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Il se développe un islam radical  dans la région de Béni (RD Congo), n’en déplaise à la Monusco et à certains spécialistes des Grands Lacs

Nicaise Kibel’bel Oka/photo rsf

Fin décembre 2016, Nicaise Kibel’bel Oka, journaliste d’investigation congolais, a publié un livre au titre bien évocateur : « L’avènement du Jihad en RD Congo. Un terrorisme islamiste ADF mal connu« . Le contenu du livre ne laisse pas indifférent certains spécialistes de la région des Grands Lacs, dont Thierry Vircoulon. Ci-après la réaction de l’auteur sur l’interview de ce dernier, passée sur RFI le 11 février 2017.

« Mon cher Thierry Vircoulon,

Je viens de vous suivre sur RFI ce matin de samedi 11 février 2017 comme invité sur le dossier du terrorisme à Beni (RD Congo). J’ai été

Thierry Vircoulon/photo rfi

déçu. Permettez-moi amicalement que je dise un mot sur votre interview.

  1. Il n’y a aucun sentiment islamophobe en RD Congo et surtout pas à l’est du pays. Ce n’est pas parce que les Pakistanais construisent des mosquées au Sud-Kivu que la population congolaise développerait un sentiment islamophobe. La construction de nombreuses mosquées par des étrangers dont le contingent indien de la Monusco devrait vous interpeller, vous qui avez fait une étude remarquable sur les 17 ans de la présence de la Monusco au Congo. D’où leur vient le financement ? En islam, l’aumône en dur, le « Zakat » est recommandée pour aller au paradis. Ce qui justifie le financement de la construction des mosquées et des ADF en provenance de la Grande Bretagne, de la Turquie et de l’Arabie saoudite.
  2. La milice Maï-Maï « Corps du Christ » n’a pas été montée pour combattre les ADF au nom du Christ comme vous l’avez déclaré, autrement elle n’allait pas s’attaquer à la Monusco à Butembo et la Police nationale tuant un casque bleu et égorgeant deux policiers congolais. C’est trop simpliste cette façon de voir le Congo. Ne tombez pas dans des affirmations gratuites pour justifier un sentiment islamophobe quelconque au Congo. Il n’existe pas à ce moment.
  3. La Communauté islamique du Congo (COMICO) est infiltrée et est impuissante face à la montée de l’islamisme radical notamment avec la construction des « mosquées centres d’accueil » servant au recrutement pour la formation au jihad. Des imans reconnus et appartenant à la COMICO le déclarent et le regrettent. Ils sont impuissants et ne peuvent rien. Par peur d’être tués et au nom d’une certaine fraternité de l’Oumma.
  4. Selon vous (et vous adoptez la posture des Nations-Unies), il n’y a pas de terrorisme dans la région de Beni car les ADF ne revendiquent pas leurs actes sur les réseaux internet. Mais c’est grave. Qu’est-ce qui est important selon vous, les massacres ou les revendications ? Nous sommes dans un pays, la RD Congo, où on fait état de près de 6 millions de morts depuis les années 1990.

    femmes islamistes/photo Nicaise Kibel’bel Oka

    Et cela n’émeut personne. Les ADF ont massacré plus de 800 civils à Beni et les Fardc ont perdu près de mille militaires dans une opération militaire qui dure déjà 3 ans. Vous dites qu’il n’y a rien parce que les ADF ne revendiquent pas leurs actes barbares ?

  5. Comment nommez-vous les massacres des « nègres » à Beni ? Horreur ? Barbarie ? Est-on dans une soirée dansante ? Ces tueries dans cette manière atroce ne sont-elles pas un message que les terroristes transmettent à la communauté internationale ? Voulez-vous qu’ils le fassent par écrit ? Vous ne l’admettrez que le jour où ils vont kidnapper un Occidental comme au Mali ou au Niger ?
  6. Vous restez jusqu’à ce jour à soutenir que les ADF, ce sont des Ougandais dans une guerre de près de 20 ans et qu’ils sont « congolisés ». Menez vos enquêtes avec objectivité et vous découvrirez que les ADF ne sont pas des Ougandais mais se recrutent parmi les Tanzaniens, les Burundais, les Kenyans, les Soudanais, les Rwandais, les Somaliens, les Ougandais et les Congolais. Tous liés par l’enseignement rigoriste du Coran et du jihad. Le terme ADF qu’on utilise abusivement en lieu et place de « Muslim Defence International » n’a aucune territorialité pour qu’on reste figé à le coller à l’Ouganda. Leur silence a été une stratégie de mieux s’installer et d’installer leur « base » loin des regards et profitant de la faiblesse (faillite) de l’Etat congolais.
  7. Vous ne prenez pas en compte l’importance du rôle qu’a joué le Soudan dans la radicalisation de l’islam dans cette région du Congo. Alors que c’est dans la corne de l’Afrique que l’influence jihadiste s’est le plus rapidement manifestée grâce à l’appui fourni, comme le signale et le reconnaît Gérard Chialand[1], par Hassan Al Tourabi, au début des années 1990, à une dizaine d’organisations radicales d’Erythrée, d’Ouganda et de Somalie.
  8. Al Qa’ida[2] s’est construit au Soudan et en Afghanistan. Ben Laden et Zawahiri y ont séjourné de 1992 à 1996 avant qu’ils ne soient déclarés « persona non grata » sur demande des Américains après l’attentat manqué contre Hosni Moubarak, alors président de l’Egypte[3].
  9. Hussein Mohammad Jamil Mukulu a séjourné dans ce pays au même moment qu’Oussama Ben Laden et Zawahiri. Il y a reçu des

    enfants soldats islamistes/photo Nicaise Kibel’bel Oka

    enseignements de ces trois grands du jihad, Ben Laden, Zawahiri et Hassan al Tourabi. Si les disciples de Ben Laden sont dangereux et désignés comme des « terroristes » ailleurs, pourquoi ne pas le faire en RD Congo ? Lorsqu’on a été formé par le sommet de l’intégrisme et qu’on les a côtoyés, naturellement on applique les préceptes des maîtres. N’en doutez plus.

  10. En RD Congo, bénéficiant d’une nature luxuriante et impénétrable, les forêts du Mont Ruwenzori – Parc national des Virunga, Hussein Mohammad Jamil Mukulu y a installé sa « base » qu’on appelle « Madina », Q.G. des islamistes ADF récupéré depuis par les militaires Fardc. Il faut interroger les rescapés et visualiser les images dudit camp lors de l’assaut des Fardc pour comprendre le châtiment cruel exercé sur ceux qui y habitaient (allant des coups de fouet, crucifixion, lapidation, mort par pendaison et surtout ce cahot en forme d’armoire à clou). Je suis disposé à vous les envoyer si vous en manifestez le désir à la seule condition que vous les publiiez.
  11. Lorsque vous citez Al Qa’ida donnant l’exemple du Mali ou d’ailleurs jugeant impossible qu’il soit aussi sur le sol congolais, vous feignez d’oublier que le terme al Qa’ida est une métonymie qui désigne simplement un Rassemblement d’islamistes radicaux s’entraînant dans un même lieu au jihad. Donc c’est aussi la métaphore de cette base dispersée à la surface du globe (à l’exemple de Madina dans le Ruwenzori-Beni/ RD Congo), maintenue par des liens, un microcosme de l’Oumma où se retrouvent des « frères en islam.»
  12. Les ADF, meux la Muslim Defence International, tirent leur origine de la secte Tabliq d’origine pakistanaise installée en Tanzanie dans les années 1940. Vous comprenez au moins pourquoi les Pakistanais de la Monusco construisent des mosquées au Sud-Kivu. Vous comprenez aussi pourquoi Hussein Mohammad Jamil Mukulu a été arrêté à la frontière avec la Tanzanie. Cette secte possède une capacité impressionnante d’endoctrinement des adeptes[4]. Ses prêches ciblent les populations marginalisées des quartiers défavorisés pour ramener ces populations dans le « droit chemin » et les enfermer ensuite dans un véritable carcan mental « abêtissant » selon l’expression du rappeur Abdel Malek qui fut adepte de cette secte et qui l’a quittée. Pourquoi vous ne prenez pas la mesure du danger quand il s’agit des populations de la RD Congo ? Hussein Mohammad Jamil Mukulu serait-il un simple touriste dans les forêts de Beni ?
  13. Dites-nous cher Thierry, selon vous, comment les ADF se ravitaillent-ils en armes et munitions ? Voici la réponse. En 2004, les combattants ADF partent en formation en Somalie et participent aux côtés des Shebaab à des positions d’attaque des troupes éthiopiennes à la frontière Somalie/Ethiopie. En 2005, naît un réseau clandestin de trafic d’armes entre Baïdowa (Somalie) et Beni (RD Congo) suivant l’itinéraire Baïdowa (Somalie) – Garissa (Kenya) – Busia – Kasese – Mpondwe (Ouganda) – Kasindi – Beni (RD Congo. Ils coopèrent en même temps avec les rebelles Janjawid à la frontière du Darfour au Soudan/
  14. Le procès contre les ADF se déroule présentement à Beni. Lors de l’audience publique du vendredi 10 février 2017, l’imam Amuli Banza Souleymane (qui a perdu l’œil droit au combat contre les Fardc) raconte avec fierté comment il a dû abandonner sa chaire à la mosquée de Katindo à Goma pour rejoindre avec toute sa famille la base de Madina en forêt. Il le dit : « c’est une vie meilleure que j’ai vécu à Madina par rapport à ma vie antérieure à Goma.» Lorsqu’il est reçu au QG de Madina, on lui dit ceci : « nous sommes des musulmans. De là d’où tu viens, tu n’étais pas un vrai musulman. Tu apprends le coran aux gens alors que tu ne sais pas l’appliquer toi-même. Que dit le coran quand quelqu’un vole un bien d’autrui ? On lui coupe la main. As-tu déjà coupé combien de mains de voleurs ? Or, le coran le recommande. Ici, nous le pratiquons et tu le vivras.»[5]
  15. Bref, il y a bel et bien du terrorisme islamiste des ADF en RD Congo. Certes, il est mal connu des Occidentaux. Par mauvaise foi surtout. C’est pourquoi, au nom de nos relations en tant qu’experts, je vous avais recommandé avec Marc-André Lagrange, de lire mon récent ouvrage publié aux Editions Scribe/Bruxelles au titre révélateur « L’avènement du jihad en RD Congo. Un terrorisme islamiste ADF mal connu ». J’avais même envoyé à Marc-André Lagrange avec qui vous travaillez sur la RD Congo la page de couverture et je comprends pourquoi vous avez déclaré sur RFI « … des vidéos de quelques femmes en tenues

    photo Nicaise Kibel’bel Oka

    musulmane… ». Je suis prêt à vous l’envoyer si vous ne l’avez pas et à partager avec vous nos investigations.

  16. Vous ne m’en voudrez pas à travers cette note qui rétablit certaines vérités que vous connaissez mais que vous ne voulez pas dire à haute voix. Ne faites pas comme notre ami Jasons Stean du GEC (Groupe d’Etudes sur le Congo) qui s’est laissé manipuler dans son rapport sur les massacres de Beni où le personnel de la Monusco qui, pour des raisons qui leur sont propres, refusent de reconnaître le phénomène islamiste. Ce qui leur permet de rester dans la durée même alors que leur inefficacité et leur incompétence sont avérées par tous y compris les groupes armés. Vous l’avez si bien souligné dans votre étude sur les 17 ans de la Monusco.

Je reste donc à votre disposition pour tout débat constructif au sujet du terrorisme islamiste des ADF dans la région de Beni en particulier et dont le réseau s’étend dans toute la région depuis la Somalie, le Soudan en passant par la Tanzanie et l’Ouganda jusqu’en RD Congo ».

Nicaise Kibel’Bel Oka
Directeur du journal Les Coulisses
Journaliste d’investigations et directeur du Centre d’Etudes et de Recherches Géopolitiques de l’Est du Congo (C.E.R.G.E.C)

Téléphone mobile : +243 998 190 250


[1] Sous la direction de Gérard Chialand et Arnaud Blin, a été publié  en 2016 un ouvrage remarquable sur l’Histoire du terrorisme de l’Antiquité à Daech.

[2] Selon Ben Laden répondant aux questions du journaliste Taysir Aluni de la chaîne Al Jazeera en octobre 2001, Al Qa’ida est une création de feu Abou Ubaida al-Banshari (un activiste Egyptien qui finit noyé dans le lac Victoria en 1996 alors qu’il organisait des cellules du réseau en Afrique orientale. On avait l’habitude d’appeler les camps d’entraînement pour les moujahidines contre le terrorisme de la Russie montés par lui « la base » Al Qa’ida. Et le nom est resté.

[3] Gilles Kepel donne des précisions intéressantes à la page 100 de son ouvrage « Fitna. Guerre au cœur de l’islam », ED. Gallimard : « Pour restituer la logique des activistes qui ont perpétré les attentats de New York et de Washington, il est nécessaire de retracer la double filiation qui y a abouti et qu’incarnent par excellence  les deux principaux responsables emblématiques du réseau Al’ Qa’ida : Ayman al Zawahiri l’Egyptien et Oussama Ben Laden le Saoudien. Ils fomentent la prolifération planétaire du terrorisme durant l’expérience du jihad en Afghanistan pendant la décennie 1990, commencent à l’expérimenter lors des années d’exil et de pérégrinations au Soudan, au Yémen et en Europe de 1992 à 1996. »

[4] Voici comment la décrit Gilles Kepel dans l’ouvrage déjà cité à la page 306 : « En Europe, dans les années 1980,  les fonctions de socialisation et d’encadrement ultra-rigoriste au nom de l’islam étaient exercées principalement par le Tabigh, un mouvement de retour à une foi rigoriste, né dans l’Inde des années 1920. Le Tabligh –dont le nom signifie « propagation (de la foi islamique) » – prône une orthopraxie très contraignante (s’habiller à la manière du prophète, dormir comme il dormait, couché à même le sol sur le flanc droit, etc), qui ressemble à celle des salafistes. Tous deux expriment une volonté de rupture au quotidien avec la société « impie » ambiante.

[5] Cheikh Amuli Banza Souleymane (35 ans) qui a reçu une formation au jihad à Mombasa (Kenya) est poursuivi pour participation à un mouvement insurrectionnel et détention illégale d’armes de guerre (RP 151/2017). Instructeur et prédicateur, il apprenait les tactiques de combat aux combattants ADF. Il a été capturé lors des affrontements contre les Forces armées de la RD Congo (Fardc) près de la rivière Bangu non loin de leur  Q.G. de Madina (Medina).

ONU : Ne tirez pas sur des innocents!

Cet article a miraculeusement disparu du site, signe qu’il y a des gens qui veulent nous faire taire. Nous le reproduisons en intégralité.

réfugiésLes principaux partis politiques d’opposition au régime rwandais (FDU-Inkingi, RNC-Ihuriro Nyarwanda, Amahoro People’s Congress, PDR-Ihumure, PS-Imberakuri, PDP-Imanzi) sont unanimes pour dénoncer l’option belliqueuse de l’ONU comme réponse à un problème politique.

Dans une lettre datée du 12 janvier 2015 mais rendue publique le 22 janvier, les principaux partis politiques d’opposition  ont attiré l’attention de la Communauté Internationale sur la dangerosité et l’injustice des opérations militaires que le Conseil de Sécurité de l’ONU ordonne ordre à ses troupes de mener sur les réfugiés rwandais à l’Est de la RDC en général et sur le  groupe FDLR en particulier.

     Contexte

Depuis le 02 janvier 2015, le monde retient son souffle car d’un moment à l’autre, les troupes des Nations Unies peuvent déclencher une vaste offensive à l’Est de la RDC censée éradiquer les combattants d’origine rwandaise regroupé   dans un mouvement politico-militaire – FDLR- créé en 2000 et depuis lors basé dans cette zone.

Pour les moins intéressés par les problèmes de la Régions des Grands Lacs, cela n’a rien de spécial que l’ONU ordonne à ses troupes de démanteler un groupe armé si pour ramener la paix dans la zone où elles sont déployées, il faut passer par là. Mais pour les observateurs avisés, le cas est plus que spécial et risque même de devenir tristement historique car inédit dans les annales des Nations Unies. En effet, il est quand même extraordinaire et même rare, que le Conseil de Sécurité de l’ONU, censée assurer la paix et la sécurité dans le monde, refuse la main tendue pacifiquement par un groupe armé qui se bat contre un régime dictatorial, qui dépose volontairement les armes et qui demande uniquement que ses revendications politiques soient entendues,  mais que l’ONU plutôt s’obstine à exiger une action armée contre ces combattants de la liberté,  tout ça pour faire plaisir à un des Etats membres de la même ONU dont le régime installé par la force en 1994 est notoirement connu pour ses actions contre la paix dans la région et ses violations des Droits de l’Homme à l’intérieur.

Dans le cas d’espèce, le groupe armé FDLR s’est résolu à déposer les armes avant de négocier les conditions de leur retour au Rwanda en toute dignité et sécurité. Ce groupe, dont les experts estiment que ses effectifs avoisinent 1.200 à 1.500 combattants avait, depuis juillet 2014 jusqu’au 02 janvier 2015, pour déposer les armes et mettre ses combattants et leurs dépendants aux mains de la RDC et de l’ONU pour être cantonnés en attendant la suite des événements.

Pendant cette période, et en trois vagues, plus de 300 combattants ainsi que leurs dépendants (femmes et enfants) ont pu être acheminés à travers la jungle et parcourant des centaines de kilomètres à pied jusqu’aux zones de regroupement au Sud et au Nord Kivu qui leur avaient été indiquées.

Au premier janvier 2015, un premier contingent avait déjà été délocalisé à Kisangani dans un camp de l’ONU comme s’était prévu. Dès le 02 janvier 2015, avant même qu’il n’ait reçu le rapport d’évaluation de comment s’étaient déroulées les opérations de désarmement volontaire des FDLR et éventuellement analyser pourquoi tous les combattants n’avaient pas été regroupés avant la date fatidique du 02 janvier 2015, le Conseil de Sécurité déclara la guerre à l’Est de la RDC au motif que son ultimatum du 02 janvier 2015 n’avait pas été respecté.

Depuis lors, les appels à la guerre, les menaces, les intimidations sont devenues le leitmotiv des instances de l’ONU à New York comme en RDC et dont les déclarations semblent être rédigées directement au Village Urugwiro, siège de la Présidence du Rwanda !

Principe foulé aux pieds avec un prétexte douteux

En optant pour la guerre aux réfugiés rwandais en RDC dans un cas où l’option pacifique était pourtant envisageable, l’ONU foule ainsi aux pieds son idéal comme contenu dans le Chapitre I de la Charte. Du coup, en usant abusivement du Chapitre VII de la même Charte, le Conseil de Sécurité perd de sa crédibilité tout cela pour faire plaisir à un de ses Etats membres qu’est le Rwanda. Le Conseil de Sécurité justifie l’usage de la force contre les FDLR notamment en soulignant que ce groupe constitue une menace pour la paix internationale et dans la région mais surtout pour le Rwanda. Or, le Rwanda lui-même déclare à qui veut l’entendre que les FDLR ne constituent en aucun cas une menace pour sa sécurité. Le ministre de la défense du Rwanda, qui est l’ancien Chef d’Etat Major de l’Armée Congolaise, le général James Kabarebe, a lui-même récemment déclaré que les combattants de FDLR ne peuvent même pas rester sur le sol rwandais plus d’une heure s’ils osaient l’envahir militairement.

Pour avoir commandé l’offensive qui a chassé le maréchal Mobutu du pouvoir, pour avoir été Chef d’Etat Major de la RDC pendant deux ans, et par la suite pour avoir en tant que Chef d’Etat Major de l’Armée Rwandaise puis comme Ministre de la Défense ordonné et supervisé les opérations « Kimia I et Kimia II, Umoja Wetu » censées éradiquer les FDLR à l’Est de la RDC, l’analyse du général Kabarebe devrait être prise au sérieux.
Quant à la paix et la sécurité régionale, tous les observateurs ainsi que la société civile dans la région sont unanimes pour dire que les réfugiés hutu en  RDC sont mieux intégrés et acceptés par les populations autochtones que d’autres et que les zones occupées par les FDLR sont les plus sûres du Nord et du Sud Kivu.

Tuer une mouche avec un marteau

Selon les dernières estimations de l’ONU elle-même, les combattants des FDLR seraient réduits entre 1.200 et 1.500 hommes mal encadrés, mal armés et en mauvaise santé… Désormais à ce chiffre, il faudra retrancher le nombre de 350 combattants déjà mis aux mains de la MONUSCO et cantonnés à Kisangani pour certains en attendant leur sort. C’est donc en définitive moins de 1.000 malheureux hères dispersés sur un territoire cinq fois plus grand que le Rwanda qui constituent l’objectif de la fameuse Brigade d’Intervention l’ONU intégrée dans la MONUSCO en appui à la vaillante armée de la RDC, les FARDC, dont les effectifs dépassent les 100 mille hommes ! Pour rappel, cette Brigade de 3.000 hommes est composée d’unités spécialisées comprenant des chars de combat, des hélicoptères d’attaque, de l’artillerie lourde et des éléments de reconnaissance dont les fameuses et désormais célèbres drones. L’on se demande comment les commandants militaires, techniciens sur le terrain vont faire pour ne pas paraître (ou  souffrir d’être) ridicules en déployant une telle armada dans le vide contre un « ennemi » qui n’en est pas un, mais malgré tout désigné et imposé par Kigali.

Dégâts collatéraux humainement énormes mais politiquement « insignifiants » pour l’ONU

D’après le dernier décompte du Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés HCR, quelques 250.000 (deux cents cinquante mille) réfugiés rwandais se trouvent encore en RCD principalement dans le Nord et Sud le Kivu. C’est justement dans ces provinces que sont localisés les combattants des FDLR, en fait parmi ces réfugiés, et donc où vont être dirigées les attaques militaires de l’ONU. Si l’on en croit les porte- paroles de la MONUSCO surtout un certain  Général Abdallah Wafy, les dégâts collatéraux, entendez la mort ou la disparition des réfugiés lors de ces opérations sont insignifiants pourvu qu l’on parvienne à éliminer le petit millier de combattants hutu mal armés même si pour cela il faudrait déplorer la perte de plus de 200.000 civils innocents. rwandais et congolais confondus.

Mettre le M23 dans la balance 

L’autre argument que les va-t-en guerre de New York avancent pour transformer l’Organisation censée assurer la paix en un bloc militaire prêt à mener des opérations dans la région des Grand Lacs est que les combattants hutu des FDLR devraient subir le sort desTutsi du M23.

Rappelons que le M23 est cette nième rébellion tutsi née sur les cendres du CNDP de Laurent Nkunda aujourd’hui replié au Rwanda et qui, après s’être emparé de presque toute la province du Nord Kivu et surtout de son chef-lieu Goma, fut chassé et définitivement défait par la Brigade d’Intervention de la MONUSCO en décembre 2013.

La défaite militaire du M23 était conditionnée à une approche politique qui incluait la pris en compte par le gouvernement de la RDC des revendications du M23. Effectivement après sa défaite, le M23 a passé plusieurs semaines en négociations avec la RDC à Kampala et jusqu’à maintenant les accords conclus sont en train d’être mis en application. Contrairement au M23, les FDLR qui pourtant ont d’elles mêmes opté pour l’abandon de l’option militaire et qui ne demandaient que la prise en compte de leurs revendications politiques légitimes, se voient refuser toute référence à un quelconque droit politique au Rwanda. Que donc l’ONU,  à travers le patron de la MONUSCO Monsieur Kobler, cesse de berner le monde en disant que cela se passera comme pour le M23 ou alors qu’il pousse la logique jusqu’à dire aussi que les revendications politiques des FDLR seront prises en compte après leur neutralisation militaire; ce que Kigali lui ferait payer cher !

Coup de théâtre de dernière minute: les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ont annoncé avoir lancé seules, sans les troupes de l’ONU, la très attendue et médiatique offensive pour écraser les FDLR.

Dans une déclaration faite à Beni au Nord Kivu ce 29 janvier 2015, le Chef d’Etat Major général des FARDC le général Didier Etumba a surpris tous les
observateurs en déclarant que
son armée venait de lancer l’offensive baptisée du nom de code de « Sokola 2 » selon ses propres plans tandis que la MONUSCO serait appelé à les appuyer s’il en était besoin.

Il est encore trop tôt pour connaître les tenants et les aboutissants dans cette saga macabre dans laquelle les puissances se disputent le palmarès de qui versera le plus de sang des réfugiés hutu en RDC. Quant au bilan de « Sokola 2 », il ne serait être moins lourd que ceux de Kimia I et II et autre « Umoja Wetu » auxquels était associée l’armée de Paul Kagame, cette fois-ci remplacée par la MONUSCO, aux côtés des mêmes FARDC. Bilan : des milliers de morts, des civils pour la plupart, mais les FDLR (moins de 1500 combattants) toujours déclarés intacts !

Aussi cynique et insensé que cela puisse paraître, il semble que la fameuse Communauté Internationale soit convaincue que l’élimination physique des réfugiés hutu en RDC constitue un solution, et se soit fixée un objectif chiffré en nombres de victimes hutu en RDC pour considérer que le problème politique qu’ils posent soit complément résolu. Quelle naïveté !

Les problèmes politiques du Rwanda ne seront jamais résolus par l’élimination physique des opposants désignés par le régime dictatorial installé à Kigali depuis 1994.

Emmanuel Neretse
31/01/2015

Vers une invasion « ouverte et autorisée » de la RDC par les armées du Rwanda et de l’Ouganda ?

Logo des FDRL

Logo des FDRL

Dans le cadre d’un plan de démanteler les FDRL et conséquemment massacrer les réfugiés hutu à l’Est de la RDC, des manœuvres sont en cours pour remplacer la MONUSCO par l’EASF, une force armée sous la coupe de Kagame et Museveni.

Au cours, d’une conférence de presse tenue le 21 février 2015 à Kigali en marge de la visite du ministre allemand des Affaires étrangères, la ministre rwandaise des Affaires étrangères a fait une déclaration qui ne devrait pas passer inaperçue. En effet, Louise Mushikiwabo a affirmé que la MONUSCO qui coûte des millions de dollars par an, reste inefficace notamment en étant incapable de démanteler la rébellion hutu des FDLR. Pour elle, il serait temps de remplacer la MONUSCO par une autre force qui serait plus efficace dans l’éradication des FDLR. On notera d’abord que cette déclaration a été faite à l’occasion de la toute première visite d’un ministre des Affaires étrangères allemand au Rwanda. Quand on sait que l’Allemagne est très impliquée (on ne sait pour quel intérêt) dans la chasse et la neutralisation des réfugiés hutu où qu’ils soient, on ne peut que prendre cette avertissement au sérieux. L’on sait en effet que l’Allemagne a arrêté et garde en prison depuis des années les leaders politiques des FDLR pour soi-disant les crimes qu’ils auraient commis en RDC alors que certains n’y ont jamais mis les pieds. Leur seul crime aux yeux des autorités allemandes est de se  déclarer ouvertement opposants au régime dictatorial installé au Rwanda en 1994. L’on se rappellera ensuite que c’est un diplomate allemand, Martin Kobler, qui est le patron de la MONUSCO en RDC et que celui-ci ne jure que par l’anéantissement des réfugiés hutu vivant à l’Est de la RDC qu’il assimile tous aux FDLR, un mouvement politico-militaire étiqueté de « terroriste » par Kigali.

L. Mushikiwabo/radio okapi

L. Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda/photo Okapi

Il semble donc que Kigali, en tandem avec Kampala, confiant dans le feu vert des superpuissances pour envahir ouvertement la RDC, soit en train de préparer l’opinion et de baliser le chemin médiatique et diplomatique en attendant le jour « J » .

Antécédents.

Ce ne serait pas la première fois que ces bras armés des Superpuissances dans la région depuis plus de 25 ans sous un prétexte apparemment légitime et banal soient mis à contribution pour asseoir les objectifs stratégiques de leurs maîtres. Ainsi : en 1996, sous prétexte de démanteler les camps de l’Est du Zaïre dont ils disaient être contrôlés par des « génocidaires », l’Armée Patriotique Rwandaise a servi d’exécutant pour chasser le maréchal Mobutu au pouvoir comme en avaient décidé ces superpuissances. De même de 1998 à environ 2003, les armées rwandaises et ougandaises, sous prétexte de défendre les minorités ethniques apparentées à leurs populations, ont occupé et exploité l’Est de la RDC par le truchement des rébellions créées et soutenues par ces pays : RCD, RCD-Goma, CNCD, M23…

Prétextes en or

Paul Kagame et Yoweri Museveni

Pour le prochain coup, le prétexte est tout trouvé et est bien médiatisé que ce soit pour le Rwanda ou pour l’Ouganda. Le Rwanda de Paul Kagame est parvenu à faire admettre aux décideurs du monde qu’un mouvement dénommé « FDLR » est une organisation terroriste et qu’il serait à la base de l’insécurité à l’Est de la RDC et dans toute la région. La force de conviction du régime rwandais est d’autant plus incompréhensible que même les personnes physiques ou morales qui côtoient ces FDLR tous les jours savent que ces malheureux combattants ne font que protéger les réfugiés hutu estimés par le HCR et la RDC à près de 250.000 âmes, qu’ils ne réclament rien d’autre que de rentrer dans leur pays en toute dignité et jouir de leurs droits politiques, et qu’ils vivent en bons termes avec les populations congolaises…Non, même ces ONG, ces Groupes d’Experts de l’ONU, ces officiers de la MONUSCO, qui tous savent que les FDLR aujourd’hui estimés à moins de 1500 hommes, mal équipés,  ne constitueraient en aucun cas une menace pour un quelconque pays et encore moins pour la région, n’osent pas démentir Kigali de peur de s’attirer les foudres de ses puissants protecteurs.

C’est ainsi que l’organisation  FDLR continue à être agitée comme un épouvantail mais sans que personne ne se pose de questions sur sa nature, son objectif, sa vrai force et ses capacités.

Une nouvelle donne qui a brouillé les cartes

Kagame, Kaguta, Kabila

En 2012, une nouvelle rébellion tutsi est créée par Kigali sur les cendres de l’ancienne dite CNCD dont le leader, le tutsi rwando-congolais Laurent Nkunda, avait trouvé refuge au Rwanda quelques mois auparavant. Ils lui donneront le nom de M23 et en quelques semaines, il s’emparera de la grande partie de la province du Nord Kivu. La curieuse rébellion parviendra même à s’emparer de la capitale de cette province, la ville de Goma à la barbe des milliers de soldats surarmés de la MONUSCO. De Goma, les rebelles tutsi menaceront même de marcher sur Kinshasa sur les traces de leurs prédécesseurs de 1997. C’est alors qu’un tournant diplomatique se produisit. La RDC parvint pour une fois à obtenir de l’ONU que ses forces l’aident à rétablir sa souveraineté sur l’étendue de la province du Nord Kivu. Il s’en suivit la création en 2013 de la Brigade d’Intervention intégrée dans la MONUSCO et forte de 3000 hommes. Cette Brigade, composée d’unités provenant de la Tanzanie, de l’Afrique du Sud et du Malawi, n’auront pas de peine à affronter la rébellion fantoche du M23 et après quelques mois soit en décembre 2013 à la défaire et à voir ses chefs et les combattants se replier en Ouganda et au Rwanda. Comme le mandat de la Brigade d’Intervention était et est toujours- de démanteler tous les groupes armées opérant à l’Est de la RDC, le Rwanda, profitant du siège non permanent au Conseil d Sécurité qu’il occupait depuis 2012, parvint à imposer que la prochaine priorité de la Brigade d’Intervention devait être l’anéantissement des FDLR. Or, c’était sans compter sur la réalité du terrain et les intérêts géo-stratégiques des acteurs locaux. En effet, il n’est pas nécessaire d’être Breveté d’Etat Major pour se rendre compte qu’il est inutile de lancer une attaque classique avec une préparation à l’artillerie lourde, une attaque au sol avec des véhicules blindés, un appui aérien avec des hélicoptères armés… contre un ennemi qui n’occupe aucun objectif-terrain bien précis et identifiable, qui vit au milieu de la population civile que l’attaquant est censé protéger, qui refuse le contact par le feu…Autant d’éléments d’appréciation que les officiers de la MONUSCO en général et de la Brigade d’Intervention en particulier, ont analysé avant de se lancer tête baissée dans une « opération contre les FDLR » qui n’en serait pas une. Autres éléments, en s’impliquant dans le dossier de l’Est de la RDC, la Tanzanie et l’Afrique du Sud, en tant que puissances régionales incontestables ont davantage appris et peut-être elles découvrent petit à petit que les vérités professées par le FPR de Paul Kagame depuis 1990 ne sont plus immuables. De même, ces deux puissances veulent aussi leur part du gâteau dans l’exploitation de l’Est de la RDC qui est en cours depuis 1997 et leur mot à dire sur le dépeçage de la RDC si jamais il advenait. C’est donc cette nouvelle donne qui brouille les cartes du FPR de Paul Kagame (en réalité de ses commanditaires) qui est à la base de l’énervement de Kigali.

Changer le fusil d’épaule

Paul Kagame et Tony Blair

Dès l’annonce des pays qui allaient fournir les troupes devant composer la Brigade d’Intervention de la MONUSCO, les conseillers de Paul Kagamé ont vu rouge et l’ont averti du risque de voir perdre le monopole de faire la pluie et le beau temps à l’Est de la RDC. Des démarches diplomatiques ont alors été menées en catimini pour mettre sur pied une force pouvant suppléer celle de l’ONU dans la région si c’était nécessaire. C’est ainsi que Kagame et Museveni ont mis sur pied une force dénommée : East African Stand-by Force (EASF) constituée de soldats rwandais et ougandais auxquels on a joint quelques soldats kenyans et burundais pour faire illusion du caractère est-africain de la force. Depuis lors, les médias pro-Kagame ne cessent de vanter l’efficacité de cette force qui pourtant n’a pas encore été déployée nulle part. Cette publicité mensongère et intentionnée vient de franchir une nouvelle étape car le régime du FPR de Paul Kagam (ou plutôt ses parrains) sont parvenus à convaincre les instances de l’Union Africaine (dont on connaît le sérieux !) qu’elles seraient très bien inspirées en confiant le mandat de la MONUSCO à l’Est de la RDC à la fameuse Force de Kagame et Museveni dénommée : EASF.

Que peut- la RDC ?

Encore une fois, la RDC va être prise à la gorge à un moment crucial de son histoire. En effet, avec la fin de mandat de Joseph Kabila, le pays est à la croisée des chemins. Les prédateurs savent qu’une telle période de transition pendant laquelle les politiciens se positionnent à qui mieux mieux,  n’est pas propice pour penser aux intérêts supérieurs de la nation. La RDC n’est pas membre de la Communauté Economique de l’Afrique de l’Est dont la fameuse force créée et qui est sensée y assurer la sécurité. Mais ses membres influents que sont le Rwanda de Paul Kagame et l’Ouganda de Yoweri Museveni clament que leur sécurité est menacée par les éléments se trouvant en RDC et donc qu’ils ont un droit légitime d’aller les démanteler. Le pire est qu’ils sont soutenus (ou même encouragés) dans cette voie par les superpuissances qui régentent le monde. Maintenant le Rwanda dénonce officiellement l’inefficacité de la MONUSCO et son incapacité à anéantir les Hutu au Kivu. Il ne tardera pas à demander le remplacement de la Brigade d’Intervention par une Brigade de sa EASF. L’Ouganda va lui emboîter le pas en évoquant la mystérieuse rébellion de ADF-Nalu. Les deux compères ont presque déjà l’aval de l’Union Africaine. La RDC, en pleine période de transition démocratique, ce qui ne peut avoir lieu chez ses agresseurs (Kagame 20 ans de pouvoir, Museveni 29 ans au pouvoir, et sans limitation de mandats… ), saura-t-elle s’opposer à cette nième humiliation ? That is the question.

Emmanuel Neretse
23/02/2015

Le problème rwandais ne se limite pas qu’aux seules FDRL

Joseph Bukeye/FDU-Inkingi, s'adressant aux manifestants

Joseph Bukeye/FDU-Inkingi, s’adressant aux manifestants

L’analyse erronée du problème rwandais par la communauté internationale consiste à le limiter aux seules FDRL (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda). C’est par ces mots que Joseph Bukeye, du parti FDU-Inkingi, a conclu son discours après avoir conduit une délégation qui a été reçue par les autorités de l’Union Européenne (UE) en charge du Rwanda et de la région des Grands-Lacs.

En effet, le 11/02/2015, au cours d’une manifestation devant les locaux de l’Union Européenne au Rond Point Schuman à Bruxelles (Belgique), les délégués des organisations politiques et de la société civile ont présenté  un mémorandum à la Directrice du Desk Rwanda de l’UE accompagnée de son collègue en charge de la région des Grands Lacs.

L’objet de la manifestation et du mémorandum était de solliciter l’intervention des autorités de l’UE afin de sauver la vie de plus de 245.000 réfugiés rwandais de l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Ceux-ci risquent d’être décimés par l’opération militaire de démantèlement des FDRL par la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo (MON USCO), assistée par sa Brigade d’intervention de la Force (FIB), selon l’agenda, à partir du 2 janvier 2015. On rappelle que les FDLR sont constituées, selon les estimations de la MONUSCO, d’environs 1.000 à 1.500 combattants entremêlés avec la population civile congolaise et plus de 245.000 réfugiés rwandais non armés.

Par le passé, lors des guerres dites « Kimia I, Kimia II et Umoja Wetu » menées contre les FDLR, un nombre incommensurable de victimes rwandaises non encore identifiées ni répertoriées ont péri. Quand les quelques rescapés de ces hécatombes racontent les horreurs vécues, l’on ne s’empêche pas de constater avec les experts internationaux qu’il s’agit bel et bien de « crimes contre l’humanité ».

Il est tout à fait légitime que les organisations ayant initié la manifestation soient profondément préoccupées par la sécurité de ces populations civiles congolaises et celle des réfugiés rwandais non armés surtout qu’à ce jour, la MONUSCO ne donne aucune indication claire sur la façon dont elle envisage leur protection.

Pour dire vrai, qu’est-ce qui empêche le retour volontaire des réfugiés rwandais dans leur pays ?

Une vue des manifestants du 11/02/2015 devant les bâtiments de l'UE à Bruxelles

Une vue des manifestants du 11/02/2015 devant les bâtiments de l’UE à Bruxelles

Les obstacles viennent des actions et décisions du gouvernement rwandais. Pour mettre sur place un climat propice au retour volontaire des réfugiés, il doit mettre fin à sa campagne de harcèlement et de divisionnisme au sein des réfugiés rwandais et s’atteler à créer les conditions propices à leur retour en toute sécurité. Ceci signifie l’élimination de tous les obstacles notamment: la cessation d’un régime policier, l’organisation d’un dialogue inter-rwandais hautement inclusif, la mise en place des institutions complètement indépendantes du pouvoir exécutif, le respect des droits de l’homme, le démantèlement de toutes les lois liberticides, l’ouverture de l’espace politique, garantie de la liberté d’expression et d’association,  et la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques.

Une des nombreuses banderoles des manifestants

Une des nombreuses banderoles des manifestants

Mais ces conditions sont loin d’être réunies et se sont même empirées ces derniers mois. Il y a de nouveaux meurtres et disparitions de personnes qui continuent d’être signalés dans le pays. En effet, plusieurs familles au Rwanda continuent de rapporter la disparition de leurs proches, et les corps sans vie viennent d’être découverts flottants dans des rivières et des lacs, des charniers sont repérés dans certaines régions, y compris la capitale Kigali (près de la prison centrale).

Pour que le désarmement des FDLR se fasse en épargnant des vies des populations civiles, les organisations politiques et la société civile sont convaincues que la communauté internationale devrait être plus persuasive tout en offrant des garanties plutôt que d’user des mesures de coercition. Les problèmes rwandais sont si compliqués que seule une solution politique est la meilleure car les opérations militaires causeraient d’autres bains de sang comme prouvé dans le passé très récent sans garantie d’aboutir à une paix durable dans la région.

Gaspard Musabyimana
Bruxelles, 12/02/2015

Rwanda-FDLR : L’ONU face à ses contradictions

Siège des Nations Unies/photo wikipedia

Siège des Nations Unies/photo wikipedia

Depuis un quart de siècle, on savait que l’Organisation des Nations Unies, que le général De Gaulle avait qualifié de « machin », s’était illustrée, en ce qui concerne le Rwanda, par ses options qui, systématiquement et scandaleusement, allaient contre les intérêts du peuple rwandais et de la souveraineté de la République Rwandaise. A titre illustratif :

– Le 01 octobre 1990, un Etat membre des Nations Unies, en l’occurrence l’Ouganda, lance une guerre d’agression contre un autre Etat membre de l’ONU,  le petit Rwanda. Les troupes d’invasion sont alors commandées par le vice-ministre de la Défense de l’Ouganda, le général-major Fred Rwigema. Au lieu de condamner cet acte contre la paix et la sécurité mondiale que venait de commettre l’Ouganda et de lui infliger des sanctions, l’ONU fermera les yeux foulant ainsi aux pieds les principes même qui fondent son existence. Le « machin » va pousser le zèle jusqu’à faire pression sur le gouvernement légitime rwandais pour qu’il n’ose pas se plaindre à la même ONU contre cette agression dont il était l’objet sous prétexte que certains militaires de ce corps expéditionnaire ougandais étaient de descendance rwandaise et que donc ils avaient droit de se lancer à la conquête du pays de leurs ancêtres ! Heureusement que ce précédent créé par l’ONU n’a fonctionné que pour le cas rwandais si non le monde serait chaque jour chambardé par des aventuriers qui, à travers le monde, apprenant leurs origines, se lanceraient à la conquête de ces contrées : les militaires américains dont les parents sont originaires d’Irlande n’auraient pas de peine à s’emparer ce cette île et même de toute la Grande Bretagne. Ainsi, le général Colin Powell, qui fut Chef d’Etat major des Armées américaines dans les années 80 aurait, selon ce principe appliqué au cas rwandais par l’ONU, raté une occasion pour conquérir la Jamaïque pays de ses ancêtres.

– L’on notera aussi que dans ses annales, c’est seulement au Rwanda (du moins de façon flagrante) que l’ONU a déployée une forces de maintien de la paix mais ayant pour mission secondaire de favoriser un des belligérants à s’emparer du pouvoir. Le général canadien Roméo Dallaire, qui fut chargé de cette étrange mission en tant que Commandant de la MINUAR, en est le témoin  vivant même s’il en garde les séquelles malgré la réussite de sa mission « officieuse ».

– Quand il fut question d’installer un tribunal chargé de juger tous les responsables des crimes commis au Rwanda en 1994, le Tribunal ad hoc mis en place par la même ONU reçut pour mandat de s’occuper de la période allant du 01 janvier au 31 décembre 1994, à l’exclusion de ce qui s’est passé le 6 avril 1994. Pourquoi cette date devait-elle être rayée du calendrier de l’année 1994 ? Bizarre !

Le tabou rwandais

Après l’installation et la consolidation du régime issu de la conquête du FPR de 1994, la même ONU sera caractérisée par ses prises de positions incompréhensibles pour le commun des mortels car des tabous étaient établis en ce qui concerne le Rwanda du FPR de Paul Kagamé : on ne doit pas parler de son opposition armée mais de « terroristes », on doit avaliser sans les lire toutes les listes que le régime établit comme étant celles des « génocidaires »  ou des «  terroristes ». L’illustration de ce tabou rwandais que l’ONU continue de maintenir et d’imposer est que les représentants du Secrétaire Général des Nations Unies dans la région des Grands Lacs se retrouvent toujours à porte à faux avec les efforts régionaux pour résoudre la question. La dernière en date est Mary Robinson qui, après s’être opposée sans succès à l’offensive contre le M23, a quand même tout fait pour l’amener à la table des négociations avec Kinshasa. Mais par contre, cette émissaire s’opposait catégoriquement à ce que les FDLR puissent parler au gouvernement rwandais mais militait plutôt pour leur élimination pure et simple !

Aux Nations Unies à New York, le Rwanda est  juge et partie

Depuis janvier 2013, le Rwanda est membre non permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies. A ce titre, avec le soutien dont il bénéficie de la part des Etats Unis et de la Grande Bretagne, il est en assuré de bloquer toute décision qu’il juge défavorable à sa politique comme il peut faire opposer celle qu’il juge défavorable. Ainsi, lors de la crise du M23, la RDC a dû déployer des efforts énormes pour faire entendre sa voix à l’ONU alors que la situation était claire et a dû avaler des couleuvres pour placer son mot. Le Rwanda est même parvenu à faire chasser quelques personnalités du comité des experts chargés de suivre la situation à l’Est de la RDC parce qu’ils avaient osé révéler les preuves de l’implication du Rwanda dans la déstabilisation de l’Est de la RDC. Il est évident que les autres experts qui ont été épargnés par Kigali en ont retenu la leçon et seront désormais « sages » en rédigeant leurs rapports.

Le Rwanda préside en ce mois de juillet 2014 le Conseil de Sécurité des Nations Unies. C’est dans ce cadre qu’il s’est arrangé pour mettre sur l’ordre du jour la question de la sécurité à l’Est de la RDC qui sera débattu le 27 juillet. La ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo présidera elle-même la séance. Le gouvernement de Kigali entend à cette occasion décrédibiliser l’offre des FDLR de déposer les armes, de dénigrer le travail de la Brigade d’Intervention au sein de la MONUSCO, en l’accusant de ne pas avoir voulu s’attaquer aux FDLR et même d’être en collusion avec elles, et donc de demander l’arrêt de son mandat, non pas pour avoir été inefficace, mais pour avoir démantelé la rébellion tutsi du M23 et avoir compris les tenants et les aboutissants de ces « rebellions made in Kigali ».

L’ONU prône des positions conduisant à l’impasse

Après la débâcle de la créature de Kigali qu’est le M23, l’ONU,  par la voix de ses représentants dans la région, continue d’exiger que le même sort soit réservé prioritairement aux FDLR. Or les mêmes représentants de l’ONU à l’Est de la RDC, surtout les techniciens et stratèges militaires, reconnaissent que contrairement au M23 , les combattants des FDLR n’occupent aucune position militaire connue et identifiée comme telle, qu’ils vivent mêlés à la population locale et donc qu’aucune attaque militaire de type classique  ne peut être menée contre les FDLR sauf si l’ONU voudrait faire des « dégâts collatéraux » bien supérieurs au but recherché.

Autre contre-sens, l’ONU avalise les listes de Kigali qui fixent quels leaders de l’opposition peuvent ou non se déplacer. En même temps, elle encourage les ONG à favoriser le dialogue entre le régime et ses opposants. Comment alors ce dialogue pourrait s’établir si les leaders de l’opposition armée ou politique ne peuvent même pas répondre aux invitations des ONG de bonne volonté qui, depuis longtemps, sont reconnues et collaborent avec la même ONU ?

Il est clair que ce qui s’appelle « ONU, Conseil de Sécurité, Communauté internationale,… », ce « machin » ne fonctionne que pour ceux qui sont en « situation » à un moment donné pour une raison ou une autre. En ce qui concerne le Rwanda et la région des Grands Lacs, elle roule, depuis 1986 (conquête de l’Ouganda par un certain Yoweri Museveni) pour une certaine catégorie de la population. Reste à savoir pourquoi en est-on arrivé là et jusqu’à quand cela peut durer.

Emmanuel Neretse
18/07/2014

Le cantonnement des FDRL : Colette Braeckman commise à vendre les thèses du régime de Kigali ?

Colette Braeckman

Colette Braeckman

On ne présente plus Colette Braeckman dans la région des Grands Lacs. En effet, cette journaliste du quotidien belge « Le Soir » s’est rendue célèbre depuis une vingtaine d’années en publiant des ouvrages plus ou moins téléphonés et présentés comme résultant des recherches sérieuses, de telle sorte qu’elle est actuellement affublée du qualificatif de « spécialiste de la Région des Grands Lacs » comme tant d’autres qui ont proliféré depuis l’invasion et la conquête du Rwanda par des éléments de l’armée ougandaise.

Ayant accompagné les conquérants qui s’étaient organisés en un mouvement politico-militaire dénommé « Front Patriotique Rwandais : FPR » dès le 01 octobre1990 jusqu’en juillet 1994, c’est d’autorité que Colette Braeckman peut toujours parler du FPR devenu parti-Etat au Rwanda et auquel elle est particulièrement attachée.

Déjà pendant la phase de consolidation du pouvoir du FPR, quand les conquérants s’adonnaient aux massacres de masse (Kibeho avril 1995 : 8000 morts parmi les déplacés pour la plupart des femmes, des vieillards et des enfants), Colette Braeckman se distinguait par un silence assourdissant ou alors louait la bravoure de l’Armée Patriotique Rwandaise pour son efficacité dans le « maintien de l’ordre ». Par contre, quand la population tentait de résister à cette armée d’occupation qui tuait, pillait et violait sur son passage (soulèvements au Nord et à l’Ouest entre 1998 et 2000), Colette Braeckman criait « au feu » et agitait le spectre du «  génocide » pour justifier la répression aveugle et brutale de l’Armée patriotique rwandaise. On ne s’attardera pas sur les attaques et les massacres des réfugiés dans les camps de l’ex-Zaire (1996) que Colette Braeckman a magistralement justifiés, ni à la chasse des Hutu dans les forêts du Zaïre (1996-1997) et qui s’est soldée par plus de deux millions de morts selon le Mapping Report de l’ONU de 2010 et qu’encore Madame Braeckman présente comme « une opération humanitaire ».

Aujourd’hui en 2014, il est question de la réeddition des combattants qui avaient pris les armes pour défendre physiquement et politiquement les réfugiés hutu qui se faisaient massacrer par les troupes de Paul Kagame qui ont occupé la RDC depuis 1997. Ces réfugiés hutu étant aux yeux de Kagame des objectifs militaires, en l’an 2000, leurs enfants s’étaient organisés en un mouvement politico-militaire dénommé « Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda : FDLR ». Aujourd’hui, ils ont décidé de déposer les armes et réclamer leurs droits politiques de manière pacifique. C’est donc dans ce cadre que depuis le 30 mai 2014, ces ex-combattants continuent de déposer leurs armes devant la MONUSCO, le Gouvernement congolais et la SADC. Initialement regoupés dans des localités du Nord et du Sud Kivu, le Gouvernement congolais s’est engagé à ce que ceux d’entre eux qui auront des motifs de craindre de rentrer au Rwanda seront relocalisés loin de la frontière avec le Rwanda à un millier de kilomètres environ où ils seront cantonnés en attendant un éventuel pays d’acceuil.

C’est apparemment cette perspective de résolution définitive et pacifique de la question des FDLR qui a fait sortir Colette Braeckman de ses gonds. Dans un billet publié dans le journal Le Soir du 23 juin 2014 la journaliste n’évite aucune énormité pour discréditer les FDLR et tenter de torpiller le processus de leur cantonnement.

Anachronisme

Madame Braeckman prétend que les FDLR sont sorties du Rwanda en juillet 1994 pour s’installer à l’Est de la RDC. Quand on sait que ce mouvement politico-militaire a été fondé en mai 2000, on se demande sur quoi se base la journaliste pour faire remonter cette organisation à 1994. En effet, avant l’année 2000, on ne trouve aucun texte, aucune déclaration ni même une trace dans la presse faisant état de l’existence des FDLR.

Contradictions

Lorsqu’en octobre 1990, les éléments de l’Armée régulière de l’Ouganda ont envahi le Rwanda, Colette Braeckman fut parmi les premiers journalistes qui ont fustigé ceux parmi les Rwandais qui estimaient que ces assaillants n’étaient autres que des hordes de monarchistes qui s’étaient donnés le nom de guerre d’« INYENZI » et qui ont mené des attaques incessantes sur la jeune République Rwandaise de 1961 à 1968. Colette Braeckman expliquait alors que même si ces combattants de 1990 qui se sont donnés le nom de FPR-Inkotanyi étaient des descendants biologiques des Inyenzi, ils n’avaient rien de commun sur le plan idéologique que ce soit sur leurs objectifs et leurs méthodes. Et voilà que 20 ans après, la même Braeckman défend avec la même hargne sinon davantage, que les FDLR nées en 2000 sont bel et bien les mêmes FAR (Forces Armées Rwandaises) et les Interahamwe de 1994 sans autre argument ou preuve que de dire : «  ils sont tous hutu et sont parents, donc ce sont eux ».

Globalisation et accusations sans fondement   

Madame Braeckman accuse les FDLR d’avoir massacré les Tutsi en 1994. Nous avons souligné cet anachronisme à laquelle elle veut s’attacher mordicus. Elle peut se permettre d’accuser les FDLR des crimes commis avant même leur naissance qu’elle est sûre de ne pas être contredite par ces mêmes FDLR réduites au silence et qu’elle calomnie et encore moins être traduite en justice pour cette infraction. Elle est en position de force. Mais elle devait au moins se souvenir de cette citation de Racine : « A vaincre sans périr, on triomphe sans gloire ». De même, la journaliste belge croit savoir que les FDLR ont commis des crimes en RDC : meurtres, viols, vols, pillages, … Evidemment quand il s’agit des Hutu des FDLR, elle ne prend pas de précaution par rapport au principe que l’infraction pénale est individuelle ; et il lui suffit de décréter que les crimes commis à l’Est de la RDC sont l’oeuvre des Hutu donc des FDLR sans préciser qui a commis quoi, où et quand.

C. Braeckman méprise les Congolais car trop naïfs à ses yeux

En versant des larmes de crocodile sur les souffrances que des populations de l’Est de la RDC endurent depuis 1996, elle en conclut que cette fois-ci, ces mêmes populations devraient s’opposer au cantonnement des FDLR partout en RCD sous prétexte que ce sont ces FDLR qui les auraient fait souffrir. La journaliste se trahit dans son mépris envers les Congolais. En effet, les populations de l’Est de la RDC savent très bien que c’est l’armée de Paul Kagame qui a mis à feu et à sang les deux Kivu depuis 1996. Que ce sont les milices fondées par le même FPR de Kagame qui écument les 2 Kivu, le dernier en date étant le M23 défait en 2013 mais qui pourrait renaître sous une autre forme ; que ce sont les Forces Spéciales de Paul Kagame qui commettent des atrocités envers la population presque sous les caméras des médias ameutés par Kigali lesquels médias auront été payés pour attribuer ces atrocités aux FDLR (Jeune Afrique, …). Les populations congolaises de l’Est de la RDC savent aussi que dans certaines localités, elles n’ont eu la vie sauve que grâce aux FDLR et aux bonnes relations tissées avec les réfugiés rwandais en général. Colette Braeckman croit toujours que les Congolais vont gober ce qu’elle a écrit car les croyant toujours naïfs comme du temps de « Tintin au Congo ».

Méthode de détection de l’idéologie du génocide

Lorsque Madame Braeckman décrète que les FDLR véhiculent l’idéologie du génocide, on s’attendrait à ce qu’enfin il soit révélé comment on décèle ce virus chez un individu ou dans un groupe donné. On s’attendrait à lire un extrait du manifeste des FDLR ou d’un discours de ses dirigeants dans lequel la journaliste montre bien qu’il s’agit de la preuve de l’idéologie du génocide qui habiterait les FDLR. Rien de tout cela. Tout comme le régime de Kagame, Colette Braeckman part du fait que les FDLR sont opposées à la politique menée depuis 1994 par le parti au pouvoir FPR et réclament un système démocratique dans lequel les libertés individuelles sont garanties et où tous les citoyens sont égaux devant la loi sans considérer leurs appartenances ethniques ou leurs pays d’origines (venus d’Ouganda versus venus du Burundi ou du Zaïre, … et tous versus autochtones …comme c’est le cas actuellement). C’est donc cette méthode que Braeckman nous propose de déceler chez quelqu’un « l’idéologie du génocide » : voir s’il réclame la démocratie au Rwanda et sutrout s’il est opposé à Paul Kagame et à son parti FPR. On aurait préféré mieux de la part de notre « spécialiste de l’Afrique »

Haine des Hutu ou défense maladroite des Tutsi.

Les FDLR, en déposant les armes, se sont inscrits dans une dynamique de paix et se sont constitués réfugiés dans le sens des Conventions de Genève relatives au HCR. Dans son billet du 23 juin 2014, Madame Braeckman leur dénie ce droit et recommande carrément qu’ils soient livrés au régime qu’ils ont fui. En affirmant qu’un réfugié hutu ayant fui le régime dictatorial du FPR ne doit pas obtenir la protection du HCR, Madame Braeckman croit accabler les Hutu, mais ne perçoit pas que du même coup, elle dessert les Tutsi qui sont alors de plus en plus perçus par les autres peuples de la région comme des super-hommes à qui tout est permis et  qui ne doivent pas être politiquement contredits. Cette frustration des autres communautés est de nature à générer une haine ou tout au moins une méfiance envers les Tutsi. Est-ce là le but recherché par Colette Brackman ?

En guise de conclusion, un constat se dégage :

– Le processus engagé pour que les FDLR abandonnent la lutte armée et consacrent leurs efforts dans la lutte politique par des voies pacifiques inquiète Kigali ;

– Ce régime s’agite dans tous les sens pour maintenir l’épouvantail que constitue les FDLR , qui menaceraient sa sécurité et donc lui serviraient de prétexte pour continuer à semer le chaos à l’Est de la RDC, un chaos propice aux pillages organisés ;

– Les inquiétudes du régime sont si sérieuses que Paul Kagame doit faire appel à ses anciens fidèles porte-voix comme Colette Braeckman pour reprendre du service afin d’essayer de faire enrayer ce processus qui, s’il aboutissait, le contraindrait à parler des FDLR en termes politiques ;

– Enfin, le cas Colette Braeckman est le prototype même d’un journalisme militant qui, généralement, est chaque fois mis à profit dans les remodelages géo-politiques du monde tels que les conçoivent les super-puissances et les mettent en oeuvre le moment venu. La « presse » alors se doit d’accompagner ces décisions en diffusant les thèses officielles.

Ainsi va le monde!

Ghislain Mikeno
27/06/2014

Actualité des Grands Lacs – Semaine du 26 avril au 2 mai 2014

rdc_google mapEn RDC, ce sont les expulsions de ressortissants congolais de Brazzaville et de Pointe-Noire qui ont occupé le devant de la scène médiatique : l’opposition parle de crime contre l’humanité ou demande la rupture des relations diplomatiques, tandis que le gouvernement congolais tempère et que le maire de Brazzaville déplore et s’excuse.

Dans le domaine de la sécurité, des affrontements ont une fois encore eu lieu entre les FARDC et la milice hunde ACPLS dans les territoires de Walikale et Masisi, tandis que le gouverneur du Nord Kivu appelle une fois encore le chef de milice Cheka (NDC) à déposer les armes : cette milice paralyse les activités et suscite des déplacements de populations dans certaines régions du territoire de Walikale et de Lubero.

En Province Orientale, la mort du chef de guerre Morgan continue à susciter de nombreuses interrogations : une vidéo a été diffusée qui pose question sur les circonstances de sa mort, tandis qu’une information judiciaire a été lancée et qu’un major a été arrêté dans ce contexte. Dans la même province, des militaires sont accusés de tracasseries, de viols, d’extorsion et de pillages dans les territoires de Basoko et de Djugu. Au Kasaï Oriental enfin, des jeunes sont accusés de vandalisme suite à un conflit entre deux chefs coutumiers dans le territoire de Kabinda.

Toujours dans le domaine sécuritaire, on notera qu’un nouveau chef de la brigade d’intervention de la MONUSCO a pris la succession de l’ancien qui est comme lui tanzanien, tandis que le Mécanisme conjoint de vérification et le centre conjoint de renseignement du CIRGL, qui sont censés veiller au maintien de la paix dans la région des Grands Lacs, éprouvent des difficultés financières.

Dans le domaine politique, dix partis politiques ont été temporairement suspendus de la Majorité présidentielle : ils sont accusés d’avoir voulu former des « groupuscules » à l’intérieur de la majorité. Du côté de l’opposition, la plate-forme « Sauvons la RDC » n’a pas réussi à faire avaliser à l’Assemblée nationale sa pétition exigeant le départ du président de la CENI. En province, le sénateur d’opposition, Jacques Djoli, s’est insurgé à son tour contre la suspension des activités de l’assemblée provinciale de l’Equateur prise par le gouvernement central la semaine dernière. On signalera également que les agents de la société publique d’assurance SONAS ont organisé un sit-in : ils protestent contre le fait que leurs salaires ne sont plus versés depuis…2009. Par ailleurs le gouvernement a débloqué un montant important pour la réhabilitation et la construction d’écoles alors que 300.000 enseignants se plaignent de ne pas être payés depuis plusieurs années.

Dans le domaine de la justice, une nouvelle liste d’amnistiés a été publiée qui comprend des membres de la secte Bundu dia Kongo, des ex-combattants du M23, des Bakata Katanga, des proches du député emprisonné Diomi Ndongala, etc.

Au Burundi, l’Assemblée nationale a adopté un code électoral dont le contenu a été salué par l’opposition. Par ailleurs, le président d’un des principaux partis d’opposition, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2010, a été interpellé à l’aéroport de Bruxelles et pourrait être refoulé dans son pays où il est recherché pour « organisation d’un mouvement insurrectionnel ».

Au Rwanda, alors que Kigali et Paris traversent une nouvelle crise diplomatique, une délégation française composée entre autres de deux parlementaires se trouve au Rwanda pour resserrer les liens entre les sociétés française et rwandaise.

Eurac

RDC : Pour que la Brigade d’intervention ne soit pas une tentative vaine…

JEUNES GomaRDC : Pour que la Brigade d’intervention ne soit pas une tentative vaine, ou la paix une conquête éphémère ». Lettre ouverte de la jeunesse congolaise à M. Ban Ki Moon, Secrétaire Général de l’ONU

Depuis le 15 août de l’année dernière, ces jeunes de Goma, au Nord-Kivu, la province la plus meurtrie par les guerres et les violences, avaient écrit et manifesté pour demander le renforcement du mandat de la MONUSCO. Le 11 septembre, devant le Secrétaire-adjoint de l’ONU Hervé Ladsous, de passage à Goma, ils avaient écrit sur leur calicot : « la meilleure manière de nous protéger, nous civils congolais, c’est de nous protéger. La MONUSCO doit y oeuvrer ou s’en aller ». 

Le Conseil de sécurité leur a finalement donné raison en votant, jeudi le 28 mars dernier, la résolution 2098 (2013) qui crée une Brigade d’intervention doté du mandat de « neutraliser les groupes armés » dans l’Est de la RDC, et proroge le mandat de la MONUSCO jusqu’au 31 mars 2014. 

Pourtant ils demeurent préoccupés. D’où cette lettre ouverte et leur manifestation devant le Quartier Général de la MONUSCO, ce mercredi 3 avril 2013. 

POUR QUE LA BRIGADE D’INTERVENTION NE SOIT PAS UNE AUTRE INITIATIVE VAINE,

OU LA PAIX UNE CONQUETE EPHEMERE

Lettre ouverte à Monsieur Ban Ki Moon,  Secrétaire Général de l’Organisation des Nations-Unies

New-York, Etats-Unis d’Amérique.

 

Monsieur le Secrétaire Général,

C’est avec un grand soulagement que nous avons accueilli la nouvelle de la création, par la résolution 2098 du Conseil de sécurité de l’ONU, sur votre recommandation, d’une Brigade d’intervention au sein de la MONUSCO, avec un mandat explicite de « neutraliser tous les groupes armés » actifs dans l’Est de notre pays. C’est depuis le début de l’année dernière, et l’apparition du sinistre M23 que nous avions écrit et manifesté pour demander la transformation du mandat de la MONUSCO afin qu’elle devienne véritablement une force d’imposition de la paix, au lieu de prétendre « maintenir » une paix inexistante.

La création de la Brigade d’intervention nous redonne espoir en l’avènement de la paix dans notre pays et spécialement dans la province du Nord-Kivu, après deux décennies de guerres cycliques et de violences inouïes. Nous nous réjouissons aussi de ce que le Conseil de sécurité ait tenu à rappeler la responsabilité première du gouvernement congolais à assurer la paix et la sécurité du pays, et à défendre son indépendance et sa souveraineté.

Monsieur le Secrétaire Général,

Notre réjouissance est malgré tout emprunte de prudence et d’inquiétude, au regard de certains éléments qui risquent de compromettre, soit la réalisation effective et rapide de la mission d’imposition de la paix assignée à la Brigade d’intervention, soit la pérennité de la paix qu’elle aura pu imposer.

C’est sur ces éléments que nous souhaiterions attirer votre attention, et à travers vous, celle de l’ensemble de la communauté internationale et des autorités congolaises. Notre unique leitmotiv, c’est que nous avons subi les guerres et les violences répétitives dans notre propre chair, et que nous ne voulons ni de trêve, ni de demi-solutions : nous voulons d’une paix véritable, solide et durable pour enfin nous développer et nous épanouir.

Une telle paix ne peut s’accommoder ni de nouvelles primes à des criminels impénitents de quelque bord qu’ils soient ; ni de l’impunité ou des arrangements occultes. Une telle paix ne peut pas non plus s’accommoder d’un voile pudique sur les problèmes réels de gouvernance, d’atteintes à la constitution et à la démocratie, d’injustices sociales, de corruption, de légèreté et d’incompétence que nos dirigeants actuels entretiennent délibérément.

Monsieur le Secrétaire Général,

La République Démocratique du Congo a tout le potentiel pour devenir une grande nation, démocratique, paisible et prospère, et le moment est propice pour tourner définitivement la longue page des guerres répétitives, des violences, et des atteintes à la démocratie. En dépit de leurs lacunes, la résolution 2098 et l’accord-cadre d’Addis-Abeba offrent une chance réelle d’évolution positive dans cette direction.

Si, au-delà des textes et des déclarations d’intention, la communauté internationale est réellement résolue à contribuer à l’avènement d’une paix véritable et durable, gage du développement de la RD Congo et de l’épanouissement de son peuple – ce dont la sous-région, l’Afrique et le monde ne manqueront pas de tirer meilleur bénéfice qu’actuellement –, nous l’exhortons, à travers vous, à :

1.        Mettre à la disposition de la Brigade d’intervention, non seulement des moyens financiers et matériels suffisants et adéquats (notamment les drones et les hélicoptères), mais aussi leurs troupes aguerries et possédant avec la RDC plus d’affinités. L’une des raisons de l’échec de la MONUSCO durant la décennie de sa présence nous semble être le manque de motivation suffisante de la part des pays pourvoyeurs de l’essentiel des troupes. Outres les Etats de l’Afrique australe qui ont déjà proposé leurs troupes à la Brigade d’intervention, les pays occidentaux comme les Etats-Unis d’Amérique, la France, la Belgique, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Norvège, la Suède et le Canada devraient eux aussi mettre à contribution leurs armées plus expérimentées, mieux entraînées et mieux équipées pour plus d’efficacité de la Brigade d’intervention. C’est une question de cohérence et de responsabilité et cohérence de leur engagement politique et diplomatique en RDC et en Afrique des Grands-Lacs.

2.       S’assurer que la Brigade d’intervention est déployée dans les meilleurs délais, et qu’elle accomplit sa mission le plus rapidement possible : les trente jours annoncés pour l’opérationnalisation de cette Brigade ne devraient pas être dépassés, au risque de permettre aux groupes armés visés d’élaborer des stratégies pour se soustraire à la traque sans disparaître vraiment. Par ailleurs, les dix ans de la MONUSCO, c’est déjà trop. Nous apprécions que dans ce contexte particulier, la communauté internationale nous aide établir les bases d’une paix durable et d’une stabilité certaine, mais cela ne peut en aucun cas justifier une présence et une assistance permanentes. Les actions de la communauté internationale ne seront légitimes que pour autant qu’elles visent à nous aider à prendre nos responsabilités, à nous conduire souverainement en tant que Nation, à atteindre notre résilience.

3.       Ne pas s’écarter de la résolution 2098 qui vise tous les groupes armés locaux et étrangers : la communauté internationale ne doit pas tomber dans les mêmes errements que ceux de notre gouvernement qui a trop souvent tendance à considérer certains groupes armés comme « plus importants », ou « plus tolérables », ou « plus fréquentables » que d’autres. Tous les groupes armés, y compris le M23, doivent être neutralisés sans condition ni différenciation comme stipulé dans la résolution 2098 (2013). La communauté internationale doit peser de tout son poids pour qu’aucune mesure autre que le désarmement volontaire et sans condition ne soit plus accordée à aucun groupe armé, quel qu’il soit : ni intégration au sein de l’armée nationale, ni accords occultes, ni amnistie collective, ni mutation en groupements politiques des groupes armés comme par le passé.

4.      Maintenir la pression sur les autorités congolaises pour que les réformes que toute la population attend, et qui sont le véritable gage de la cohésion nationale et de la paix durable, soient effectivement entreprises : réforme du secteur de sécurité ; mise en œuvre accélérée de la décentralisation ; réformes électorales ; réforme de la justice et jugement de tous les crimes commis en RDC ces vingt dernières années ; mise en place de toutes les institutions prévues dans la constitution du 18 février 2006 ; réformes électorales et tenue en cette année 2013 des élections provinciales, sénatoriales et locales ; engagement concret dans la lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance économique ; réformes économiques et sociales ; etc. Pour ce faire, nous attendons de la communauté internationale qu’elle encourage et soutienne ces réformes. Dans cette optique, pourquoi ne pas réduire les autres effectifs quasi inutiles de la MONUSCO ainsi que leur budget, et engager ces moyens dans le soutien aux réformes prioritaires comme celle du secteur de sécurité ? Nous pensons qu’il est important d’encourager le gouvernement congolais à adopter et rendre public, dans les meilleurs délais, une feuille de route pour la mise en œuvre de toutes ces réformes, avec un chronogramme clair.

Monsieur le Secrétaire Général,

La résolution 2098 est un pas important de la communauté internationale dans l’accompagnement de notre pays vers le recouvrement de la paix et de la stabilité, mais beaucoup reste encore à faire. A commencer par la réalisation effective et rapide de tous les points énumérés dans cette résolution. Nous osons espérer que la mutation opérée dans la façon dont la communauté internationale perçoit la crise dans notre pays permettra une amélioration concrète de la situation. Notre souci est de nous défaire des chaînes qui empêchent depuis tant de décennies notre Nation de prendre son envol. Nous avons besoin, non pas d’une tutelle permanente, mais d’un soutien sincère des autres Nations du monde, pour réaliser ce rêve commun à notre génération.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l’expression de notre considération hautement distinguée.

 Fait le 3 avril 2013, à Goma (province du Nord-Kivu).

Pour La LUCHA, les signataires :

1. Fred Bauma Winga                           6.Micheline Mwendike Kamate,

2. Jean-Mobert N. N’senga                   7.Luc Nkulula-wa-Mwamba

3.Chantal Faida Mulenga-Byuma       8.Fidèle Niyirema

4.François Lukaya N’yombo                 9.Claudia Chuma

5.Serge Kambale Sivyavuwa    

                                                               

L’UE doit exiger du Rwanda de mettre fin à son implication dans le conflit à l’Est de la RDC

militaires du FPR

EurAc demande à l’Union Européenne d’exiger du Rwanda  de mettre fin immédiatement à son implication  dans le conflit à l’Est de la RDC

Le Réseau Européen pour l’Afrique Centrale (EurAc) et ses ONG membres ont à plusieurs reprises fustigé l’implication du Rwanda dans l’alimentation et le maintien  de l’insécurité à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), en appuyant des groupes armés. Ces dénonciations viennent encore une fois d’être corroborées par le rapport annuel du Comité des sanctions de l’ONU sur la RDC. Le groupe d’experts de l’ONU affirme que le gouvernement rwandais fournit « assistance directe à la création du M23 en facilitant le transport des armes et des troupes à travers le territoire rwandais », soutient et protège le général Bosco Ntaganda, actuellement recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre.

Non seulement le Rwanda recrute des éléments démobilisés des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) rapatriés au Rwanda, mais son soutien au M23 donne plus de temps à ces rebelles rwandais de se réorganiser alors qu’ils étaient fragilisés par les opérations de l’armée régulière (FARDC) et la mission onusienne (MONUSCO). Ces actes du Rwanda s’opposent au droit international et sont à la base de plusieurs crimes de guerre et crimes contre l’humanité  sur le territoire congolais et contribuent à la déstabilisation de  la région des Grands Lacs.

Jusque là, la communauté internationale en général et l’Union européenne en particulier ont toujours basé leurs stratégies relatives à la stabilisation de l’Est de la RDC sur un postulat volontariste selon lequel la RDC et le Rwanda veulent la paix et, en conséquence, devraient travailler ensemble pour cette fin. Le problème n’est pas  un manque de dialogue entre la RDC et le Rwanda, mais plutôt l’absence d’une volonté politique. Le groupe d’experts de l’ONU montre  l’existence d’un agenda caché de Kigali qui fait toujours retomber l’Est de la RDC dans la guerre après la signature des accords. Un tel comportement du Rwanda devrait remettre en question sa crédibilité dans ses relations avec l’UE dont, jusque là, la réaction au rapport du groupe d’experts de l’ONU reste faible.

EurAc estime que tout dialogue ou toute nouvelle action militaire conjointe entre le Rwanda et la RDC resteront improductifs du moment qu’il n’y a pas de réelle volonté politique du Rwanda qui ne peut être obtenue que par un positionnement ferme de la part de la communauté internationale en général et de l’UE en particulier. 

Pour ces raisons, EurAc demande à l’Union Européenne et à ses Etats membres de :
1.      Prendre une position forte en dénonçant l’appui du Rwanda aux rebelles du M23 et sa protection au général Bosco Ntaganda ;

2.      Exiger du gouvernement  rwandais de mettre fin immédiatement et sans condition à cet appui au M23 et à d’autres groupes armés à l’Est de la RDC ;

3.      Revoir sa stratégie sécuritaire sur l’Est de la RDC dans laquelle le Rwanda ne devrait plus être considéré comme un acteur pacifique voulant promouvoir la paix à l’Est de la RDC et user de la pression et des sanctions pour le contraindre au respect du droit international ;

4.      Prendre des sanctions contre les officiels rwandais cités dans le rapport de l’ONU dont : le ministre de la Défense, le général James Kabarebe ;  le chef d’état-major, le général Charles Kayonga ; et les généraux Jack Nziza, Emmanuel Ruvusha et Alexis Kagame ;

5.      Mettre en place des mécanismes afin de s’assurer que l’aide budgétaire et militaire octroyée au gouvernement rwandais ne soit pas utilisée pour le soutien aux groupes rebelles et à la déstabilisation de la région des Grands Lacs ;

6.      Soutenir efficacement la RDC dans la restauration de l’autorité de l’Etat à travers tout son territoire et en particulier à l’Est du pays, notamment dans le cadre de la réforme du secteur de la sécurité (armée, police, justice) ;

7.      S’opposer à la candidature du Rwanda pour un siège non permanent au Conseil de sécurité, siège qui risquerait d’accroitre son influence qui jusque là n’a pas été positive dans les efforts de pacification de l’Est de la RDC.

 

Pour plus d’informations contacter :

Donatella Rostagno

Secrétaire Exécutif a.i. d’EurAc

Tél :  +32 2 213 04 00

e-mail : donatella.rostagno@eurac-network.org

www.eurac-network.org

 

RDC: la mutinerie à l’est, une initiative rwandaise ?

L'armée congolaise patrouille à Jomba, dans le Nord-Kivu, le 19 mai 2012. AFP PHOTO/PHIL MOORE

Par Bruno Minas/ Source : http://www.rfi.fr/afrique

Selon plusieurs enquêtes menées actuellement par les autorités congolaises et par les Nations unies, la mutinerie en cours d’une partie de l’armée nationale, qui a déjà causé de nombreux drames humains et des déplacements massifs de population, serait activement soutenue, notamment en hommes, depuis le Rwanda. Voici les premiers éléments de ces enquêtes que RFI a pu rassembler.

À ce jour, au moins cinquante et un combattants de nationalité rwandaise se sont rendus aux autorités en RDC. Vingt-quatre sont hébergés dans le camp de la force de paix des Nations unies, la Monusco, à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu ; treize autres sont entre les mains de l’armée régulière (FARDC), et enfin quatorze qui étaient arrivés à la Monusco le 17 mai dernier ont disparu, probablement reconduits en toute discrétion au Rwanda.

Lundi 28 mai 2012, la fuite d’un rapport confidentiel de la Monusco faisait état des premiers onze jeunes Rwandais, dont un mineur, qui avaient déserté le mouvement rebelle M23, composé à priori de déserteurs congolais. L’armée FARDC a lancé une vaste offensive contre le M23 dans les collines autour de la ville frontalière de Runyioni.

Mardi 29 mai, le Rwanda a vivement démenti avoir envoyé des hommes sur le sol congolais. Le lendemain, la Monusco a prudemment déclaré que « les autorités rwandaises ne pouvaient pas être mises en cause ». Le gouvernement congolais a lui aussi adopté un profil bas, évitant toute surenchère à l’égard de son voisin. « Ce sont des individus qui se déclarent Rwandais, mais nous n’en avons pas la preuve », affirmait samedi le ministre porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende.

Des témoignages accablants pour le Rwanda

Les onze premiers à s’être rendus à la Monusco ont été interrogés les 29 et 30 mai derniers par des officiers congolais et rwandais à l’intérieur du camp de l’ONU à Goma, en présence de témoins membres de la force des Nations unies.

La RDC et le Rwanda entretiennent depuis 2009 une commission conjointe qui vient d’être réactivée, mais elle pourrait faire long feu au vu des réponses à ces interrogatoires, accablants pour le Rwanda. Les résultats de ces auditions ne laissent en effet plus de doute sur le caractère systématique du recrutement et de l’envoi de ressortissants rwandais vers la RDC, où ils combattent l’armée régulière aux côtés des mutins.

Ces Rwandais ne sont pas des soldats professionnels. Ils sont jeunes, à peine vingt ans, de milieu rural défavorisé, recrutés pour la plupart dans les collines de Mudende, à quelques kilomètres de la frontière congolaise.

Plusieurs témoignages de ces jeunes Rwandais ramènent à un personnage : un bouvier – un gardien de vaches – qui joue le rôle d’agent recruteur dans la région de Mudende. Il approche les jeunes désoeuvrés des villages et leur dit « qu’il y a de l’embauche dans l’armée rwandaise ». Quand il rassemble suffisamment de volontaires, il organise lui-même le transport par autobus, et les recrues sont rassemblées à Kinigi, à l’entrée d’un parc naturel célèbre pour ses gorilles.

Leurs effets personnels, cartes d’identité, téléphones portables et argent liquide rwandais sont confisqués. De là, privés de toute identification, ils partent en colonnes à pied vers la forêt de Runyioni, subissant au passage une formation militaire sommaire ; et ils se retrouvent en territoire congolais.

De nombreuses désertions

Runyioni est la place forte des mutins du M23. Ils y tiennent deux collines frontalières du Rwanda que les FARDC s’efforcent de reprendre depuis plusieurs semaines. C’est la plupart du temps en fuyant les bombardements que les jeunes recrues se sont rendues à la Monusco ou aux FARDC. Beaucoup auraient réussi à rejoindre leurs villages, d’autres seraient encore en train d’errer dans cette région forestière.

L’un des rescapés de cette fuite a raconté avoir croisé au moins une soixantaine de jeunes en train de fuir. « Arrivés à Runyioni, nous avons vu des militaires blessés », a-t-il dit aux enquêteurs. « Nous avions peur, nous étions démoralisés, nous n’avions à manger que quelques pommes de terre ». « Au début, on nous employait à chercher de l’eau et du bois, à porter des caisses de munitions, et installer les bâches des bivouacs, mais quand les bombardements ont commencé, il fallait que l’on aille sous le feu récupérer les blessés dans les trous de fusiliers ».

« On m’a envoyé chercher des bambous pour confectionner des brancards », déclare l’un d’eux, « j’en ai profité pour m’échapper en longeant une rivière ». Après deux jours de marche, certains de ces jeunes en fuite ne savaient plus s’ils se trouvaient au Congo ou au Rwanda quand ils sont arrivés à proximité d’un camp de la Monusco à Rugari (RDC).

Interrogés par les enquêteurs congolais et onusiens sur les raisons de cette guerre, ces jeunes recrues ne savent pas grand-chose. « On nous a dit qu’il fallait que l’on défende ceux qui parlent notre langue, que le gouvernement congolais combattait la langue rwandaise, et que nous devions nous battre pour la protéger ».

« Une agression préméditée »

Tous ont entendu dire que leur « grand chef » était le général Bosco Ntaganda, et qu’il leur rendrait visite à la fin de leur formation, mais ils déclarent ne l’avoir jamais vu. Bosco Ntaganda, recherché pour crimes de guerre par la CPI, a longtemps été protégé par les autorités congolaises, avant de prendre le maquis.

Le nom d’un autre chef du M23 présent à Runyioni est souvent cité : le Major Rukara. Mais « aucun major Rukara ne figure dans les registres de l’armée congolaise », affirme une source militaire, ajoutant qu’il s’agit probablement d’un officier venu « d’un pays voisin ».

Un autre élément trouble les enquêteurs congolais et onusiens : les premières défections des proches de Bosco Ntaganda au sein des FARDC datent du 9 avril dernier. Or, plusieurs des recrues rwandaises déclarent avoir été acheminés sur le territoire congolais dès le mois de février. « C’est la preuve d’un plan minutieusement préparé de longue date, une infiltration pour une agression préméditée », dit un responsable qui tient à garder l’anonymat.

Plus troublant encore : les FARDC affirment détenir, à Goma, neuf anciens miliciens des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) qui auraient rejoint le M23, après avoir été désarmés et rapatriés au Rwanda par la Monusco. Ce groupe rebelle a été constitué à l’origine par d’anciens militaires des Forces armées rwandaises, accusés d’avoir perpétré le génocide de 1994, avant de fuir vers le Congo lors de l’arrivée au pouvoir du président Kagamé. Les FDLR – théoriquement en lutte contre le régime de Kigali – mènent cependant leurs actions meurtrières uniquement sur le territoire congolais. Ce mouvement est en principe le pire ennemi du Rwanda.

L’ingérence rwandaise, un secret de polichinelle

Le gouvernement congolais sera-t-il amené à hausser le ton vis-à-vis de son voisin ? « C’est très difficile », avoue un conseiller ministériel. « Pour cela, il faudrait que nous soyons bien épaulés par la communauté internationale ». « Le régime rwandais bénéficie de beaucoup de soutien, bien plus que nous », ajoute-t-il.

La Monusco prendra-t-elle une initiative pour stopper cette ingérence qui met en péril la paix qu’elle essaie difficilement de préserver depuis plus de dix ans ? L’opinion congolaise en doute. Depuis 1994, l’ingérence rwandaise à l’est est un secret de polichinelle.

Que vont devenir ces dizaines de jeunes enrôlés entraînés malgré eux dans une guerre qui ne les concerne pas ? En toute logique, ils devraient être rapatriés. C’est d’ailleurs leur souhait. « Mais nous avons peur », déclarent-ils aux enquêteurs. « Ceux qui nous ont recrutés et qui ont confisqué nos papiers pourraient se venger, après tout ce que nous avons révélé à la Monusco ».

Le recruteur-gardien de vaches de Mudende aurait beaucoup travaillé, si l’on en croit les témoignages. Il aurait enrôlé une centaine de jeunes. Ces derniers révèlent aussi que le propriétaire du troupeau est un gradé de l’armée rwandaise.

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