !

 

Paradoxalement, l’ambassadeur Olivier Nduhungirehe n’ose pas traiter de la même façon le cas de son petit frère Janvier assassiné au même endroit et presque à la même période que Ngulinzira Boniface. Pire, il en arrive à remercier les auteurs de cet assassinat qui entre-temps sont devenus ses maîtres, et à leur demander pardon pour son défunt petit-frère qu’il considère comme « un interahamwe », donc qui méritait la mort.

 

Mais la bourde commise par Olivier Nduhungirehe à Liège ce 15 avril 2017 est autrement monumentale. Croyant faire d’une pierre deux coups : fédérer les « Hutu de service » du régime actuel du FPR avec des anciens complices de la rébellion tutsi du FPR et en même temps apparaître aux yeux de ses maîtres comme le plus zélé des Hutu de service dans la traque des opposants, il a raté son coup. Et ce faisant, il vient de se tirer une balle dans le pied en déclarant officiellement « qu’un hutu (Boniface Ngulinzira) a été victime de génocide au Rwanda ». C’est Jean Damascène Bizimana ou Jean Pierre Dusingizemungu qui apprécieront !

 

« A trop vouloir frapper ses ‘‘ennemis’’ on finit par donner des coups à ses amis et même à soi-même ».

 

Emmanuel Neretse

 

 

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