Belgique-Rwanda. Le procès d’Assises de deux rwandais continue à Bruxelles. Compte-rendu de la 4è semaine

Après une semaine de vacances de la Toussaint, le procès devant la Cour d’Assises de Bruxelles dans lequel deux Hutu rwandais sont jugés pour génocide, a repris lundi le 06/11/2023. Comme au tout début de ce procès, l’un des accusés, Pierre Basabose ne s’est pas présenté à la barre car cloué sur un lit d’hôpital des suites des ennuis de santé. Il était comme toujours représenté par son avocat Me Jean Flamme. Mais au dernier jour soit, jeudi le 09/11, on l’a quand-même amené à la barre.

 

Els De Temmerman plutôt que Charles Onana

 

A l’ouverture de la séance, la Cour a imposé le visionnage d’un film intitulé “The Dead Are Alive” et présenté comme un documentaire réalisé par la journaliste belge Els De Temmerman sur le terrain au Rwanda au moment des faits soit d’avril à juillet 1994.

 

Seulement après la projection, tous les spectateurs se demandaient s’il s’agissait bien d’un documentaire ou plutôt d’une fiction.

 

C’est Me Jean Flamme qui clarifia la situation et sans qu’il ne pourrait être contredit ni pas la Cour ni par l’accusation qui avait déposé le film parmi les pièces à conviction.

 

Me Jean Flamme démontra en effet que le film de Els De Temmerman est une œuvre de pure fiction car celle-ci n’avait jamais mis les pieds au Rwanda ni à l’Est de la RDC au moment des faits rapportés. Tout au plus, elle a séjourné un moment dans un hôtel de Nairobi au Kenya d’où elle recevait les seules informations vantant les Tutsi du  FPR et diabolisant les Hutu.

 

C’est alors que Me Flamme a révélé que cette même Cour avait refusé que le Dr Charles Onana, un politologue et journaliste d’investigation mondialement connu vienne témoigner alors qu’il a publié plusieurs ouvrages sur le “génocide rwandais”, l’Opération Turquoise, le massacre des réfugiés Hutu en RDC, l’holocauste des milliers de Congolais[1]. Charles Onana est en effet une des voix qui font autorité dans le monde quand il faut parler des drames dans la région des Grands Lacs d’Afrique.

 

Et Me Jean Flamme de s’indigner que la Cour ait rejeté le témoignage du Dr Charles Onana en lui préférant celui contenu dans un film de fiction de la journaliste Els De Temmerman et présenté à tort comme un reportage de terrain.

 

Témoins à charge avec de preuves fantaisistes et des témoins bizarres venus du Rwanda

 

– Nous avons noté que jusqu’aujourd’hui, tous les témoins à charge qui ont défilé devant la Cour pour charger les deux accusés, ont presque tous déclaré ne pas connaître l’accusé Pierre Basabose et encore moins avoir été témoins de ses prétendus crimes commis en 1994.

 

Face à cette impasse, il semble que la partie accusatrice ait trouvé une astuce pour quand-même charger l’inconnu Pierre Basabose car sinon, son acquittement serait acquis.

 

Rappelons que Pierre Basabose, en arrivant en Belgique comme demandeur d’asile politique démuni de tout, pour améliorer son quotidien et valoriser son talent dans les affaires, avait ouvert une boutique sise Boulevard Léopold II à Molenbeek Saint Jean, Bruxelles. La boutique vendait des objets et des denrées provenant d’Afrique et quelquefois de la région des Grands-Lacs. Elle était donc fréquentée en majorité par les Africains.

 

Au cours des audiences de cette semaine, pour la première fois, deux témoins ont affirmé avoir des preuves comme quoi Pierre Basabose était complice de Séraphin Twahirwa dans le génocide même s’il n’était pas présent sur les lieux des crimes. Ces témoins providentiels du Procureur sont en fait, deux femmes rwandaises vivant en Belgique et faisant partie des militants et agents du parti-état le FPR (la milice Intore) éparpillés en Europe et se regroupant sous une appellation neutre de “Diaspora rwandaise ”.

 

Comme preuve présentée comme irréfutable et accablante contre l’accusé Pierre Basabose, elles ont asséné que : “Séraphin Twahirwa fréquentait la boutique de Pierre Basabose de Molenbeek à Bruxelles, donc ils étaient complices pendant le génocide”!

 

Ainsi donc désormais : “Avoir fréquenté la boutique de Pierre Basabose à Bruxelles  est une preuve de complicité avec Séraphin Twahirwa ou autre accusé de génocide.

 

Selon cette “Fatwa” prononcée par les Ayatollah du FPR en Belgique et présentés comme témoins, les ressortissants du Rwanda habitant en Belgique  seraient beaucoup à être inculpés de génocide car presque tous les originaires du Rwanda qui résident en Belgique, Hutu, Tutsi et même Twa (plus de 40.000) ont fréquenté la boutique de Pierre Basabose.

 

– Parmi les témoins venus du Rwanda cités par la partie accusatrice (Parquet et parties civiles), et spontanément admis par la Cour, le public a été ébahi de constater que parmi ces témoins à charge présentés comme “des témoins-cle” il y avait parmi eux…. une déclaration écrite d’un mort et qui charge l’un des accusés!  La signataire de la déclaration étant signalé comme mort il y a plus de cinq ans, la Cour ne s’est pas demandée si cet écrit envoyé du Rwanda était authentique et encore moins sur quelle base il devrait être pris en compte  pour accuser les prévenus. Comment le défense pourrait-elle contre-interroger ce témoin? Et tout ceci au grand dam de la Défense des accusés qui n’ avait qu’à protester mais comme d’habitude en vain.

 

Myopie juridique et sociale empêchant de distinguer la propagande du FPR des faits avérés

 

C’est toujours pendant les audiences de cette semaine que le Professeur de Droit Filip Reyntjens a donné un cours magistral à la Cour et à l’auditoire tellement il était étonné et même scandalisé par la façon dont la myopie juridique et sociale avait atteint les opinions occidentales et belges en particulier. Ceci suite à la projection d’un film de fiction présenté sans vergogne comme un documentaire des faits qui auraient eu réellement lieu.

Le professeur F. Reyntjens termina en recommandant en ce qui concerne les événements du Rwanda de 1990 à 1994 de veiller chaque fois à distinguer la propagande du FPR de la réalité des faits. Et il en a donné plusieurs exemples illustratifs.

 

Intervention de Me André Martin Karongozi

 

Après le cours magistral du Professeur Reyntjens , un avocat nomme André Martin Karongozi est sorti de ses gonds.

 

Pour comprendre qui est Me Karongozi, il faut rappeler que dans ce type de procès dans lesquels des Hutu sont jugés, que ce soit à Bruxelles ou à Paris, la partie accusatrice prend soin d’intégrer dans son équipe un personnage inclassable et passe-partout dont le rôle est de semer la confusion chez les juges surtout parmi les jurés qui ne connaissent pas forcément le Rwanda et son histoire.

 

Ce personnage doit être avant tout un Tutsi mais aussi un avocat inscrit au barreau local. De la sorte, au cours d’un procès, il se présente tantôt comme témoin car rescapé du génocide, tantôt comme partie civile car ayant perdu les membres de sa famille, et surtout comme avocat de toutes les parties civiles, ce qui lui permet de se présenter à la barre dans sa toge noire d’avocat durant tout le procès et d’intervenir à tout bout de champ.

 

Dans le présent procès, le rôle de ce personnage est admirablement joué par André Martin Karongozi.

 

Donc, après l’intervention du Professeur Reyntjens, Me Karongozi s’est levé et s’est révélé sous toutes ses casquettes (Tutsi rescapé du génocide, témoin à charge contre les prévenus et avocats des parties civiles), pour exiger que la Cour rejette le témoignage du professeur Reyntjens. Pour appuyer ses exigences Me Karongozi n’a pas eu à chercher loin car il n’a fait que lire la fiche signalétique officielle dressée sur Filip Reyntjens par le régime du FPR et qui doit toujours être exhibée chaque fois qu’il faut discréditer ou faire taire cet éminent juriste belge.

 

Me André Martin Karongozi a donc répété que Filip Reyntjens ne devrait pas être écouté et encore moins entendu, car il aurait été un des rédacteurs de la Constitution de la République Rwandaise de 1978 sous le président Juvénal Habyarimana. Mais Karongozi omet de dire et fait tout pour renier au Professeur F. Reyntjens comme Professeur de Droit à l’Université Nationale du Rwanda comme d’autres experts constitutionnalistes locaux ou internationaux requis seulement pour relire le projet de Constitution qui devait être soumis au Référendum populaire fin 1978 afin de voir si le texte était cohérent et répondait aux critères du Droit, d’accepter la requête ou pas. Ce qui se fait partout dans le monde.

 

Deuxième axe d’attaque, Me Karongozi a prétendu que le professeur Reyntjens aurait été pro-Habyarimana et  anti-FPR durant sa guerre de conquête de 1990-1994. Mais comme toujours le Tutsi Me Karongozi omet de dire que le même Prof Reyntjens fut l’artisan du rapprochement des partis internes opposés à Habyarimana avec la rébellion Tutsi du FPR venu d’Ouganda. Qu’il fut à la base de la signature du pacte de Bruxelles de juin 1992 dans lequel ces partis MDR. PSD, PL et PDC (bien qu’au gouvernement depuis avril 1992) et le FPR déclaraient mener le même combat contre le même ennemi à savoir Juvénal Habyarimana et son parti MRND. Et pour ceux qui demanderait à Me Karongozi de parler de cet engagement du Professeur Reyntjens pour la cause du FPR, il répondrait qu’en 1990, il n’était pas encore né, donc qu’il ne peut pas en témoigner. Mais en même temps il affirmerait qu’il pouvait témoigner des moindres faits et gestes posés par le professeur Filip Reyntjens en 1978. On est en plein dans le surréalisme!

 

Plainte contre le Professeur Filip Reyntjens pour “négation du génocide des Tutsi”?

 

Et pour donner un coup de grâce au Professeur Reyntjens, Me Karongozi a asséné que  « Filip Reyntjens était un “négationniste” car dans ses publications et déclarations, il nierait le génocide des tutsi ». Or le négationnisme est un crime puni par la loi en Belgique. Ceci veut donc dire que Me Karongozi révélait que désormais Filip Reyntjens est poursuivi par la justice belge pour négationnisme suite à la plainte déposée par qui et quand….?

 

Espérons que la justice belge suivra son cours et qu’un jour le public saura qui a déposé plainte contre le citoyen belge F. Reyntjens et qu’un procès aura lieu au cours duquel Me Karongozi viendra prouver que l’accusé serait négationniste.

 

Enfin, Pierre Basabose à la barre!

 

C’est le jeudi le 09 novembre 2023 que l’accusé Pierre Basabose a comparu devant la Cour. Visiblement affaibli et s’appuyant sur une canne pour se déplacer, il a pu décliner son identité selon laquelle il a dit qu’il était âgé de 75 ans actuellement et qu’il fut commerçant.

 

S’en est alors suivi le défilé des témoins à charge venus de Kigali qui ont dit tout et n’importe quoi mais qui tous ont avoué ne pas avoir connu Pierre Basabose sauf dans les ouï-dires comme quoi il aurait finance les Interahamwe qui ont sévi au quartier Gikondo de Kigali depuis avril 1994.

 

La Cour a alors annoncé que les audiences reprendront lundi le 13/11/203 car elle prendrait un repos le vendredi le 10 novembre.

 

Procès à suivre donc.

 

Emmanuel Neretse


[1]Quelques œuvres de Charles Onana sur la région des Grands Lacs:

– Ces tueurs tutsi au cœur de la tragédie congolaise. Ed. Duboiris, Paris , 2009

– Rwanda. La vérité sur l’Opération Turquoise. Ed. L’Artilleur, Paris, 2019

Enquêtes sur un attentat. Ed. L’Artilleur. Paris, 2021

– Holocauate au Congo. Ed. L’Artilleur. Paris,  2023

 

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