RD-Congo : Bruno Tshibala, nommé premier ministre, ne fait pas l’unanimité

Après le belgo-congolais Samy Badibanga, voici un nouvel opposant (à quoi?) premier ministre: Bruno Tshibala ! Il a même fait la prison dernièrement, accusé d’être co-responsable des violences dans le pays le 19 septembre 2016 pour signifier à Kabila que le 19 décembre 2016 était « la fin » de son régime. Quelques mois plus tard, donc, il se retrouve aux côtés de Kabila commme chef du gouvernement de « glissement national ». En face de lui, Tshisekedi junior et ses (jusque là) fidèles alliés, notamment du G7, ne jurent que par « le peuple » qu’ils incitent à l’insurrection, non pas parce que Kabila serait hors-mandat ou que le calendrier des élections ne serait toujours pas connu, encore moins parce que le Kasaï subit des massacres ou que le taux du dollar dégringole, mais parce que, tenez-vous bien, ils sont convaincus que Tshibela leur a damé le pion. Ils auraient aimé être les occupants de la primature et les patrons de l’immeuble intelligent, peu importe si le portrait de Kabila trône au-dessus de leur tête.
Entre 2015 et aujourd’hui, des centaines de Congolais sont morts dans des manifestations pour exiger le départ de Kabila, à l’appel des « opposants » d’alors: Kamerhe, Tshisekedi, Badibanga, Tshibala, Katumbi… Certaines familles n’ont toujours pas fait le deuil car les corps des leurs sont introuvables (ou plutôt entassés dans des fosses communes à Maluku). Plusieurs autres se trouvent toujours dans les prisons à Kinshasa, Lubumbashi, Goma, et ailleurs.
Katumbi, qui fait le tour du monde en jet privé, continue de lancer des appels à la « résistance populaire » et au « courage », alors qu’il lui manque celui de retourner au pays et mener le combat avec les 80 millions de Congolais qui font face à l’insécurité, à la faim, à la répression… Tshisekedi le fils, lui, aurait pris un avion dimanche soir pour l’Europe (à confirmer), juste après avoir appelé aux manifestations d’hier lundi. Kamerhe, un des leaders de la contestation en janvier 2015 contre le recensement général de la population qui allait retarder l’alternance voulue le 19 décembre 2016, est en tournée à l’Est et ses partisans mènent une guerre de communication sur Internet sur la quantité des foules qui l’auraient accueilli à Goma, Bukavu, Walungu… Il appelle à l’enrôlement, et refuse de se prononcer contre ou pour Tshibala (mais des membres de son UNC siègent au gouvernement sortant de Badibanga).
Pour leur part, Nations-Unies, Union Européenne et plusieurs pays occidentaux disent « prendre acte » de la nomination de Tshibala qui, selon eux, s’écarte de la lettre et de l’esprit de l’accord de la Saint Sylvestre. Dans leurs déclarations, c’est à peine s’ils mentionnent les nécessaires élections, les violences grandissantes dans le pays, la situation économique et sociale chaotique… A croire que leur problème à eux aussi c’est la tête du premier ministre.
Bon ! Ca commence à devenir trop long, et je ne sais pas mettre de la cohérence dans les mots qui fourmillent dans ma pauvre tête. Je finirai là où j’aurais dû commencer, par des questions auxquelles je n’arrive pas à trouver de réponses: Qu’est-ce que tous ces politiciens doivent se dire le soir, après la douche, quand ils se regardent dans un miroir et pensent à tout ce qu’ils ont fait ou dit durant les 5 dernières années ? De quoi parlent-ils en famille avec leurs enfants, lorsqu’ils regardent la télé et entendent les souffrances des Congolais aux quatre coins du pays ? Comment font-ils pour vivre avec autant de contradictions, d’incohérences, de volte-face et d’inconstances sur la conscience ? Et Kabila, comment se voit-il dans cinq ans ou dix ans ? Lui arrive-t-il de repenser ne serait-ce qu’au parcours de Mobutu et de songer à sa propre fin ?
Jean Mobert N’senga
Fcb, 11/04/2014

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