Rwanda : 2018 une année-test pour Paul Kagame dans plusieurs domaines

 

Introduction

 

Un an après le tripatouillage de la Constitution pour « légaliser » son maintien à la tête du Rwanda jusqu’en 2034, et au-delà s’il le désire, Paul Kagame révèle petit à petit ses ambitions et ses préoccupations pour la période qui s’est ouverte avec ce nième Coup d’Etat au Rwanda opéré par cet ancien soldat de l’armée régulière de l’Ouganda. Voyons de quoi il est préoccupé en cette 24° année de son règne.

 

De prime abord, sa préoccupation majeure est paradoxalement la succession de Joseph Kabila en RDC. Il doit veiller à ce que sa préférence soit conforme au choix des puissances qui le soutiennent. Il doit aussi s’assurer que le contrat signé avec les multinationales pour qu’il pille la RDC pour leur compte soit maintenu et exécuté. Pour cela, il doit jouer avec l’infantilisation de la classe politique congolaise afin que tout prétendant au pouvoir en RDC sache que Kigali constitue pour lui un passage obligé. C’est dans ce cadre que le milliardaire Moïse Katumbi, le Joker des Occidentaux pour la succession de Joseph Kabila à la tête de la RDC, a été obligé d’aller quérir la bénédiction de Paul Kagame à Kigali avant de présenter sa candidature. Mais Paul Kagame doit aussi et surtout d’assurer des garanties pour maintenir des Tutsi de la RDC aux postes sensibles des instances de sécurité congolaises (armée, police, services des renseignements, douanes, …).

 

Paul Kagame a, depuis janvier 2018, obtenu la présidence en exercice de l’Union Africaine. Ce n’est pas une simple formalité protocolaire car lui, il y compte beaucoup pour percer dans plusieurs domaines et faire avancer plusieurs dossiers comme il l’entend.

 

Retombées escomptées de la présidence de l’UA par Paul Kagame :

 

– Dissocier le sort des combattants des FDLR cantonnés en RDC à celui des M23 recueillis au Rwanda depuis 2013 ;
– Enterrer le dossier de l’opposante Victoire Ingabire qui a eu gain de cause devant la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples sise à Arusha (Tanzanie);
– Faire pression à la France pour qu’un non-lieu soit enfin prononcé dans l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994 ayant coûté la vie à deux présidents hutu Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi, attentat attribué à Paul Kagame lui-même et qui est considéré comme « élément déclencheur » du génocide des Tutsi au Rwanda;
– User de cette position pour faire appuyer, par les Etats africains, les candidatures de ses proches aux postes importants dans les organisations internationales (ONU et ses agences, OIF, Commonwealth, OMC, OIT, ) ;
– Neutralisation de Kayumba-Nyamwasa et d’autres opposants exilés en Afrique du Sud ;
– Rentabilisation de Kigali Conference Center qui a été budgétivore et est inutile et non concurrentiel par rapport à ceux des pays voisins (Nairobi, Arusha, et même Kampala).

 

Actions possibles de l’opposition démocratique muselée et marginalisée

 

L’opposition au régime dictatorial et sanguinaire de Paul Kagame devrait s’impliquer pour contrer cette machination du dictateur de façon systématique selon les dossiers :

– Démontrer et réaffirmer que les revendications politiques des FDLR cantonnés en RDC, sont aussi légitimes sinon plus, que celles des ex-M23 recueillis par Kagame au Rwanda. La réponse à donner à chaque de ces mouvements politico-militaires devrait être identique des deux côtés (RDC et Rwanda) ;

 

– Attirer l’attention des autres états de l’Union Africaine que la présidence en exercice de Kagame ne saurait être l’occasion de dénigrer et de ridiculiser les institutions de cette organisation comme la Cour Africaine des droits de l’Homme et des Peuples sise à Arusha en Tanzanie. Les décisions de la Cour doivent être exécutoires quelque soit le pays qu’elles touchent.

– Alerter les Etats de l’UA et la France que la présidence en exercice de cette organisation ne donne pas le droit d’associer d’autres Etats africains aux dossiers judiciaires que les responsables d’un quelconque Etat auraient suite à leurs actes criminels et terroristes comme l’attentat du 6 avril 1994, qui n’engagent pas le continent.

– Attirer l’attention des Etats africains que la présidence de l’UA ne devrait pas servir de couverture aux des dictateurs qui souhaiteraient placer leurs proches réputés comme criminels dans les organisations internationales avec l’aval des pays africains sous prétexte que le président en exercice de l’UA le demande.

 

– Faire comprendre au gouvernement de l’Afrique du Sud particulièrement au nouveau président Cyril Ramaphosa qu’il ne devrait pas céder aux sirènes de Paul Kagamé qui veut user et abuser de la tribune de la présidence de l’Union Africaine et surtout des rivalités au sein de l’ANC (soi-disant les pro-Jacob Zuma vs les pro-Ramaphoza) pour permettre à ce même Paul Kagame de pousser l’Afrique du Sud à violer ses engagements en matière de protection des réfugiés. Plus grave en permettant son humiliation et la violation de sa souveraineté en permettant impunément aux agents de Kagame de venir tuer sur place ou enlever des réfugies qui avaient trouvé asile en Afrique du Sud comme Kayumba-Nyamwasa et les autres moins célèbres.

– Démontrer chiffres à l’appui, que « l’éléphant blanc » qu’est le Kigali Center Conférence construit par Kagame à coup de millions de dollars, n’était pas d’abord nécessaire et que maintenant il n’est pas rentable. Il est budgétivore car ayant pour seul but de faire la publicité de Kagame et sa clique au pouvoir. Les efforts fournis et les fonds versés pour décrocher un accord à ce qu’une conférence internationale vienne s’y tenir sont de loin supérieurs aux retombées économiques et financières de celle-ci après sa clôture.

 

Le dictateur ne pourrait pas réussir sur tous les plans et dans tous les dossiers en magouillant et en mentant si des voix, si faibles soient-elles, s’élèvent pour le dénoncer. Le chantier est large, à chacun de trouver où il pourrait être rentable et d’agir.

 

Emmanuel Neretse
Bruxelles, le 16/05/2018

 

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