La fin du mythe Paul Kagame en Afrique noire ?

Sommes-nous en train d’assister à la fin du mythe Paul Kagame en Afrique subsaharienne francophone ?

 

« Il aura fallu du temps, beaucoup de temps pour que triomphe enfin la vérité. Il aura fallu du temps pour que l’une de plus grandes impostures du 21 siècle soit dévoilée à la face du monde ». C’est par ces mots qu’Alain Foka, journaliste à Radio-France Internationale et France24, commence sa chronique consacrée au rôle du Rwanda de Paul Kagame dans la déstabilisation de la République démocratique du Congo (RDC) par le groupe terroriste rwandais M23 interposé.

 

La charge est frontale. Alain Foka n’hésite pas à mettre sur la table de la vérité étouffée le rôle hautement déstabilisateur joué par le Rwanda en RDC au cours des 20 dernières années. Il n’hésite pas non plus à remettre en question la rhétorique sécuritaire (la sécurité du Rwanda et des Tutsis vivant en RDC) constamment brandie par Paul Kagame pour justifier sa politique du pire au pays de Lumumba.

 

Ce que dit Alain Foka dans sa chronique n’est pas une nouveauté pour tous ceux qui s’intéressent aux évènements qui ensanglantent la région des Grands Lacs depuis plus de deux décennies maintenant. En l’écoutant, je me suis simplement dit une chose : nous venons de loin. De très loin même. Par « Nous », je pense à Charles Onana et à moi-même, mais aussi à feu Pierre Péan, le Mzee (sage en swahili). Nous, qui avons eu l’outrecuidance — selon le régime rwandais et ses thuriféraires—, pour ne pas dire le malheur, de nous opposer frontalement à la version orthodoxe du génocide rwandais imposée au monde entier par un cartel médiatique et intellectuel occidental acquis à la cause du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagame au début des années 1990.

 

Comme pour tout événement historique marquant, la recherche de la vérité demeure une entreprise difficile. Dans le cas des drames congolais et [surtout] rwandais, elle l’est davantage parce qu’il y a un malaise psychologique à accepter, pour des faits aussi gravissimes, une lecture historique qui s’écarte de celle qu’on entend depuis près d’un quart de siècle. Celles et ceux qui s’aventurent par exemple à questionner la version convenue du génocide rwandais ont non seulement tort par défaut, mais ils se voient également offrir un aller simple vers le goulag virtuel des « négationnistes » et des « révisionnistes », voire des « complotistes ».

 

Que n’avons-nous pas entendu à notre sujet ?

Confrontés à des Africains (surtout ceux d’Afrique de l’Ouest) à l’esprit totalement pollué par la propagande du régime rwandais relayée dans la presse mainstream occidentale, nous devions également composer, en tant qu’auteurs africains, avec la mépris et la condescendance de certains universitaires et journalistes occidentaux persuadés de comprendre l’Afrique et ses réalités mieux que les Africains eux-mêmes.

 

Nous avons accepté cela. Les coups, les moqueries, la censure voire les menaces ont longtemps été nos meilleurs « alliés ». N’ayant aucun conflit d’intérêts dans le dossier du Rwanda (à la différence de certains universitaires, journalistes et militants des droits de l’homme occidentaux) et persuadés d’être du côté de la vérité, nous avons tenu bon, nous contentant de laisser le temps au temps. Et ce dernier semble dire son mot aujourd’hui.

 

En effet, les masques sont tombés; Paul Kagame et son régime ont du mal à maintenir cette histoire mensongère écrite à l’ombre de la victoire militaire du FPR. Face aux crimes de masse commis en RD Congo et à la souffrance gratuite infligée au peuple congolais, les soutiens de la première heure se posent des questions, quand de nombreux Africains, bercés à la mamelle de la propagande rwando-occidentale, découvrent avec effroi le vrai visage de celui-là même qu’une certaine presse et une certaine intelligentsia occidentale ont longtemps présenté comme le « dirigeant modèle » sur tout le continent africain. Fait à la fois surprenant et encourageant : nombreux sont les Africains qui se documentent sur la crise des Grands Lacs en recourant à nos travaux. La tendance semble irréversible, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le temps où des universitaires et des prétendus spécialistes occidentaux s’arrogeaient le monopole de la vérité sur les problématiques africaines semble désormais révolu.

 

Comme le préconisait le professeur Cheik Anta Diop en son temps, les idéologues qui se couvrent du manteau de la science doivent se rendre compte que « l’ère de la supercherie, de l’escroquerie intellectuelle est définitivement révolue, qu’une page est tournée dans l’histoire des rapports intellectuels entre les peuples et qu’ils sont condamnés à une discussion scientifique sérieuse, non escamotée, dès le départ. » Le dossier du Rwanda et de la RD Congo en fait partie.

 

 Bref. Les Africains retiendront de Paul Kagame ce qu’il est vraiment — en l’occurrence un criminel contre l’humanité — et non ce qu’une certaine presse et certains universitaires ont voulu faire croire au reste du monde…

 

Patrick Mbeko

Source : Facebook

 

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